Marc Aurèle

Oeuvres

- Pensées pour moi-même, traduction et commentaire de J. Barthélémy Saint-Hilaire, Paris, 1876 Wikisource.
Version bilingue Remacle.org

- Lettres inédites de Marc Aurèle et de Fronton
Traduites par Mr Armand Cassan (1830)

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Textes de Marc-Aurèle

MARC AURÈLE, Pensées pour moi-même

II, XIV

Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que
l’on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu’on vit ici-bas, et qu’on ne
peut pas davantage en vivre une autre que celle qu’on perd. A cet égard, la plus longue
vie en est tout à fait au même point que la plus courte. Pour tout le monde, le présent, le
moment actuel est égal, bien que le passé qu’on laisse en arrière puisse être très inégal.
Ainsi, ce qu’on perd n’est évidemment qu’un instant imperceptible. On ne peut perdre
d’aucune façon ni le passé ni l’avenir ; car une chose que nous ne possédons pas,
comment pourrait-on nous la ravir ? Voici donc deux considérations qu’il ne faut jamais
perdre de vue : la première, que tout en ce monde roule éternellement dans le même
cercle, et qu’il n’y a pas la moindre différence à voir toujours des choses pareilles, ou
cent ans de suite, ou deux cents ans, et même pendant la durée infinie ; la seconde, que
celui qui a le plus vécu et celui qui aura dû mourir le plus prématurément font
exactement la même perte ; car ce n’est jamais que du présent qu’on peut être
dépouillé, puisqu’il n’y a que le présent seul qu’on possède, et qu’on ne peut pas perdre
ce qu’on n’a point.
III, VIII
Jamais non plus dans un tel homme [le sage] le destin ne peut surprendre la vie en un
état incomplet, comme le serait le cas d’un tragédien sortant de la scène.

IV, XV
Il y a des êtres qui tendent à exister ; d’autres tendent à n’exister plus. Même ce qui
existe a déjà perdu une partie de son être. Des écoulements et des altérations
successives rajeunissent sans cesse le monde, de même que le cours indéfectible du
temps présente la durée infinie des siècles sous un aspect toujours nouveau. Sur ce
fleuve, où tant d’objets courent en passant devant nos yeux, quel est celui qu’on devrait
choisir en se flattant de pouvoir s’y arrêter ? Autant vaut se mettre à aimer un de ces
passereaux qui voltigent près de nous, et qui disparaissent déjà quand on les a aperçus à
peine. Même pour chacun de nous, l’existence n’est guère autre chose que la vapeur
sortie du sang et la respiration puisée dans l’air. Aspirer l’air à un certain moment, puis le
rendre un moment après, c’est ce que nous faisons continuellement ; et cette fonction
peut nous donner une idée assez exacte de ce que nous ferons un jour en rendant la
totalité de cette faculté respiratrice, et en la restituant à la source d’où nous l’avons tirée
pour la première fois, il n’y a qu’un instant.
VII, LXI
L’art de la vie se rapproche de l’art de la lutte, bien plus que de celui de la danse,
puisqu’il y faut toujours être prêt, et inébranlable, à tous les accidents qui peuvent
survenir et qu’on ne saurait prévoir.
VIII, XXXII
Il faut ordonner toutes les actions de ta vie une à une ; et si chacune d’elles produit,
autant que possible, tout ce qu’elle doit produire essentiellement, sache t’en contenter ;
personne au monde ne peut t’empêcher de faire tout ce que tu peux pour qu’elle
produise son effet. - Mais un obstacle extérieur s’y opposera. - Non pas ; rien ne peut
faire que tu n’y aies point apporté justice, prudence, réflexion. - Mais peut-être une autre
cause non moins puissante annulera toute mon action. - Pas davantage ; car, en sachant
prendre aussi cet obstacle comme il convient de le prendre, en acceptant de bon coeur
les circonstances données, tu substitues aussitôt une action nouvelle à la première, et tu
trouves un aide énergique pour la disposition que je viens de te recommander.

Oeuvres sur Marc-Aurèle

Marc Aurèle ou La fin du monde antique, Ernest Renan