Peut-on légiférer sur les émotions ?
Imperfection de la justice en tant qu’institution

 Faiblesse de l'institution judiciaire

Le procès d’Oreste, mis en scène par Eschyle dans le dernier volet de sa trilogie tragique, Les Euménides, tient une place à part dans l’imaginaire athénien, car il est censé être le tout premier procès décidé par une assemblée plurielle, convoquée ad hoc. Or, malgré ces circonstances exceptionnelles, on remarque que le procès est loin d’être parfait et ne décrit pas un fonctionnement idéal de la justice. La composition du jury pose problème, tout comme le verdict à la stricte égalité des voix qui paraît mener à l’impasse, mais qui, par un caprice d’Athéna, vaut en fait acquittement, ce qui n’est bien sûr pas du goût des impitoyables Érinyes.

Dans les Euménides les tensions entre une pratique concrète de la justice et son fonctionnement idéal apparaissent le plus clairement : fragilité de l’institution, précarité de tout jugement humain, quand bien même le fait que ce jugement soit collectif puisse agir comme un rempart contre l’erreur et l’iniquité, et impossibilité d’un unisson dès lors que l’on met une décision au vote.

Cela permet de comprendre que le problème est de rendre acceptable l’injustice et d’éviter le ressentiment ou la colère.
Quelle est à ce propos l’attitude d’Athéna à l’égard des Euménides ?

  • Le cri de la vengeance et du châtiment

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.

Ni Apollôn, ni la puissance d’Athènaia ne te protégeront. Il faut que tu périsses, ignominieusement rejeté de tous, ne connaissant plus la joie de l’esprit, n’ayant plus de sang, vaine ombre, pâture des Daimones, ne pouvant ni répondre, ni parler, engraissé pour m’être voué ! Je te mangerai vivant ! Tu ne seras pas égorgé à l’autel. Écoute cet hymne qui t’enchaîne : — Allons ! chantons en chœur ! Il nous plaît de hurler le chant effroyable, et de dire les destinées que notre troupe dispense aux hommes. Mais nous nous glorifions d’être de justes dispensatrices. Celui qui étend des mains pures, jamais notre colère ne se jettera sur lui, et il passera une vie saine et sauve ; mais quiconque a fait le mal, comme cet homme, et cache des mains sanglantes, nous lui apparaissons, incorruptible

et...

Toutes-puissantes et inévitables, nous nous souvenons pieusement de tous les crimes ; implacables pour les mortels, nous hantons des lieux mornes et sauvages, éloignés des Dieux, que n’éclaire point la lumière de Hèlios, inaccessibles aux vivants comme aux morts.

 Eviter le ressentiment et la vengeance

Raisons du procès d’Oreste

  • Quel est le rôle d’Athéna ? Expliquer le pouvoir de sa parole.

ATHÈNA.
Maintenant c’est à vous de prononcer la sentence par un juste suffrage, car il en a été dit assez [...]
Écoutez encore la loi que je fonde, peuple de l’Attique, vous qui êtes les premiers juges du sang versé. Ce tribunal, désormais et pour toujours, jugera le peuple Aigéen. Sur cette colline d’Arès, les Amazones plantèrent autrefois leurs tentes, quand, irritées contre Thèseus, elles assiégèrent la Ville récemment fondée et opposèrent des tours à ses hautes tours. Ici, elles firent des sacrifices à Arès, d’où ce nom d’Arèopagos, le rocher, la colline d’Arès. Donc, ici, le respect et la crainte seront toujours présents, le jour et la nuit, à tous les citoyens, tant qu’ils se garderont eux-mêmes d’instituer de nouvelles lois. Si vous souillez une eau limpide par des courants boueux, comment pourrez-vous la boire ? Je voudrais persuader aux citoyens chargés du soin de la République d’éviter l’anarchie et la tyrannie, mais non de renoncer à toute répression. Quel homme restera juste, s’il ne craint rien ? Respectez donc la majesté de ce tribunal, rempart sauveur de ce pays et de cette ville, tel qu’on n’en possède point parmi les hommes, ni les Skythes, ni ceux de la terre de Pélops. J’institue ce tribunal incorruptible, vénérable et sévère, gardien vigilant de cette terre, même pendant le sommeil de tous, et je le dis aux citoyens pour que cela soit désormais dans l’avenir. Maintenant, levez-vous, et, fidèles à votre serment, prononcez l’arrêt. J’ai dit.
[...]


ATHÈNA.
C’est à moi de prononcer la dernière. Je donnerai mon suffrage à Orestès. Je n’ai pas de mère qui m’ait enfantée. En tout et partout, je favorise entièrement les mâles, mais non jusqu’aux noces. Certes, je suis pour le père. Ainsi, peu m’importe la femme qui a tué son mari, le chef de la demeure. Orestès est vainqueur, même si les suffrages sont égaux des deux côtés. Donc, vous à qui ce soin est remis, retirez promptement les cailloux des urnes.

ORESTÈS.
Ô Phoibos Apollôn, comment cette cause sera-t-elle jugée ?

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Ô Nuit noire, ma mère ! vois-tu ces choses ?

ORESTÈS.
Maintenant, je finirai par la corde, ou je verrai encore la lumière !

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Nous serons avilies, ou nous garderons nos honneurs.

APOLLÔN.
Comptez bien les cailloux, Étrangers ! Respectez la justice et ne vous trompez point. Si une seule voix est oubliée, ce sera un grand malheur. Un seul suffrage peut relever une maison !

ATHÈNA.
Cet homme est absous de l’accusation de meurtre ; les suffrages sont en nombre égal des deux côtés.

ORESTÈS.
Ô Pallas, tu as sauvé ma maison, tu m’as rendu la terre de la patrie d’où j’étais exilé ! Chacun dira parmi les Hellènes : Cet homme Argien est enfin rétabli dans les biens paternels par la faveur de Pallas et de Loxias, et aussi de Celui qui accomplit toutes choses et qui m’a sauvé, plein de pitié pour la destinée fatale de mon père, quand il a vu ces vengeresses de ma mère. Pour moi, en retournant dans ma demeure, je me lie à cette terre et à ton peuple par ce serment, que, jamais, dans la longue suite des temps, aucun roi d’Argos n’entrera la lance en main dans la terre Attique. Certes, moi-même, alors enfermé dans le tombeau, je frapperai d’un inévitable châtiment ceux qui violeront le serment que je fais. Je rendrai leur chemin morne et malheureux, et je les ferai se repentir de leur action. Mais si les Argiens gardent la foi que j’ai jurée à la ville de Pallas, s’ils combattent toujours pour elle, je leur serai toujours bienveillant. Salut, ô toi, Pallas ! et toi, peuple de la Ville ! Puissiez-vous toujours accabler inévitablement vos ennemis ! Puissent vos armes vous sauver toujours, et toujours être victorieuses !

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Ah ! jeunes Dieux, vous avez foulé aux pieds les Lois antiques, et vous avez arraché cet homme de mes mains ! Et moi, couverte d’opprobre, méprisée, misérable, enflammée de colère, ô douleur ! je vais répandre goutte à goutte sur le sol le poison de mon cœur, terrible à cette terre. Ni feuilles, ni fécondité ! Ô Justice, te ruant sur cette terre, tu mettras partout les souillures du mal ! Gémirai-je ? Que devenir ? que faire ? Je subis des peines qui seront funestes aux Athènaiens ! Les malheureuses Filles de la Nuit sont grandement outragées ; elles gémissent de la honte qui les couvre !

ATHÈNA.
Croyez-moi, ne gémissez pas aussi profondément. Vous n’êtes point vaincues. La cause a été jugée par suffrages égaux et sans offense pour vous ; mais les témoignages de la volonté de Zeus ont été manifestes. Lui-même a dicté cet oracle : qu’Orestès, ayant commis ce meurtre, ne devait point en être châtié. N’envoyez donc point à cette terre votre colère terrible ; ne vous irritez point, ne la frappez point de stérilité, en y versant goutte à goutte la bave des Daimones, implacable rongeuse des semences. Moi, je vous fais la promesse sacrée que vous aurez ici des demeures, des temples et des autels ornés de splendides offrandes, et que vous serez grandement honorées par les Athènaiens.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Ah ! jeunes Dieux, vous avez foulé aux pieds les Lois antiques, et vous avez arraché cet homme de mes mains ! Et moi, couverte d’opprobre, méprisée, misérable, enflammée de colère, ô douleur ! je vais répandre goutte à goutte sur le sol le poison de mon cœur, terrible à cette terre. Ni feuilles, ni fécondité ! Ô Justice, te ruant sur cette terre, tu mettras partout les souillures du mal ? Gémirai-je ? Que devenir ? que faire ? Je subis des peines qui seront funestes aux Athènaiens ! Les malheureuses Filles de la Nuit sont grandement outragées ; elles gémissent de la honte qui les couvre !

ATHÈNA.
Vous n’êtes point dépouillées de vos honneurs, et, Déesses irritées, dans l’amertume de votre colère, vous ne rendrez pas stérile la terre des hommes. Et moi, ne suis-je pas certaine de Zeus ? Mais qu’ai-je besoin de paroles ? Seule, entre les Dieux, je connais les clefs des demeures où la foudre est enfermée. Cependant, je n’ai que faire de la foudre. Tu m’obéiras et tu ne lanceras point sur la terre les imprécations funestes qui amènent la destruction de toutes choses. Calme la violente colère des flots noirs de ton cœur, et tu habiteras avec moi, et tu seras pieusement honorée comme moi. Les riches prémices de ce pays te seront offerts, dans les sacrifices, pour les enfantements et les noces ; et, désormais, tu me remercieras de mes paroles.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Moi ! subir cela ! Moi, l’antique Sagesse, habiter, méprisée, sur la terre ! ô honte ! Je respire la colère et la violence ! hélas ! ô Dieux ! ô terre ! ô douleur ! Quelle angoisse envahit mon cœur ! Entends ma colère, ô Nuit, ma mère ! Les ruses des Dieux m’ont enlevé mes antiques honneurs et m’ont réduite à rien !

ATHÈNA.
Je te pardonne ta colère, car tu es plus âgée que moi et tu possèdes une plus grande sagesse ; mais Zeus m’a donné aussi quelque intelligence. N’allez point sur une autre terre. Vous regretteriez celle-ci. Je vous le prédis. La suite des temps amènera des honneurs toujours plus grands pour les habitants de ma ville, et toi, tu auras une demeure glorieuse dans la cité d’Érékhtheus, et tu seras ici, dans les Jours consacrés, en vénération aux hommes et aux femmes, plus que tu ne le serais jamais partout ailleurs. Ne répands donc point sur mes demeures le poison rongeur de tes entrailles, funeste aux enfantements, et brûlant d’une rage que le vin n’a point excitée. N’inspire point la discorde aux habitants de ma ville, et qu’ils ne soient point comme des coqs se déchirant entre eux. Qu’ils n’entreprennent que des guerres étrangères, et non trop éloignées, par lesquelles est éveillé le grand amour de la gloire, car j’ai en horreur les combats d’oiseaux domestiques. Il convient que tu acceptes ce que je t’offre, afin qu’étant bienveillante, tu sois comblée de biens et d’honneurs et que tu possèdes ta part de cette terre très-aimée des Dieux !

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Moi ! subir cela ! Moi, l’antique Sagesse, habiter, méprisée, sur la terre ! ô honte ! Je respire la colère et la violence ! hélas ! ô Dieux ! ô terre ! ô douleur ! Quelle angoisse envahit mon cœur ! Entends ma colère, ô Nuit, ma mère ! Les ruses des Dieux m’ont enlevé mes antiques honneurs et m’ont réduite à rien !

ATHÈNA.
Je ne me lasserai point de te conseiller ce qu’il y a de mieux, afin que tu ne dises jamais que toi, une antique Déesse, tu as été dépouillée de tes honneurs et honteusement chassée de cette terre par une Déesse plus jeune que toi et par le peuple qui habite cette ville. Si la Persuasion sacrée t’est vénérable, si la douceur de mes paroles t’apaise, tu resteras ici ; mais si tu ne veux pas rester, tu ne lanceras point ta fureur injuste contre cette ville et tu ne causeras point la ruine du peuple, car il t’est permis d’habiter cette heureuse terre et d’y jouir en tout temps d’honneurs légitimes.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Reine Athèna, quelle demeure habiterais-je ?

ATHÈNA.
Une demeure à l’abri de l’offense. Mais accepte.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
J’accepte. Quels seront mes honneurs ?

ATHÈNA.
Sans toi, aucune maison n’aura une heureuse fortune.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Et tu feras que je possède cette puissance ?

ATHÈNA.
Certes, je ferai prospérer qui t’honorera.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Et ta promesse sera-t-elle toujours tenue ?

ATHÈNA.
Je pouvais ne pas promettre ce que je n’aurais pas voulu tenir.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Je suis apaisée et je rejette ma colère.

ATHÈNA.
C’est pourquoi, sur cette terre, tu n’auras que des amis.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Que m’ordonnes-tu de souhaiter à cette terre ?

ATHÈNA.
Tout ce qui suit une victoire sans tache, tout ce qui est produit par la terre et par les flots de la mer, ce qui vient de l’Ouranos, ce qu’apportent les souffles des vents ! Que les fruits de la terre et les troupeaux s’accroissent ici sous la chaleur propice de Hèlios ! Que les citoyens soient à jamais heureux et prospères, et que l’enfance soit toujours saine et sauve ! Anéantis les impies plus inexorablement encore. Comme un pasteur de plantes, j’aime la race des hommes justes. Tels seront tes soins. Pour moi, quant à la gloire des combats guerriers, je ferai cette Ville illustre parmi les mortels.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Strophe I.
Certes, je veux habiter avec Pallas, et je ne dédaignerai pas cette Ville, asile des Dieux, qu’honorent le tout-puissant Zeus et Arès, rempart des Daimones, qui protége les autels des Hellanes. Je lui souhaite, par des prédictions bienveillantes, les fruits abondants, utiles à la vie, qui germent dans la terre sous la lumière éclatante de Hèlios.

ATHÈNA.
C’est avec joie que je fais ceci pour les Athènaiens. J’ai retenu dans cette Ville de grandes et implacables Déesses. Il leur a été accordé, en effet, de régler tout ce qui concerne les hommes. Celui contre lequel elles ne se sont point encore irritées ne sait rien des maux qui désolent la vie. Les crimes des aïeux le livrent à elles. La destruction silencieuse l’anéantit, malgré ses cris.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Antistrophe I.
Qu’un souffle funeste ne flétrisse point les arbres ! c’est mon souhait. Que l’ardeur de Hèlios ne dessèche point le germe des plantes et ne fasse point avorter les bourgeons ! Que la stérilité mauvaise soit écartée ! Que les brebis, toujours fécondes, lourdes d’une double portée, mettent bas au temps voulu ! Que le peuple, riche des biens abondants de la terre, honore les présents des Dieux !

ATHÈNA.
Entendez-vous, Gardiens de la Ville, ces souhaits heureux ? Elle est très-puissante, en effet, la vénérable Érinnys, auprès des Immortels et des Dieux souterrains. Elles disposent manifestement et avec une suprême puissance de la destinée des hommes. Aux uns elles accordent les chants joyeux, aux autres elles infligent une vie attristée par les larmes.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Strophe II.
Je repousse la fortune mauvaise qui frappe les hommes avant le temps. Accordez aux vierges qu’on aime les époux qu’elles désirent, ô Déesses, sœurs des Moires, vous qui avez cette puissance, justes Daimones qui hantez chaque demeure, présentes en tout temps, et qui, pour votre équité, êtes partout les plus honorées des Dieux !

ATHÈNA.
Je me réjouis d’entendre vos souhaits bienveillants pour la terre que j’aime. Je loue la Persuasion aux doux yeux qui dirigeait ma langue et ma parole, tandis qu’elles refusaient durement d’écouter. Zeus, qui préside à l’Agora, l’a emporté, et notre cause, la cause des justes, est victorieuse.

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Antistrophe II.
Que la discorde insatiable de maux ne frémisse jamais dans la Ville ! C’est mon souhait. Que jamais la poussière ne boive le sang noir des citoyens ! Que jamais, ici, un meurtre ne venge un meurtre ! Que les citoyens n’aient qu’une même volonté, un même amour, une même haine. Ceci est le remède à tous les maux parmi les hommes.

ATHÈNA.
Avez-vous donc retrouvé le chemin des paroles bienveillantes ? Je prévois que les habitants de ma Ville seront grandement secourus par ces Spectres terribles. Aimez toujours ces Déesses qui vous sont bienveillantes, offrez-leur de grands honneurs, et cette terre et cette Ville seront à jamais illustres par l’équité !

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Strophe III.
Salut ! soyez heureux et riches ! Salut, peuple Athènaien, assis auprès des autels de Zeus, amis de la Vierge qui vous aime, et toujours pleins de sagesse ! Ceux qui habitent sous les ailes de Pallas sont respectés par son père.

ATHÈNA.
Je vous salue aussi. Il faut que je marche la première, afin de vous montrer vos demeures. Allez à la lumière sacrée des torches de ceux qui vous accompagnent, à travers les sacrifices offerts, descendez sous terre, afin de retenir le malheur loin de cette terre, et d’envoyer vers la Ville la prospérité et la victoire. Vous qui habitez cette Ville, fils de Kranaos, accompagnez-les, et que les citoyens se souviennent toujours de leur bienveillance !

LE CHŒUR DES EUMÉNIDES.
Antistrophe III.
Salut, salut ! Je vous salue de nouveau, vous tous qui êtes ici, Daimones et mortels, habitants de la Ville de Pallas ! Respectez ma demeure, et vous n’accuserez jamais les hasards de la vie.

ATHÈNA.
Je me réjouis de vos paroles et de vos prières, et j’enverrai la clarté des torches flamboyantes vers les lieux souterrains, avec les gardiennes de mon sanctuaire, selon le rite. Que la fleur de toute la terre de Thèseus s’avance, la brillante troupe des jeunes filles, et les femmes et les mères âgées ! Revêtez des robes pourprées, afin d’honorer ces Déesses, et que la clarté des torches précède, afin que cette foule divine, toujours bienveillante pour cette terre, la rende à jamais illustre par la prospérité de son peuple !

LE CORTÉGE.
Entrez dans votre demeure, grandes et vénérables Filles de la Nuit, Déesses stériles, au milieu d’un cortége respectueux ! — Toutes, invoquons-les ! — Dans les retraites souterraines vous serez comblées d’honneurs et de sacrifices ! — Toutes, invoquons-les ! — Propices et bienveillantes à cette terre, venez, ô Vénérables, éclairées par les torches flamboyantes ! Maintenant, chantons en marchant ! — Les libations et les torches brillantes abonderont dans vos demeures. Zeus qui voit tout et les Moires seront toujours favorables au peuple de Pallas.

  • A partir de ce passage, montrer que la question essentielle pour Athéna est celle du vaincu comme conséquence du résultat du vote.
  • Quel est un des problèmes fondamentaux de la démocratie lorsqu’elle s’en tient à la loi de la majorité ?
  • Si on vit l’injustice, on ne vit pas la justice. Comment ce texte d’Eschyle pose ce problème ? Pourquoi Athéna cherche-t-elle plutôt à convaincre les Euménides ?
  • Pour Aristote : « Le législateur, voyant que le défendeur est en état d’infériorité sur tous les points, lui a donné l’avantage lorsque le jury est divisé d’opinion ».
    On peut penser que la démocratie grecque, soucieuse d’éviter les fractures, les dissensions, ait pu fantasmer sur une solution mathématique qui, sans désavouer le vote à la majorité, ne fasse pas offense aux thèses défendues par la minorité.

 Comparer avec l'<span class="caps">ILIADE</span> : la furie et la vengeance d'Achille


- Comment est représenté Achille ? Prend-il le temps de discuter ? Qu’est-ce que la furie d’Achille ? En quoi est-elle incompatible avec la parole ?

L’outrage au corps du héros mort
Achille traînant le corps d’Hector

Déroulé du lécythe. Peintre de Diosphos. Athènes, vers 490 av. J.-C. Lécythe à figures noires. H. 21,80 cm. ; d. 7,60 cm. Provenance : Érétrie. Acquisition, 1893
Musée du Louvre, Antiquités grecques, étrusques et romaines, CA 601
© RMN
Achille, le plus vaillant des combattants grecs, est profondément affecté par la mort de son ami Patrocle, tombé sous les coups du héros troyen Hector. Achille affronte ce dernier dans un duel terrible. Les dieux ayant abandonné Hector à son sort, le vainqueur attache son cadavre à son char pour le soustraire à la « belle mort » et le priver des honneurs rendus aux héros guerriers morts au combat. Seule l’intervention de Priam - il vient supplier le héros grec de lui rendre la dépouille de son fils - permettra aux Troyens de ramener le corps d’Hector dans la cité pour des funérailles dignes de lui.
Le lécythe, vase contenant des huiles parfumées, de forme souvent cylindrique et allongée, à col étroit, était utilisé lors des rites funéraires en Grèce ancienne. L’huile et le parfum servaient à enduire le corps du défunt avant l’inhumation ou la crémation. L’iconographie est associée à la mort. Une interprétation possible y lirait le fantôme (eidolon) ailé de Patrocle encourageant Achille à outrager le cadavre d’Hector, traîné par le char conduit par Automédon, le cocher d’Achille. Devant l’attelage, Achille « aux pieds légers » entraîne l’ensemble du cortège tragique dans une dynamique fougueuse soulignée par le serpent chtonien, porteur des valeurs du monde souterrain. Autre possibilité, trois morts figurées dans une même scène, relatées dans trois épisodes différents de l’Iliade : Achille sur son char traîne le corps mort d’Hector ; Achille à côté du char se retourne vers le fantôme de Patrocle en lui promettant de le venger ; enfin, devant l’attelage, Achille court vers son destin, c’est-à-dire la mort prochaine que son cheval Xanthos lui annonce en baissant la tête

Source : BNF Classes

- Au lieu de parler, Achille est pure violence. Dégager le sens de la justice dans son rapport à la parole qui se dégage de cette céramique.
- Consulter ce document de la BNF : http://classes.bnf.fr/rendezvous/pdf/Homere3.pdf

Chante, déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée ; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d’âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel – pour l’achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d’abord divisa le fils d’Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille.
 
Iliade, I, 1-7, trad. Paul Mazon*

Achille
Données clés
Titre original Achilles
Réalisation Barry Purves
Scénario Barry Purves
Acteurs principaux
Derek Jacobi (narrateur)

Sociétés de production Channel 4
Bare Boards Productions
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre animation
Durée 11 minutes
Première diffusion 1995
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Achilles (nom anglais du héros Achille) est un court métrage d’animation britannique réalisé par Barry Purves en 1995. Animé à l’aide de marionnettes, il relate la vie d’Achille.
Le film est accompagné par une narration en voix off ; les personnages eux-mêmes ne parlent pratiquement pas

 La toile de Pénélope