Commandement divin et loi morale

 <p style="padding: 20px; background: #FBEFF2; border: 1px solid #ccc;">Commandement divin et loi morale </p>

- Quelle est la distinction entre commandement et loi ?
- ... entre loi et règle ? Peut-on s’affranchir d’une loi ? d’une règle ? Donner des exemples

 Leçon Le sacrifice

- Romain COUDERCL’épreuve d’Abraham, la ligature d’Isaac : la fin du sacrifice ? - Esquisses d’interprétation VIDÉO - Dossier - PDF

A partir de la leçon et de l’analyse des tableaux, expliquer le sens du commandement divin. Pourquoi peut-on parler d’un conflit entre la foi et la morale ?

Caravage
Rembrandt

Genèse, chapitre 22, Traduction Louis SEGOND

Ancien Testament, Livre de la Genèse
1 Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit : Abraham ! Et il répondit : Me voici !
2 Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai.
3 Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit.
4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin.
5 Et Abraham dit à ses serviteurs : Restez ici avec l’âne ; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous.
6 Abraham prit le bois pour l’holocauste1 , le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble.
7 Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit : Mon père ! Et il répondit : Me voici, mon fils ! Isaac reprit : Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ?
8 Abraham répondit : Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble.
9 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois.
10 Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils.
11 Alors l’ange de l’Éternel l’appela des cieux, et dit : Abraham ! Abraham ! Et il répondit : Me voici !
12 L’ange dit : N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique.
13 Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
14 Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova Jiré. C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui : A la
montagne de l’Éternel il sera pourvu.
15 L’ange de l’Éternel appela une seconde fois Abraham des cieux,
16 et dit : Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel ! parce que tu as fais cela, et que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique,
17 je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer ; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis.
18 Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix.
19 Abraham étant retourné vers ses serviteurs, ils se levèrent et s’en allèrent ensemble à Beer Schéba ; car Abraham demeurait à Beer Schéba.

Questions

- Que signifie le terme de commandement ?

- Comment le tableau de Rembrandt restitue-t-il la soumission au commandement dans la peinture du sacrifice ?

- En comparant avec le texte d’ Euripide, Iphigénie en Aulide, expliquer la différence entre le sacrifice d’Isaac et celui d’Iphigénie.

Lorsque Agamemnon tente de lancer la flotte grecque réunie à Aulis vers les côtes de Troie, les vents restent défavorables et l’armée est bloquée
Calchas le devin révèle alors qu’une offense commise par Agamemnon contre Artémis en est la cause et que seule la mort de sa fille Iphigénie apaisera la colère de la déesse.

Agamemnon : (…) L’armée s’est donc rassemblée : elle est prête. Mais elle ne peut mettre à la voile, et reste immobile à Aulis. Que faire ? nous interrogeons Calchas, qui nous répond par cet oracle : Iphigénie, ma fille, doit être immolée à Artémis, qui règne sur cette contrée : si nous offrons ce sacrifice à la déesse, nous obtiendrons un vent favorable et la ruine de Troie ; sinon, tout nous sera refusé.(…)

Agamemnon refuse dans un premier temps le sacrifice, mais poussé par Ménélas et Ulysse, il s’y résigne.

Agamemnon : Non, mon enfant, ce n’est pas Ménélas qui me tient asservi, ce n’est pas à sa volonté que je cède, mais à la Grèce : que je le veuille ou non, c’est à elle que je dois t’immoler. Contre cette nécessité nous ne pouvons rien. Autant qu’il dépend de toi, ma fille et de moi, il faut que la Grèce soit libre ; il faut que des Grecs ne se laissent pas ravir leurs femmes par des Barbares
Iphigénie  : la vie d’un seul homme est plus précieuse que celle de mille femmes. Et, si Artémis demande mon sang, ferai-je obstacle, moi simple mortelle, à la volonté d’une déesse ? Non, c’est impossible. Je donne ma vie à la Grèce. Immolez-moi, renversez Troie ! Voilà ce qui rappellera mon nom à jamais, voilà mes enfants, mon hymen, et ma gloire. Il est juste que les Grecs commandent aux Barbares, mais non pas, ma mère, les Barbares aux Grecs : car c’est une race d’esclaves ; eux sont des hommes libres.

- Construire la distinction entre le sacrifice tragique et le sacrifice d’Isaac à partir de cet extrait de Kierkegaard :

Il n’est donc pas un instant un héros tragique, mais tout autre chose : ou bien un meurtrier, ou bien un croyant. Il n’a pas l’instance intermédiaire qui sauve le héros tragique. Aussi bien puis-je comprendre ce dernier, mais non Abraham, bien qu’avec une certaine déraison je lui porte plus d’admiration qu’à tout autre homme. (…)Quand une entreprise intéressant le sort de tout un peuple est entravée, quand elle échoue par une disgrâce du ciel, quand la divinité courroucée impose à la mer un calme défiant tous les efforts, quand le devin accomplit sa lourde tâche et déclare que le dieu réclame le sacrifice d’une jeune fille, — le père doit alors héroïquement effectuer ce sacrifice. (...)
Quand Agamemnon, Jephté, Brutus surmontent héroïquement leur douleur à l’instant décisif, quand ils ont héroïquement perdu l’objet de leur amour et n’ont plus à accomplir que le sacrifice extérieur, peut-il jamais y avoir au monde une âme noble qui ne verse des larmes de compassion pour leur infortune et d’admiration pour leur exploit ? Mais si, à l’instant décisif de montrer l’héroïsme avec lequel ils portent leur tristesse, ces trois hommes laissaient tomber ce petit mot : « cela n’arrivera pas » — qui les comprendrait alors ? Et s’ils ajoutaient en guise d’explication : « nous le croyons en vertu de l’absurde », qui les entendrait davantage ? Car si l’absurdité de leur explication est facile à saisir, il n’en est pas de même de leur foi en cette absurdité. (…) La différence qui sépare le héros tragique d’Abraham saute aux yeux. Le premier reste encore dans la sphère morale. Pour lui, toute expression du moral a son τέλος dans une expression supérieure du moral ; il réduit le rapport moral entre le père et le fils, ou la fille et le père à un sentiment dont la dialectique se rapporte à l’idée de moralité. Il ne peut donc ici être question d’une suspension téléologique du moral lui-même.
Tout autre est le cas d’Abraham. Il a franchi par son acte tout le stade moral ; il a au-delà un τέλος devant lequel il suspend ce stade. Car je voudrais bien savoir comment on peut ramener son action au général, et si l’on peut découvrir, entre sa conduite et le général, un rapport quelconque autre que celui d’avoir franchi le général. Il n’agit pas pour sauver un peuple, ni pour défendre l’idée de l’État, ni pour apaiser les dieux irrités. Si l’on pouvait invoquer le courroux de la divinité, cette colère aurait pour objet Abraham seul, dont toute la conduite est une affaire strictement privée, étrangère au général. Aussi, tandis que le héros tragique est grand par sa vertu morale, Abraham l’est par une vertu toute personnelle.
KIERKEGAARD, Crainte et Tremblement (1843), trad. P.H. Tisseau, Aubier, 1946 p. 51-53

Egoïsme de la foi ?

- Pourquoi Kierkegaard voit-il dans l’acte d’Abraham le paradoxe de l’égoïsme et par conséquent contraire à la morale ?

On peut encore formuler le paradoxe en disant qu’il y a un devoir absolu envers Dieu ; car, dans ce devoir, l’Individu se rapporte comme tel absolument à l’absolu. Dans ces conditions, quand on dit que c’est un devoir d’aimer Dieu, on exprime par là autre chose que précédemment ; car si ce devoir est absolu, le moral se trouve rabaissé au relatif. Toutefois, il ne suit pas de là que le moral doive être aboli, mais il reçoit une tout autre expression, celle du paradoxe, de sorte que, par exemple, l’amour envers Dieu peut amener le chevalier de la foi à donner à son amour envers le prochain l’expression contraire de ce qui, au point de vue moral, est le devoir. S’il n’en est pas ainsi, la foi n’a pas de place dans la vie, elle est une crise,et Abraham est perdu, puisqu’il y a cédé.
D’une part, la foi a l’expression du suprême égoïsme : elle accomplit le terrifiant, qu’elle accomplit pour l’amour d’elle-même ; d’autre part, elle a l’expression de l’abandon le plus absolu, elle agit pour l’amour de Dieu. Elle ne peut entrer par médiation dans le général ; car, par là, elle est détruite. La foi est ce paradoxe, et l’Individu ne peut absolument pas se faire comprendre de personne.

KIERKEGAARD, Crainte et Tremblement (1843), trad. P.H. Tisseau, Aubier, 1946 p. 65

L’acte sacrificiel est un acte violent qui a pour vocation de souder le groupe social contre une victime expiatoire. Dans ces extraits René Girard explique la transformation des sacrifices et leur fonction sociale.

L’acte sacrificiel

Le sacrifice (…) a une fonction réelle et le problème de la substitution se pose au niveau de la collectivité entière. La victime n’est pas substituée à tel ou tel individu particulièrement menacé, elle n’est pas offerte à tel ou tel individu particulièrement sanguinaire, elle est à la fois substituée et offerte à tous les membres de la société par tous les membres de la société. C’est la communauté entière que le sacrifice protège de sa propre violence, c’est la communauté entière qu’il détourne vers des victimes qui lui sont extérieures. Le sacrifice polarise sur la victime des germes de dissension partout répandus et il les dissipe en leur proposant un assouvissement partiel.
René GIRARD, La violence et le sacré, Paris, Hachette, 2002, p. 18

Dans la Médée d’Euripide, le principe de la substitution d’être humain à être humain apparaît sous sa forme la plus sauvage. Effrayée par la colère de Médée que son amant, Jason, vient d’abandonner, la nourrice demande au pédagogue de tenir les enfants loin de leur mère (…) A l’objet véritable de sa haine qui demeure hors d’atteinte, Médée substitue ses propres enfants.
Ibid., p. 21

Avant de proclamer la fin du sacrifice sanglant, avec le Christ, la Bible montre son adoucissement, dans le sacrifice annulé d’Isaac. Quand Isaac demande à son père : « Voici le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? », la réponse d’Abraham est elle aussi extraordinaire : « Dieu pourvoira ». Cette phrase annonce la découverte du bélier qui remplacera Isaac, mais les chrétiens y ont toujours vu également une allusion prophétique au Christ. Dieu pourvoira en ce sens qu’il se sacrifiera lui-même pour en finir à jamais avec toute violence sacrificielle. Ce n’est pas ridicule, c’est splendide. La grande scène du sacrifice d’Abraham, c’est le renoncement au sacrifice de l’enfant, partout sous-jacent, dans les débuts bibliques, et son remplacement par le sacrifice animal.
René GIRARD, Les origines de la culture, Paris, Hachette, 2006, p. 112-113

Médée d’Euripide

Médée traduction Henri Berguin. Français/grec

 La loi morale : leçon

« Le ciel étoilé et la loi morale », KANT, 1re partie, Didier MAES
ours interactif de philosophie diffusé en visioconférence le 26 mars 2015 depuis le Lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres dans le cadre du Projet Europe, Éducation, École : http://www.projet-eee.eu/

Dossier pédagogique : http://www.coin-phinet/eee.14-15.docs/Kant_le_ciel_etoile_maes_d.pdf