Séminaire Marx au 21 e siècle
mercredi
25
mars
2020
17h00 - 19h00
horaire Les séminaires ont lieu à l’Amphithéatre Lefebvre en Sorbonne. plan d’accès


Séminaire coordonné par Rémy Herrera (CNRS) et Jean Dellemotte (PHARE, Université Paris 1)

En raison des contraintes de sécurité du batiment, les personnes extérieures à l’université Paris 1 doivent obligatoirement s’inscrire à phare@univ-paris1.fr et être munis d’une pièce d’identité pour accèder au batiment. Il n’est pas nécessaire de s’inscrire à chaque séance une fois l’inscription prise en compte.

  • 13 février 2020 : Majed Néhmé, journaliste : Analyse de la situation en Syrie
  • 19 février 2020 : Paulo Nakatani, prof d’éco à Vitoria (Brésil) : Marx et le capital fictif
  • 11 mars 2020 : Catherine Mills, MCF en éco à UP1 : Sur l’oeuvre de Paul Boccara
  • 25 mars 2020 : Alain Bihr, prof de socio à l’Univ. Franche-Comté : Le 1er âge du capitalisme
  • 15 avril 2020 : Christian Palloix, prof d’éco à l’Univ Picardie : Les firmes transnationales
  • 13 mai 2020 : Hervé Hubert, médecin : Freud et Marx
  • 3 juin 2020 : André-Gilles Latournald, enseignant : l’ordolibéralisme
Philosopher en Amérique
mercredi
25
mars
2020
18h00 - 20h00
horaire Lieu : Centre Malher (9 rue Malher, 75004 Paris), Salle 107 (1er sous-sol)

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne (UMR8103)
Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne (PhiCo)

Philosopher en Amérique
Nouveaux lieux, nouvelles expériences, nouvelle tradition philosophique ?

Organisateurs : Léa Boman, Baptiste Cornardeau

Présentation

L’acte de recommencer fait partie du geste philosophique lui-même. Qu’il s’agisse de reprendre un questionnement, de reposer en d’autres termes un même problème, ou d’en déplacer les limites pour en éclairer de nouveaux enjeux. Pourtant le recommencement sur le sol américain prend une autre dimension en faisant fond sur une table rase volontaire des philosophies du vieux continent. Comme si la pensée du « nouveau monde » ne se posait plus contre une certaine tradition, mais contre la tradition en tant que telle. Cette revendication participe alors d’une histoire encore à écrire, d’une société à inventer, d’un pays s’étant donné pour tâche d’explorer et de peupler un continent, et pour qui l’Europe et le reste du monde sont loin. Elle participe aussi de la mise en place d’un nouveau système politique démocratique dans lequel l’accès non seulement à la politique mais dans une certaine mesure à la philosophie se désolidarisent d’un ensemble de privilèges, de traditions et du conservatisme qui marquent encore les conditions concrètes de la pensée en Europe à la même époque.

Emerson le premier désavoue la vieille culture européenne et tente de penser le propre d’une philosophie américaine qu’il invoque autant qu’il invente. William James, John Dewey et les autres pragmatistes revendiquent une philosophie originale et propre aux États-Unis, ayant su se détacher de ses tuteurs européens. Mais loin de s’arrêter aux premiers philosophes américains, cette question de la nouveauté ne cesse de ressurgir pour nourrir le questionnement philosophique. La pensée de philosophes immigrant aux États-Unis s’y heurtera sans doute plus frontalement que les autres : Hannah Arendt, Adorno pour ne parler que des plus critiques à l’égard d’une philosophie à laquelle ils vont néanmoins contribuer. Après Tocqueville, Wittgenstein s’interroge sur le problème de cette transmission culturelle et philosophique : « Que pouvons-nous donner aux Américains ? Notre culture à moitié décomposée ? Les Américains n’ont pour l’instant pas de culture. Mais de nous ils n’ont rien à apprendre. » Pourtant, peut-on philosopher sans rien hériter d’une culture philosophique ? Cela a-t-il encore du sens de poser le problème de la tradition pour une philosophie qui se pose avant tout par sa distance avec elle ? Le problème sera repris au sujet de l’éducation par Hannah Arendt, qui pointe le paradoxe, et à ses yeux les dangers, d’une tradition américaine naissante qui serait fondée sur la nouveauté elle-même. Pourtant, une exploration philosophique et américaine du monde se dessine, à partir d’un retour à une forme d’expérience autant qu’à une attention accrue au langage, qui sera déterminante pour la philosophie contemporaine dans son ensemble.

L’ordinaire, objet démocratique par excellence, abordé de différentes manières, reçoit une place philosophique audacieuse qui est la marque de ce refus des traditions. Après la vague du positivisme logique, qui propose une nouvelle langue philosophique, ses critiques, à commencer par W. V. O. Quine, font bientôt ressortir ses insuffisances et ouvrent la voie à une étude des discours ordinaires. Auparavant, les pragmatistes redonnent une place et un sens nouveaux à l’expérience, en en faisant le fondement d’une reconstruction de la philosophie. Plus généralement, de nouveaux lieux de la philosophie apparaissent. « Les arts qui ont aujourd’hui le plus de vitalité pour l’homme du commun, il ne les tient pas pour des arts : films, jazz, bande dessinée » notait déjà John Dewey. Dans la philosophie de Stanley Cavell, le cinéma en vient justement à occuper une place prépondérante, qui pose explicitement le problème d’une philosophie proprement américaine. Cette innovation en termes d’objets philosophiques s’illustre encore par l’essor de divers champs ou domaines spécifiques, qui peuvent être interprétés comme autant d’approfondissements démocratiques de la philosophie. Ainsi par exemple des études de genre, des études féministes ou écoféministes. Nous proposons dans ce séminaire un balayage de ces évolutions de la philosophie américaine sous l’angle de cette nouveauté radicale et de l’ambition démocratique qui la caractérisent.

Cette nouveauté, comme fait ou revendication intellectuelle et philosophique partagée par les divers courants philosophiques américains, n’empêche qu’ils ne se soient constitués en partie également les uns contre les autres – « sauter d’une poêle à frire dans le feu, puis du feu dans une autre poêle à frire », et ainsi de suite, comme le notait avec humour Hilary Putnam. La nouveauté ne serait-elle alors que sérielle et devrait-elle se nier toujours, laissant problématique la question de l’unité de la philosophie américaine ? En réalité, son hétérogénéité ne doit pas décourager de penser l’expérience d’une pensée philosophique américaine ayant une méthode et une langue philosophiques propres. Il semble en effet difficile de postuler une philosophie américaine en perpétuel recommencement sans perdre une dimension de la philosophie elle-même. L’enjeu de ce séminaire sera d’interroger, à l’aune de différentes philosophies, ce geste du recommencement qui laisse toujours une place précaire, parfois ouvertement problématisée, et souvent encore problématique à la tradition philosophique.

26 février 2020

  • Ivory Day, doctorante rattachée à l’Institut des Sciences Juridiques et Philosophiques de la Sorbonne (ISJPS).
    "W. V. O. Quine : du naturalisme et du pragmatisme à la modalité"

25 mars 2020

  • Magali Cecchet (Paris 1, ISJPS) : De l’« Amérique » à Abya Yala : les problématiques ouvertes par les écoféminismes d’Amérique du Sud et d’Amérique du Nord

22 avril 2020

  • Thomas Mercier-Bellevue (Paris-Sorbonne) : La dernière nouveauté : refondation et historicité dans la philosophie américaine de l’art (Greenberg, Danto, Shusterman)

27 mai 2020

  • Pauline Blisthène (Paris 1, ISJPS) : Le réalisme ordinaire des séries télévisées

Inscription préalable obligatoire à l’adresse : Philo-Recherche@univ-paris1.fr
Site : EXeCO
Facebook : Séminaire doctoral de philosophie américaine

Donner à voir l’inexistant : politiques du visible, de Paul Celan aux arts visuels (I)
mercredi
25
mars
2020
18h30 - 20h30
horaire Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), 25 rue de la Montagne Sainte Geneviève, 75005 Paris

Vicky « SKOUMBI »
Inscription obligatoire sur ce lien
Mer 4 mars, Mer 11 mars, Mer 18 mars, Mer 25 mars, Mer 1 avr, Mer 6 mai, Mer 13 mai,
Mer 27 mai
Séminaire organisé en collaboration avec la revue grecque αληthεια.

À l’intersection du poème et des arts visuels, nous aimerions questionner les modes d’apparition de l’inexistant dans l’art, poésie comprise. Malgré le déluge d’images qui saturent notre vue, des poètes et des artistes tentent de faire voir ce qui hante les marges d’une visibilité supposée sans reste. Diverses stratégies sont mises en place pour donner à voir le plus inapparent.
La première année du séminaire nous essaierons de cerner les figures de l’absence dans l’œuvre de P. Celan. On y trouve un chiasme entre regard et voix qui aurait beaucoup à nous apprendre. Celan s’attache à donner à voir ici et maintenant, ce qui fut à jamais perdu, et dont les traces mêmes furent annihilées. Pour ce faire, le poète invente des procédés qui ouvrent des brèches au sein du visible. Par une singulière empathie, le sujet même de la vision s’en trouve affecté, dans la mesure où les yeux deviennent le support d’inscription du manque à voir, qui troue le visible après l’extermination. L’œil devient ainsi la surface où une trace de la perte est sauvegardée. Parallèlement à cette dé-complétude du visible et à son inscription dans l’œil, s’affirme le pouvoir photophore de la voix : c’est elle qui apporte la lumière qui manque à l’œil défaillant.
Nous aborderons aussi la question du statut de l’image dans l’œuvre de Celan : métaphore « dissonante », allégorie construite à partir d’images contradictoires ou bien image dialectique ? Nous procéderons par la lecture détaillée d’une série de poèmes, tirés des recueils Grille de parole, La rose de Personne et Renverse du souffle.
Le poème Attaque de violoncelle finit par ce tercet : tout est moins qu’il / n’est, / tout est plus.
Nous tenterons de démontrer que ce qui fait le « plus » n’est autre que le « moins » qui le
précède. Ce sont justement les modalités d’inscription dans le visible de ce « moins », site
d’émergence du « plus », qui constituent le véritable objet de notre travail de recherche.
Séance avec intervenant :

  • Mercredi 18 mars : Bertrand Badiou, responsable de l’unité de recherche Paul Celan,
    ENS-Ulm : Paul Celan et l’image