L’inconscient : toute l’ambiguïté d’un préfixe

 Une évidence problématique : l'opposition de la conscience et de l'inconscient

Quelques expressions : ambiguïté d’un terme
- Examinez à partir de ces expressions si l’inconscient est opposé à la conscience :
- Que peut signifier la négation dans in-conscient ?
  • « C’est une plante, elle est dépourvue de conscience »
  • « Il a perdu conscience, il n’est plus lui-même »
  • « Mon enfant prend peu à peu conscience du monde qui l’entoure »
  • « Désolé, je n’avais pas conscience de ce qui se passait »
  • « Il s’est comporté comme un inconscient, et maintenant il en paie le prix »
  • « J’ai pris cette décision en mon âme et conscience »
  • « Écoute ce que te dit ta conscience »
  • Opposés : aliénation, folie, impulsivité, passion, sentiment, automatisme, inconscience, inconscient
  • Proches : lucidité, pensée, connaissance, intelligence, calcul, raison, réceptivité, objectivité
  • Opposés : aveuglement, oubli, irresponsabilité, négligence, sentiment, ignorance, folie, passion, inconscience, inconscient, enfermement

- L’insouciance de la Cigale dans la Fable de La Fontaine
- L’insouciance de Laurel dans les films burlesques

INconscient : un préfixe qui introduit une « opposition », voire une rupture :
- opposition et contradiction
- opposition et apposition
- opposition et complément
- opposition et conflit
- opposition et négation

L’inconscient est-il par cette « négation » :
  1. Le contraire ? l’opposé... ce qui suppose une « mise en relation » Expliquer
  2. La manifestation d’une crise du sujet et du jugement qui n’élucident pas leurs choix ? Chercher le sens du mot « élucider ». Quel rapport y-a-t-il avec « la lumière naturelle » qui renvoie à la conscience guidée par la raison ? Que signifie cette « obscurité » qui menacerait la raison ?
  3. - le travail du négatif, un hors-champs de la conscience, sa révélation ? (métaphore de la camera obscura) Cependant le risque est de substantialiser l’inconscient. (et la conscience)
  4. - L’autre du conscient ou son fond, sa profondeur. (Plotin, Augustin)
  5. - Une structure ? (Piaget) Une substance ?
  6. - Une hypothèse ?
  7. - Un donné : muet, indicible, détaché du conscient, introduisant à une autre logique du sens et appelant un travail herméneutique ? (Ricoeur)
  8. - Une force (Schopenhauer)
  9. - Un négatif (exemples photographiques)

 Introduction : l'inquiétante étrangeté

- métaphores du jour et de la nuit, du clair et de l’obscur. L’exemple de la peinture : Caravage. Rembrandt.
- une « représentation non représentative » (l’expression est de Fichte), tel se donne paradoxalement l’inconscient.

Du point de vue de l’histoire de l’inconscient, le seul vrai mérite de Henry Home est d’avoir inventé le mot unconscious (quelques années plus tard, Platner créera le mot allemand bewusstlos [Cf. E. Platner, Philosophische Aphorismen (1776), § 141,…] ; et le mot français inconscient n’apparaîtra que vers 1830). La notion elle-même n’a, dans son livre, qu’une place modeste, voire évanescente. Pourtant, ce n’est pas tout à fait par hasard que le mot est né chez un auteur que l’on peut rattacher au courant de l’empirisme anglais. En effet, il y a une logique qui conduit de l’âme cartésienne – définie à partir de la conscience, mais non par la conscience – à la notion de « représentation non représentée » [Suivant l’heureuse expression de Immanuel Hermann Fichte :…], qui est peut-être la meilleure définition de l’inconscient. Cette logique passe par Locke, et plus particulièrement par le § 23 du livre II de l’Essai philosophique sur l’entendement humain, ajouté dans la deuxième édition (1694). En effet, Locke y définit la personne par la continuité de la conscience (et non par l’identité de la substance). Dès lors, toute lacune dans cette continuité appelle normalement l’invention d’une sorte de « pont » qui, sans être conscient, sera de nature psychologique (et non métaphysique). Locke ne va pas jusqu’au bout de cette exigence, pas plus, d’ailleurs, que les grands empiristes anglais du XVIIIe siècle – par exemple, Hume – mais l’idée de ce « pont » et sa désignation comme « inconscient » sont bien dans l’esprit de leur philosophie. C’est pourquoi, lorsque Home veut parler de ce que Leibniz appelait « petites perceptions », le mot unconscious lui vient tout naturellement : « Pour ce qui est de la perception des objets extérieurs, écrit-il, dans certains cas, nous sentons l’impression et en sommes conscients comme d’une impression. Dans d’autres, étant parfaitement inconscients de l’impression (being quite unconscious of the impression), nous percevons seulement l’objet extérieur. »
Brès Yvon, « Home, Carus, Hartmann. (histoire de l’inconscient) », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2004/2 (Tome 129), p. 225-230. DOI : 10.3917/rphi.042.0225. URL : https://www.cairn-int.info/revue-philosophique-2004-2-page-225.htm

Le DIRE de l’inconscient

  • Il est très difficile de définir l’inconscient sans recourir à un vocabulaire qui le ramène à être le contraire de la conscience, ce qui d’avère faux. La conscience et l’inconscient sont deux formes différentes de discours et de rationalité, sans pour autant se contredire
  • Les crises des mathématiques. Comparer avec la crise des irrationnels dans les mathématiques grecques.
    Texte : Ménon de Platon
    Les nombres sont qualifiés d’irrationnels car ouvrent sur la question de l’infini qui n’est pas admissible pour un grec de l’Antiquité.
  • Cela interroge dès lors le rôle des métaphores et des images - notamment celles de l’espace (ambiguïté de la « formule » de Freud, « ’le moi n’est plus maître dans sa propre maison ».)
  • Pourquoi Freud substitue-t-il le ça à l’inconscient ?
    La difficile conceptualisation de l’inconscient

 L'inconscient, un concept-limite

- L’inconscient, un concept-limite Cahiers philosophiques
Laurence Kahn, Psychanalyste. Membre titulaire de l’association Psychanalytique de France

L’inconscient, instance constituée par le refoulé ou bien valence qualitative de faits psychiques que la conscience ne se représente pas, demeure d’un bout à l’autre de l’oeuvre de Freud un postulat construit par inférence. C’est à partir du traitement de la surface psychique que sont bâtis le concept-limite de pulsion et la théorie de l’inscription des traces mnésiques, fondements des opérations intrapsychiques, aujourd’hui controversés au chapitre de la logique des causes. De la critique de Wittgenstein à l’usage freudien des termes de catégorie et de schème, entre kantisme approximatif et réflexion critique sur la mythologie métapsychologique, sont ici abordées les conditions et les limitations qui ordonnent la connaissance de l’inconscient et sa possible universalisation.

Le principe d’inférence

Métapsychologie, chapitre « L’Inconscient »
Traduction de Jean Laplanche et J. B. Pontalis
Gallimard, 1968, pp. 71-73

Si l’on fait ce pas, il faut dire que tous les actes et toutes les manifestations que je remarque en moi et que je ne sais pas relier au reste de ma vie psychique doivent être jugés comme s’ils appartenaient à une autre personne et que l’on doit les expliquer en leur attribuant une vie psychique. L’expérience montre aussi que, si, dans le cas de la personne propre, on refuse de reconnaître certains actes comme psychiques, on s’entend fort bien à interpréter ces mêmes actes – c’est-à-dire à les intégrer à l’ensemble du psychisme – chez les autres. Manifestement, il y a ici un obstacle spécifique qui détourne notre recherche de la personne propre et l’empêche de parvenir à une connaissance correcte de celle-ci.

Or, ce procédé d’inférence, appliqué, en dépit de la résistance intime, à la personne propre, ne conduit pas à la découverte d’un inconscient, mais, pour s’exprimer plus correctement, à l’hypothèse d’une autre, d’une seconde conscience, unie dans ma personne à celle qui m’est connue. Seulement, la critique trouve ici l’occasion justifiée de faire quelques objections. Premièrement, une conscience dont le propre possesseur ne sait rien est encore quelque chose de différent d’une conscience étrangère, et l’on peut se demander si, après tout, une telle conscience, à laquelle fait défaut le caractère le plus important, mérite encore discussion. Qui s’est montré réticent à admettre un psychique inconscient ne pourra s’estimer satisfait si on lui propose à la place une conscience inconsciente. Deuxièmement, l’analyse indique que les processus psychiques latents individuels, que nous inférons, jouissent d’un haut degré d’indépendance réciproque, comme s’ils n’étaient pas en relation les uns avec les autres et ne savaient rien les uns des autres. Nous devons donc être prêts à admettre en nous, non seulement une seconde conscience, mais aussi une troisième, une quatrième, peut-être une série infinie d’états de consciences, qui nous sont tous inconnus et qui ne se connaissent pas entre eux. Le troisième argument à considérer, le plus sérieux, c’est que, comme nous l’apprend l’investigation psychanalytique, une partie de ces processus latents possède des caractères et des particularités qui nous apparaissent comme étranges et même incroyables et qui vont directement à l’encontre des propriétés de la conscience que nous connaissons. Nous sommes par là fondés à modifier l’inférence que nous avons appliquée à la personne propre : elle ne prouve pas qu’il y a une seconde conscience en nous, mais qu’il existe des actes psychiques qui sont privés de conscience.