Les discours de la guerre

Le barbare est l’opposé du grec. Il ne parle pas la même langue. C’est ce qu’écrit Strabon. Après les guerres médiques, il est identifié au Perse qui devient la figure du despotisme.

Eschyle dans Les Perses semble bien rendre compte de cet état d’esprit : « Qui serait donc capable de tenir tête à ce large flux humain ? Autant vouloir par de puissantes digues contenir l’invincible houle des mers ! Irrésistible est l’armée de la Perse et son peuple au cœur vaillant ! »

Isocrate (436-338 av. J.-C.)

Vers 392 av. J.-C. Isocrate fonde à Athènes une école et publie en même temps un discours-manifeste intitulé Contre les sophistes dans lequel il se positionne contre les sophistes, leur reprochant la futilité de leurs sujets et leur tendance à ne pas exploiter de grandes idées à des fins délibératives. Il les accuse également de réduire la rhétorique à un exercice formel en mésestimant les conséquences politiques de leur enseignement.

Isocrate défend ce qu’il présente comme une nouvelle méthode d’enseignement oratoire ; l’éloquence qu’il enseigne à ses élèves traite des questions les plus importantes de la vie sociale et politique et Isocrate insiste sur la morale et sur le travail personnel - son enseignement lui vaut la réputation d’être un grand pédagogue. Isocrate accorde une grande place au style des discours, à la qualité de la prose oratoire qui contribue selon lui à l’efficacité des discours. Pour être éloquent, l’orateur doit élaborer un ensemble harmonieux ; c’est dans ce but qu’Isocrate consacre un important travail à l’invention du style périodique - la « période isocratique » crée des rythmes et des intervalles évoquant la métrique de la poésie.

La faiblesse de sa voix et sa réserve naturelle interdisent à Isocrate d’être un orateur politique ; néanmoins il expose ses idées politiques dans de nombreux discours fictifs composés dans un style très travaillé, présentant des périodes d’une complexité si grande qu’il n’est pas possible de les déclamer devant l’assemblée. L’éloquence politique d’Isocrate est ainsi conçue pour des débats imaginaires et ses discours servent de modèles pour ses élèves.

Après avoir consacré dix ans à sa rédaction, Isocrate publie en 380 av. le Panégyrique dans lequel il fait l’éloge d’Athènes et expose ses idées politiques ; il entend ainsi fournir à ses élèves le modèle du discours d’apparat.

source

Discours sur la paix http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/isocrate/paix.htm

Tous vous êtes assemblés pour choisir, entre toutes les opinions, la plus utile au pays ; et, comme si vous saviez déjà d’une manière certaine le parti qu’il convient de prendre, vous ne voulez écouter que ceux qui parlent pour vous être agréables. Si vous vouliez chercher ce qui est utile à votre patrie, il faudrait écouter les hommes qui parlent contre votre opinion, plutôt que ceux qui cherchent a vous plaire ; car vous n’ignorez pas que, parmi les orateurs qui montent à cette tribune, ceux qui disent les choses que nous voulez entendre peuvent aisément vous tromper (tout discours prononcé dans l’intention de vous plaire jetant sur ce qu’il y a de plus utile un voile qui le dérobe à vos yeux) ; tandis que vous n’avez rien à craindre de semblable de la part des hommes dont les conseils n’ont pas pour but de flatter vos désirs, car ils ne peuvent nous faire changer, de résolution s’ils ne rendent pas évident ce qu’il y a de plus avantageux. Comment d’ailleurs pourrait-on bien juger le passé ou prendre de sages résolutions pour l’avenir, sans rapprocher, sans comparer les discours des orateurs qui soutiennent des opinions opposées, et sans les écouter tous avec une égale impartialité ?

Démosthène (384-322 av. J.-C.)

Après avoir plaidé dans des procès privés et exercé les fonctions de logographe, Démosthène, formé par Isée (420-350 av. J.-C.) et Isocrate, s’engage rapidement dans la politique et se pose en défenseur de la grandeur d’Athènes contre le pouvoir macédonien (Philippe et Alexandre de Macédoine).

Contre Conon
Les Philippiques

Première Philippique https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Philippiques/Premi%C3%A8re_philippique

Quand est-ce donc, Athéniens, quand est-ce que vous ferez ce que demande le salut de l’État ? Attendez-vous quelque nouvel événement ? Attendez-vous, grands Dieux, que la nécessité vous y force ? Mais, de quel œil regardez-vous donc tout ce qui se passe ? Pour moi, je ne connais pas de nécessité plus pressante pour les hommes libres que la honteuse situation de leurs affaires. Ne voulez-vous jamais faire autre chose que vous demander les uns aux autres, en vous promenant sur la place publique : Qu’y a-t-il de nouveau ? Et, que peut-il y avoir de plus nouveau que de voir un Macédonien vainqueur d’Athènes, et arbitre souverain de la Grèce ? Philippe est-il mort, dit l’un ? non, répond un autre ; il n’est que malade. Et que vous importe qu’il soit mort on vivant ? puisque, s’il n’existait plus, vous vous feriez bientôt à vous-mêmes un autre Philippe, en gardant toujours la même conduite ; car celui-ci doit son agrandissement bien moins à sa valeur qu’à votre indolence.

Sur la couronne
Les Plaidoyers civils

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