La philosophie dans l’Académie de Créteil
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Le droit est-il le contraire de la force ?
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Interpréter des films dans le cadre de questions philosophiques

Le droit est-il le contraire de la force ?

Oeuvre philosophique étudiée : Rousseau Discours sur l’Origine et les fondements se l’inégalité parmi les hommes

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Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

Film mis en relation : L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) États-Unis, 1962


L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) États-Unis, 1962
Réalisation : John Ford Scénario : James Warner Bellah, Willis Goldbeck, d’après la nouvelle éponyme de Dorothy M. Johnson (1953)
Image : William H. Clothier
Son : Charles Grenzbach, Philip Mitchell
Montage : Otho Lovering
Musique : Cyril Mockridge
Décors : Sam Comer, Darrell Silvera
Costumes : Edith Head
Producteur : Willis Goldbeck Production : Paramount Pictures Durée : 2 h 03 Format : 1.85, 35mm, noir et blanc Tournage : 5 septembre – 7 novembre 1961 Sortie : 22 avril 1962 (États-Unis), 3 octobre 1962 (France)
Interprétation Tom Doniphon : John Wayne Ransom Stoddard : James Stewart Hallie Stoddard : Vera Miles Liberty Valance : Lee Marvin Dutton Peabody : Edmond O’Brien Link Appleyard : Andy Devine Doc Willoughby : Ken Murray Cassius Starbuckle : John Carradine Nora Ericson : Jeanette Nolan Peter Ericson : John Qualen Pompey : Woody Strode Reese : Lee Van Cleef

Ressources

 
 
 
 
 
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Regarder le film. Répondre aux questions en s’aidant des documents en lien.

L’état sauvage ou état de nature dans ce western c’est la lutte pour la possession d’un territoire avant l’instauration du droit. Quand on passe du territoire à l’Etat de droit, la question est de savoir si on sort de la violence. La mort du "méchant" Liberty ne sera pas la fin du film. Ce n’est qu’une illusion. Qui a vraiment tué Liberty et pourquoi ? Qu’est-ce que cela va nous apprendre sur la force du droit ? Ce sont les raisons de cette illusion que nous allons réfléchir à partir des questions.

Pour commencer : le contexte

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Faire des recherches sur John Ford : utilisez les liens plus haut et procéder à des recherches personnelles sur le net. Justifiez la valeur de vos documents

L’anecdote, mille fois racontée, n’en est pas moins significative. Elle se déroule le 22 octobre 1950 dans la Crystal Room du Beverly Hills Hotel, où se tient une assemblée générale de la Screen Directors Guild, le syndicat des réalisateurs américains. Près de trois cents cinéastes sont présents, parmi lesquels Richard Brooks, Frank Capra, Delmer Daves et Fritz Lang. L’objet de la réunion est la proposition de motion faite par un groupe de réalisateurs appartenant au conseil d’administration et menés par Cecil B. DeMille. Ils souhaitent imposer un serment de non-communisme aux membres du syndicat, mais aussi envoyer aux producteurs la liste des réalisateurs refusant de signer ledit serment : ils suggèrent ainsi la création d’une nouvelle « liste noire », dans l’esprit de celle établie en 1947 par la commission sur les activités anti-américaines, qui regroupe déjà les noms d’artistes hollywoodiens soupçonnés de sympathies avec le Parti communiste. Or le président de la Screen Directors Guild, Joseph L. Mankiewicz, soutenu notamment par John Huston et Joseph Losey, s’oppose à cette motion. C’est pourquoi DeMille l’attaque violemment et tente d’obtenir sa révocation. La réunion, houleuse, a commencé à 19h30 et plusieurs cinéastes, tels que Rouben Mamoulian, George Stevens et William Wyler, ont déjà pris la parole pour contrer DeMille et défendre Mankiewicz. Mais c’est seulement un peu après minuit que l’un des fondateurs du syndicat, jusque-là silencieux, portant une casquette de base-ball, des lunettes noires et des chaussures de sport, fumant sa pipe ou – selon une vieille habitude – mâchonnant un mouchoir, lève la main pour prendre la parole de manière décisive. Il déclare d’abord : « Je m’appelle John Ford. Je fais des westerns. » Puis, après avoir rappelé que la création même du syndicat avait pour but de protéger les cinéastes des producteurs, il ajoute : « Je ne pense pas que nous devrions nous mettre en situation de diffuser des renseignements négatifs sur un réalisateur, qu’il soit communiste, qu’il batte sa belle-mère ou qu’il fouette ses chiens. » Il se lance alors dans un éloge de DeMille, qui se conclut pourtant par ces mots : « Je ne t’aime pas, C. B. Je n’aime pas ce que tu représentes et je n’aime pas ce que tu as dit ici ce soir. Joe [Mankiewicz] a été calomnié et je pense que tu lui dois des excuses. » Enfin, Ford propose une résolution qui est immédiatement adoptée par l’assemblée : « Que M. DeMille et l’ensemble du conseil d’administration démissionnent et que nous accordions à Joe un vote de confiance, et puis nous rentrerons chez nous et nous dormirons un peu. Nous avons des films à faire demain. »
(Source : Transmettre le cinéma [archive])

Ambiguïté du titre

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Si on a tué Liberty Valance, l’homme, il n’en demeure pas moins, qu’on a tué "la liberté" (sens du titre). Quelles sont cependant les diverses formes de liberté rencontrées dans le film ? Quels personnages les portent ? En quoi sont-elles contradictoires ?


La femme symbole de faiblesse et de différence
 : un modèle du droit

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  • Dans Liberty Valance : quel rapport Tom entretient-il avec Hallie ?
  • Quelles sont les tâches féminines ? Vers quelle tâche évolue Hallie ? Comment interpréter la réaction de l’avocat lorsqu’il lui demande d’aller "à la cuisine" pendant la scène de classe ?
  • Quelle est la tenue de l’avocat (Ransom Stoddard) lors de son duel avec Liberty ? Que peut-elle signifier ?
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  • Comparer l’attitude d’Hallie au début du film et dans le récit de l’avocat. Est-il question d’égalité ?
  • Sur l’affiche qui représente la femme ? De quoi est-elle le symbole ?

La violence :

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Elle semble disparaître avec la mort de Liberty. Pourtant ce n’est pas aussi simple.

  • comment s’instaure le droit ?
  • Les intérêts particuliers ont-ils disparu ? Qu’a gagné l’avocat ?
    Que dénonce John Ford dans ce film ? Où est l’illusion ?

Le droit :

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- Que combat-il ? Pourquoi Liberty est-il mort sous la pancarte "élections"

  • L’avocat se cache. Qu’est-ce que cela nous apprend sur la "force du droit"
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  • Quelle critique peut-on à partir de là faire aux droits de l’homme et du citoyen ?
  • Quelle différence y-a-t-il entre le citoyen et l’homme à partir de l’analyse du film (regarder l’affiche) Qu’incarne le personnage de John Wayne ?
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Qui protège le droit ? Comment expliquer l’expression : le droit protège les innocents ou encore : "les femmes et les enfants d’abord" ?

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Eduquer : pourquoi ?
L’éducation à la lecture, l’écriture et le vote sont valorisés dans la première partie du film (jusqu’à la mort de Liberty)

  • Quelle est l’attitude du maître ? Chercher les deux sens contradictoires de ce terme présents dans le film. - Que signifie ses propos sur le retard, indépendamment de la scène ? Quel rapprochement peut-on faire avec l’expression le "temps c’est de l’argent" de Benjamin Franklin ? - Quel est l’intérêt de discipliner les hommes, en dehors de la sortie de la sauvagerie ?
  • Quel paradoxe se met en place que la seconde partie du film approfondira ?

Fragilité de l’éducation

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  • Que se passe-t-il dans la classe à l’annonce de la menace de l’arrivée de Liberty Valance ? - Que penser du rôle d’Hallie à ce moment ? - Pourquoi a-t-elle appris à lire ?

Lire ce texte de Rousseau, extrait de la Seconde partie du Second Discours :
Avant qu’on eût inventé les signes représentatifs des richesses, elles ne pouvaient guère consister qu’en terres et en bestiaux, les seuls biens réels que les hommes puissent posséder. Or quand les héritages se furent accrus en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres, et les surnuméraires que la faiblesse ou l’indolence avaient empêchés d’en acquérir à leur tour, devenus pauvres sans avoir rien perdu, parce que, tout changeant autour d’eux, eux seuls n’avaient point changé, furent obligés de recevoir ou de ravir leur subsistance de la main des riches, et de là commencèrent à naître, selon les divers caractères des uns et des autres, la domination et la servitude, ou la violence et les rapines. Les riches de leur côté connurent à peine le plaisir de dominer, qu’ils dédaignèrent bientôt tous les autres, et se servant de leurs anciens esclaves pour en soumettre de nouveaux, ils ne songèrent qu’à subjuguer et asservir leurs voisins ; semblables à ces loups affamés qui ayant une fois goûté de la chair humaine rebutent toute autre nourriture et ne veulent plus que dévorer des hommes. C’est ainsi que les plus puissants ou les plus misérables, se faisant de leur force ou de leurs besoins une sorte de droit au bien d’autrui, équivalent, selon eux, à celui de propriété, l’égalité rompue fut suivie du plus affreux désordre : c’est ainsi que les usurpations des riches, les brigandages des pauvres, les passions effrénées de tous étouffant la pitié naturelle, et la voix encore faible de la justice, rendirent les hommes avares, ambitieux et méchants. Il s’élevait entre le droit du plus fort et le droit du premier occupant un conflit perpétuel qui ne se terminait que par des combats et des meurtres (Note 17). La société naissante fit place au plus horrible état de guerre : le genre humain avili et désolé, ne pouvant plus retourner sur ses pas ni renoncer aux acquisitions malheureuses qu’il avait faites et ne travaillant qu’à sa honte, par l’abus des facultés qui l’honorent, se mit lui-même à la veille de sa ruine. Attonitus novitate mali, divesque miserque, Effugere optat opes, et quoe modò voverat, odit. Il n’est pas possible que les hommes n’aient fait enfin des réflexions sur une situation aussi misérable, et sur les calamités dont ils étaient accablés. Les riches surtout durent bientôt sentir combien leur était désavantageuse une guerre perpétuelle dont ils faisaient seuls tous les frais et dans laquelle le risque de la vie était commun et celui des biens, particulier. D’ailleurs, quelque couleur qu’ils pussent donner à leurs usurpations, ils sentaient assez qu’elles n’étaient établies que sur un droit précaire et abusif et que n’ayant été acquises que par la force, la force pouvait les leur ôter sans qu’ils eussent raison de s’en plaindre. Ceux mêmes que la seule industrie avait enrichis ne pouvaient guère fonder leur propriété sur de meilleurs titres. Ils avaient beau dire : C’est moi qui ai bâti ce mur ; j’ai gagné ce terrain par mon travail. Qui vous a donné les alignements, leur pouvait-on répondre, et en vertu de quoi prétendez-vous être payé à nos dépens d’un travail que nous ne vous avons point imposé ? Ignorez-vous qu’une multitude de vos frères périt, ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop, et qu’il vous fallait un consentement exprès et unanime du genre humain pour vous approprier sur la subsistance commune tout ce qui allait au-delà de la vôtre ? Destitué de raisons valables pour se justifier, et de forces suffisantes pour se défendre ; écrasant facilement un particulier, mais écrasé lui-même par des troupes de bandits, seul contre tous, et ne pouvant à cause des jalousies mutuelles s’unir avec ses égaux contre des ennemis unis par l’espoir commun du pillage, le riche, pressé par la nécessité, conçut enfin le projet le plus réfléchi qui soit jamais entré dans l’esprit humain ; ce fut d’employer en sa faveur les forces mêmes de ceux qui l’attaquaient, de faire ses défenseurs de ses adversaires, de leur inspirer d’autres maximes, et de leur donner d’autres institutions qui lui fussent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire. Dans cette vue, après avoir exposé à ses voisins l’horreur d’une situation qui les armait tous les uns contre les autres, qui leur rendait leurs possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et où nul ne trouvait sa sûreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse, il inventa aisément des raisons spécieuses pour les amener à son but. « Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l’oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession de ce qui lui appartient. Instituons des règlements de justice et de paix auxquels tous soient obligés de se conformer, qui ne fassent acception de personne, et qui réparent en quelque sorte les caprices de la fortune en soumettant également le puissant et le faible à des devoirs mutuels. En un mot, au lieu de tourner nos forces contre nous-mêmes, rassemblons-les en un pouvoir suprême qui nous gouverne selon de sages lois, qui protège et défende tous les membres de l’association, repousse les ennemis communs et nous maintienne dans une concorde éternelle. » Il en fallut beaucoup moins que l’équivalent de ce discours pour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d’ailleurs avaient trop d’affaires à démêler entre eux pour pouvoir se passer d’arbitres, et trop d’avarice et d’ambition, pour pouvoir longtemps se passer de maîtres. Tous coururent au-devant de leurs fers croyant assurer leur liberté ; car avec assez de raison pour sentir les avantages d’un établissement politique, ils n’avaient pas assez d’expérience pour en prévoir les dangers ; les plus capables de pressentir les abus étaient précisément ceux qui comptaient d’en profiter, et les sages mêmes virent qu’il fallait se résoudre à sacrifier une partie de leur liberté à la conservation de l’autre, comme un blessé se fait couper le bras pour sauver le reste du corps. Telle fut, ou dut être, l’origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche (Note 18), détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l’inégalité, d’une adroite usurpation firent un droit irrévocable, et pour le profit de quelques ambitieux assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère. On voit aisément comment l’établissement d’une seule société rendit indispensable celui de toutes les autres, et comment, pour faire tête à des forces unies, il fallut s’unir à son tour. Les sociétés se multipliant ou s’étendant rapidement couvrirent bientôt toute la surface de la terre, et il ne fut plus possible de trouver un seul coin dans l’univers où l’on pût s’affranchir du joug et soustraire sa tête au glaive souvent mal conduit que chaque homme vit perpétuellement suspendu sur la sienne. Le droit civil étant ainsi devenu la règle commune des citoyens, la loi de nature n’eut plus lieu qu’entre les diverses sociétés, où, sous le nom de droit des gens, elle fut tempérée par quelques conventions tacites pour rendre le commerce possible et suppléer à la commisération naturelle, qui, perdant de société à société presque toute la force qu’elle avait d’homme à homme, ne réside plus que dans quelques grandes âmes cosmopolites, qui franchissent les barrières imaginaires qui séparent les peuples, et qui, à l’exemple de l’être souverain qui les a créés, embrassent tout le genre humain dans leur bienveillance. Les corps politiques restant ainsi entre eux dans l’état de nature se ressentirent bientôt des inconvénients qui avaient forcé les particuliers d’en sortir, et cet état devint encore plus funeste entre ces grands corps qu’il ne l’avait été auparavant entre les individus dont ils étaient composés. De là sortirent les guerres nationales, les batailles, les meurtres, les représailles qui font frémir la nature et choquent la raison, et tous ces préjugés horribles qui placent au rang des vertus l’honneur de répandre le sang humain. Les plus honnêtes gens apprirent à compter parmi leurs devoirs celui d’égorger leurs semblables ; on vit enfin les hommes se massacrer par milliers sans savoir pourquoi ; et il se commettait plus de meurtres en un seul jour de combat et plus d’horreurs à la prise d’une seule ville qu’il ne s’en était commis dans l’état de nature durant des siècles entiers sur toute la face de la terre. Tels sont les premiers effets qu’on entrevoit de la division du genre humain en différentes sociétés. Revenons à leur institution.

A partir de ce travail, distinguer la force et la violence


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