Qu’est-ce qu’une définition ?

Ecouter cette présentation de la question par F. Worms

Quelles problématiques pose sa définition initiale ?

- Le langage établit un lien avec le réel au risque d’être trop général. Au dire « Socrate est un homme », il manque quelque chose pour définir le réel Socrate.
Pour Aristote Il faut passer de « l’être » de Socrate à ses attributs qui lui permettent de se distinguer, de fixer des limites et une singularité de ce fait à son être.

C’est la substance qui est absolument première, à la fois logiquement, dans l’ordre de la connaissance et selon le temps. En effet, d’une part, aucune des autres catégories n’existe à l’état séparé, mais seulement la substance. D’autre part, elle est aussi première logiquement, car dans la définition de chaque être est nécessairement contenue celle de sa substance. Enfin, nous croyons connaître le plus parfaitement chaque chose quand nous connaissons ce qu’elle est, par exemple ce qu’est l’homme ou le feu, bien plutôt que lorsque nous connaissons sa qualité ou son lieu, puisque chacun de ces prédicats eux-mêmes, nous les connaissons seulement quand nous connaissons ce qu’ils sont, ce qu’est la quantité ou la qualité. Et en vérité, l’objet éternel de toutes les recherches présentes et passées, le problème toujours en suspens : qu’est-ce que l’être ? revient à se demander : qu’est-ce que la substance ?

A partir de cette présentation de la définition, qu’est-ce qui fait défaut à la définition suivante pour être convenable : l’homme est un bipède sans plume ?

Les confusions au sein de la définition
Dans cet extrait du Ménon de Platon, Ménon - en grec menein signifie « demeurer sur place » ; au sens figuré Ménon est un demeuré - se perd dans les cas particuliers. C’est l’effet inverse de la généralité

Socrate : Laissons donc là Gorgias, puisqu’il est absent. Mais toi, Menon, au nom des dieux, en quoi fais-tu consister la vertu ?Apprends-le moi, et ne m’envie pas cette connaissance, afin que si vous me paraissez, toi et Gorgias, savoir ce que c’est, j’aie fait le plus heureux de tous les mensonges, lorsque j’ai dit que je n’ai encore rencontré personne qui le sût.[71e] MENON. La chose n’est pas difficile à expliquer, Socrate. Veux-tu que je te dise d’abord en quoi consiste la vertu d’un homme ? Rien de plus aisé : elle consiste à être en état d’administrer les affaires de sa patrie, et, en les administrant, de faire du bien à ses amis, et du mal à ses ennemis, en prenant bien garde d’avoir rien de semblable à souffrir. Est-ce la vertu d’une femme que tu veux connaître ? il est facile de la définir. Le devoir d’une femme est de bien gouverner sa maison, de veiller à la garde du dedans, et d’être soumise à son mari. Il y a aussi une vertu propre aux enfants de l’un et de l’autre sexe, et aux vieillards : celle qui convient à l’homme libre est autre que celle de l’esclave. [72a] En un mot, il y a une infinité d’autres vertus ; de manière qu’il n’y a nul embarras à dire ce que c’est : car selon l’âge, selon le genre d’occupation, chacun a pour toute action ses devoirs et sa vertu particulière. Je pense, Socrate, qu’il en est de ‘même à l’égard du vice.

Distinction genre/espèce. La bonne définition ou L’exemple des abeilles

Ménon est sûr de lui. Il ne doute de rien, ce qui est le contraire de la réflexion qui n’admet rien comme certain sans l’examiner. Là il récite sa leçon. Plus précisément il énumère des vertus qui lui viennent de son éducation aristocratique. Cette démarche le conduit à sortir du sujet à la fin, en introduisant la question du vice Il est dans le préjugé, c’est-à-dire le jugement hâtif.Il est pris au piège de l’image sensible et ne parvient pas à s’abstraire de son expérience particulière. Cette énumération aboutit à une généralité qui relève de cas particuliers nullement exemplaires. Socrate va expliquer dans la suite la distinction entre cas particulier et exemple.

SOCRATE.
Il paraît, Menon, que j’ai un bonheur singulier : je ne te demande qu’une seule vertu, et tu m’en donnes un essaim tout entier. Mais, pour continuer l’image empruntée [72b] aux essaims, si, t’ayant demandé quelle est la nature de l’abeille, tu m’eusses répondu qu’il y a beaucoup d’abeilles et de plusieurs espèces, que m’aurais-tu dit, si je t’avais demandé encore : Est-ce précisément comme abeilles que tu dis qu’elles sont en grand nombre, dé plusieurs espèces et différentes entre elles ? où ne diffèrent-elles en rien comme abeilles, mais à d’autres égaras, par exemple, par la beauté, la grandeur, ou d’autres qualités semblables ? Dis-moi, quelle eût été la réponse à cette question ? ;

MENON.

J’aurais dit que les abeilles, en tant qu’abeilles, ne sont pas différentes l’une de l’autre.

[72c] SOCRATE.

Si j’avais ajouté : Menon, dis-moi, je te prie, en quoi consiste ce par où les abeilles ne diffèrent point entre elles, et sont toutes la même chose ; aurais-tu été en état de me satisfaire ?

MENON.

Sans doute.

SOCRATE.

Eh bien, il en est ainsi des vertus. Quoiqu’il y en ait beaucoup et de plusieurs espèces, elles ont toutes un caractère commun par lequel elles sont vertus ; et c’est sur ce caractère que celui qui doit répondre à la personne qui l’interroge, fait bien dé jeter les yeux, pour lui expliquer [72d] ce que c’est que la vertu. Ne comprends-tu pas ce que je veux dire ?

MENON.

Il me paraît que je le comprends ; cependant je ne saisis pas encore comme je voudrais le sens de ta question.

Il me paraît que je le comprends. Cette conclusion manifeste une certaine honnêteté de Ménon qui en disant “il me paraît” semble reconnaître ne rien avoir compris. Socrate explique la différence entre genre et espèce à l’aide d’un exemple sensible, facile à imaginer. Comme Ménon a du mal à s’extraire de ses habitudes de penser, l’exemple permet de l’amener à comprendre. Le pédagogue c’est celui qui conduit l’élève, qui l’accompagne afin de le hisser au monde plus abstrait des idées.Tant qu’on en reste aux abeilles Ménon comprend. Quand on retourne à la vertu cela ne fonctionne plus.