Le temps

Cette fiche construit des questionnements et des problématiques afin de mettre en oeuvre les ressources des bibliothèques. Rien ne vous empêche de les réorganiser autrement.

 INTRODUCTION

Le langage introduit des présupposés :

Les approches du temps par Etienne Klein : https://youtu.be/4lf9xFKoT8Y

  • Répondre aux questions après avoir visionné :
    • Jean Giono définit le temps ainsi : « le temps c’est ce qui passe quand rien ne passe ». Que dit Etienne Klein de cette définition ?
    • Selon lui que nous apprend l’examen de l’expression : « je n’ai pas le temps ». Par quoi peut-on remplacer le mot « temps » ? (7’45-9’05)
    • Il propose comme définition : « le temps est une machine à roulettes » (11’). Qu’est-ce que cela signifie ?
    • « Le substantif » temps attribue une « substance » au temps ( à partir de 13’25). Quel problème se pose ?

 La mesure du temps

Le temps des cathédrales à partir de l’oeuvre de G. Duby :

 

L’irréversible

La question de la réversibilité du temps dans La démolition d’un mur par Louis Lumière

Jankélévitch

"Le voyageur revient à son point de départ, mais il a vieilli entre-temps ! [...] S’il était agi d’un simple voyage dans l’espace, Ulysse’ n’aurait pas été déçu ; l’irrémédiable, ce n’est pas que l’exilé ait quitté la terre natale : l’irrémédiable, c’est que l’exilé ait quitté cette terre natale il y a vingt ans. L’exilé voudrait retrouver non seulement le lieu natal, mais le jeune homme qu’il était lui-même autrefois quand il l’habitait. [...] Ulysse est maintenant un autre Ulysse, qui retrouve une autre Pénélope... Et Ithaque aussi est une autre île, à la même place, mais non pas à la même date ; c’est une patrie d’un autre temps. L’exilé courait à la recherche de lui-même, à la poursuite de sa propre image et de sa propre jeunesse, et il ne se retrouve pas. Et l’exilé courait aussi à la recherche de sa patrie, et maintenant qu’elle est retrouvée il ne la reconnaît plus. Ulysse, Pénélope, Ithaque : chaque être, à chaque instant, devient par altération un autre que lui-même, et un autre que cet autre. Infinie est l’altérité de tout être, universel le flux insaisissable de la temporalité. C’est cette ouverture temporelle dans la clôture spatiale qui passionne et pathétise l’inquiétude nostalgique. Car le retour, de par sa durée même, a toujours quelque chose d’inachevé : si le Revenir renverse l’aller, le « dédevenir », lui, est une manière de devenir ; ou mieux : le retour neutralise l’aller dans l’espace, et le prolonge dans le temps ; et quant au circuit fermé, il prend rang à la suite des expériences antérieures dans une futurition’ ouverte qui jamais ne s’interrompt : Ulysse, comme le Fils prodigue’, revient à la maison transformé par les aventures, mûri par les épreuves et enrichi par l’expérience d’un long voyage. [...] Mais à un autre point de vue le voyageur revient appauvri, ayant laissé sur son chemin ce que nulle force au monde ne peut lui rendre : la jeunesse, les années perdues, les printemps perdus, les rencontres sans lendemain et toutes les premières-dernières fois perdues dont notre route est semée. Vladimir Jankélévitch, L’Irréversible et la Nostalgie, Éd. Flammarion, 1983, p. 300.

1. Jankélévitch suppose qu’Ulysse, de retour à Ithaque, sa patrie, est déçu, car il ne retrouve pas l’Ithaque de sa jeunesse.


EXERCICE 1 :

 Homère et l’Odyssée : l’imprévisible et la contingence

L’outre d’Eole

Neuf jours durant nous naviguâmes jour et nuit ;
le dixième jour déjà parut la campagne natale,
et nous apercevions les hommes et les feux tout près...
Alors, le doux sommeil m’envahit, j’étais épuisé,
ayant toujours tenu le gouvernail, le refusant
aux autres pour que nous fussions plus tôt rendus.
Et cependant, mes compagnons parlaient tous à la fois,
affirmant que je rapportais de l’or et de l’argent,
cadeaux d’Eole, généreux fils d’Hippotas.
Et il allaient disant, se regardant les uns les autres :
« (…) Et voilà maintenant ce qu’Eole par amitié
lui a donné...Allons ! Vite ! Voyons ce qu’il en est,
combien d’or et d’argent il y a dans cette outre ! »
Tels étaient leurs propos ; ce mauvais dessein l’emporta,
ils défirent le nœud, tous les vents sautèrent dehors,
l’ouragan vite déchaîné les rejeta au large,
tout en pleurs, loin de la patrie. Moi cependant,
réveillé, je me demandais dans mon cœur sans reproche
si j’allais me jeter à l’eau pour y périr
ou subir en silence et rester avec les vivants.
Je restai, je subis, couché tête couverte
dans le bateau. Les vents maudits nous ramenaient
à l’île d’Eolie, et mes compagnons gémissaient.

Homère, Odyssée, X, 28-55, ed. Poche La Découverte (1982), trad. Philippe Jaccottet

  • Un récit de l’imprévisible retour, sans cesse ajourné. Ulysse est l’homme de la cohésion : il cherche à rassembler, à introduire de l’ordre, malgré le désordre de la contingence. A quelle contingence se heurte ici Ulysse ? Celle d’un monde qui s’ouvre sur un infini inquiétant. Ulysse incarne la fuite, le flux, passage et mouvement, à la façon dont Héraclite qualifie le temps. Que faut-il en induire à propos de son identité ? Rien ne demeure. Ulysse ne cesse de désirer le retour, comme répétition de l’identique. Quel sens donner à cette nostalgie ?
 Temps et contingence

EXERCICE 2.
L’étrange histoire de Benjamin Button. Réalisé par David Fincher (sortie le 4 février 2009)
Répondre aux questions :

EXERCICE 3

 Autour du Phénix

Lire cet article « PHÉNIX, L’OISEAU COULEUR DU TEMPS Le symbolisme chronologique du mythe du phénix, de l’Égypte ancienne à la Rome païenne et chrétienne » et dégager les différentes représentations du temps à travers le mythe du Phénix

 APPROFONDIR

 Questionnements et leçons

Le temps relèverait soit du monde sensible soit du sujet percevant et connaissant. Équivoque le temps est à la fois une grandeur physique symbolisée par le paramètre « t », constitutive de la plupart des lois physiques et la dimension intérieure » de notre conscience, où se déroule le cours même de notre existence.

 Introduction : Le temps est-il dégradation ?

Goya, Les vieilles, 1808-1812.

Ce tableau présente deux appréhensions du temps : expliquer.

 Lecture du Timée

Platon Le Timée, 37c-39e

L’auteur et le père du monde voyant cette image des dieux éternels en mouvement et vi- 130 vante, se réjouit, et dans sa joie il pensa à la rendre encore plus semblable à son modèle ; [37d] et celui-ci étant un animal éternel, il chercha à donner à l’univers toute la perfection possible. La nature du modèle était éternelle, et le caractère d’éternité ne pouvait s’adapter entièrement à ce qui a commencé ; Dieu résolut donc de faire une image mobile de l’éternité ; et par la disposition qu’il mit entre toutes les parties de l’univers, il fit de l’éternité qui repose dans l’unité cette image éternelle, mais divisible, que nous appelons le temps. [37e] Avec le monde naquirent les jours, les nuits, les mois et les années, qui n’existaient point auparavant. Ce ne sont là que des parties du temps ; le passé, le futur en sont des formes passagères que, dans notre ignorance, nous transportons mal à propos à la substance éternelle ; car nous avons l’habitude de dire : elle fut, elle est et sera ; elle est, voilà ce qu’il faut dire en [38a] vérité. Le passé et le futur ne conviennent qu’à la génération qui se succède dans le temps, car ce sont là des mouvements. Mais la substance éternelle, toujours la même et immuable, ne peut devenir ni plus vieille ni plus jeune, de même quelle n’est, ni ne fut, ni ne sera jamais dans le temps. Elle n’est sujette à aucun des accidents que la génération impose aux choses sensibles, à ces formes du temps qui imite l’éternité et se meut dans un cercle mesure par le nombre. [38d] De même, quand nous appliquons le mot être au passé, au présent, à l’avenir et même au non être, nous ne parlons pas exactement. Mais, ce n’est point ici le lieu de s’expliquer sur ces choses plus en détail.

Le temps a donc été fait avec le inonde, afin que, nés ensemble, ils finissent aussi ensemble, si jamais leur destruction doit arriver ; et il a été fait sur le modèle de la nature éternelle, afin qu’il lui ressemblât [38c] le plus possible. Le modèle est existant pendant toute l’éternité, et le monde a été, est et sera pendant toute la durée du temps. C’est dans ce dessein et dans cette pensée que Dieu, pour produire le temps, fit naître le soleil, la lune et les cinq autres astres que nous appelons planètes, afin de marquer et de maintenir les mesures du temps ; et, après avoir formé ces corps, il leur assigna [38d] les sept orbites que forme le cercle de ce qui est divers. La lune obtint l’orbite le plus proche de la terre ; le soleil vint après, ensuite Vénus et l’astre consacré à Mercure, qui parcourent leurs orbites aussi vite que le soleil, mais dont le mouvement est en sens contraire. C’est pourquoi le Soleil, Mercure et Vénus s’atteignent et sont tour à tour atteints l’un par l’autre dans leur course. Si on voulait exposer toutes les raisons pour lesquelles les autres astres ont été établis, ce nouveau [38e] sujet nous arrêterait bien plus longtemps que celui dont nous sommes occupés maintenant. Peut-être une autre fois, quand nous aurons plus de loisir, reviendrons-nous sur ce point et le traiterons-nous avec toute l’étendue qu’il mérite.

Quand donc chacun des astres qui étaient nécessaires à la constitution du temps, eut pris le cours convenable, et que ces corps, par leur union avec l’âme de l’univers, furent devenus des êtres animés et comprirent la tâche qui leur était imposée, ils parcoururent, selon le mouvement du divers, [39a] coupant obliquement celui du même et en même temps maîtrisé par lui, les uns des orbites plus grandes, les autres des orbites plus petites ; ceux dont l’orbite était plus petite allèrent plus vite, et ceux dont l’orbite était plus grande allèrent moins vite ; enfin, ceux qui, par le mouvement du même, vont le plus vite, semblèrent atteints par ceux qui vont plus lentement, tandis qu’en réalité ce sont eux qui les atteignent. Car, le mouvement qui fait tourner tous les cercles en spirale, comme ces cercles se meuvent en même temps [39b] dans deux directions contraires, fait paraître le plus près ce qui s’éloigne le plus lentement de lui-même, qui est le plus vite. Or, pour qu’il y eût une mesure évidente de la vitesse et de la lenteur relative des astres et que les mouvements des huit cercles pussent d’exécuter à leur aise, Dieu alluma au second cercle, à partir de la terre, une lumière que nous appelons le soleil, afin d’éclairer tout le ciel et de faire participer à la science du nombre tous les êtres vivants qui y sont appelés, instruits par le mouvement du même et du semblable. [39c] C’est ainsi que naquirent d’abord le jour et la nuit et par là une révolution uniforme et régulière, ensuite le mois, après que la lune eut, dans son circuit, atteint le soleil, enfin Tannée, après que le soleil eut terminé sa carrière. Quant aux autres astres, les hommes, excepté un bien petit nombre, n’en connaissent pas les révolutions ; ils ne leur donnent pas même des noms et ne mesurent pas leurs distances au moyen du nombre, de sorte [39d] qu’à vrai dire, ils ne savent pas que ces mouvements, infinis en nombre et d’une admirable variété, sont ce que nous appelons le temps. Il est néanmoins possible de comprendre comment la véritable unité de temps, l’année parfaite est accomplie, lorsque les huit révolutions mesurées par le circuit et le mouvement uniforme du même, sont toutes retournées à leur point de départ. Voilà pourquoi et comment ont été faits ceux des astres qui, dans leur marche à travers le ciel, sont assujettis à des conversions, afin que [39e] cet animal visible ressemblât le plus qu’il se pourrait à l’animal parfait et intelligible et imitât de plus près sa nature éternelle.

Questions sur la conférence de Jean-Louis Poirier

    • Le récit sur le temps se situe entre le mythe et la science. Qu’est-ce que cela nous donne à penser ?
    • Quelle différence y-a-t-il entre l’artisan du Livre X de la République et le démiurge du Timée ?
    • En quoi consiste la dégradation commise par l’artisan de la République ?
    • Pourquoi ici le Démiurge ne commet aucune dégradation ? Quelle est sa démarche ?
    • Que signifie "fabriquer" ?
    • Quelle est la fonction du temps dans le passage de l’intelligible au sensible
    • Pourquoi faut-il que le temps dure ? Expliquer les raisons qui conduisent à «  fabriquer une certaine imitation mobile de l’éternité  », et donc faire « de l’éternité immobile et une, cette image éternelle qui progresse suivant la loi des Nombres, cette chose que nous appelons le Temps. »
    • Voici les trois propriétés du temps. 1 / Le temps n’est pas une forme vide. Il est la durée des choses, inscrit en elles. Il n’est pas mesure, même si on peut le mesurer 2/ Il est producteur d’unité : par le devenir, il unifie les mouvements comme les contradictions, il rassemble l’être séparé de lui-même en lui donnant passé, présent et futur. Sans le temps, séparé de ces moments essentiels, l’être en devenir serait incapable d’existence. 3/ Enfin, il est cyclique, car tel est le temps de la génération et de la corruption. Cette représentation du temps est-elle continue ou une succession d’instants ?
    • Bref, on doit au temps, et de part en part, la structuration du monde sensible comme d’un devenir organisé. À partir de cette phrase peut-on dire que le futur est contingent ?

LECTURE SUIVIE Lire Aspects du temps dans l’Antiquité
Jean-Louis Poirier, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale, groupe philosophie.
Texte de la conférence de Jean-Louis Poirier Langres 2019. Dans ce commentaire Jean-Louis Poirier établit par sa lecture du Timée de Platon que le temps est ce qui introduit de l’ordre et de l’intelligible dans le monde sensible.
On est loin de la représentation mythique du temps destructeur et violent.

APPROFONDIR

 Comprendre la continuité du temps

Comment expliquer "le temps qui passe", la continuité du temps ?

Après les premières hypothèses mythiques que l’on doit aux grecs de la Grèce archaïques, Aristote liant temps et mouvement, dans sa Physique installe une doctrine « physico-mathématique » du temps .

LIRE /
Aristote - Physique, IV : le temps, nombre du mouvement.

COMMENTAIRES

 Suis-je altéré par le temps ?

LEÇON / Philippe TOUCHETQui suis-je dans le temps ? : 1. Le temps, sujet ou objet ? - 2. Le futur comme présence authentiqueDailymotion >VIDÉO 1 - VIDÉO 2

1. ETRE DANS LE TEMPS : l’altération définit-elle l’identité ?

  • Que nous apprend sur l’altération par le temps l’exemple de Brentano à propos des notes en musique ?
  • Le fait d’être dans le temps altère, fait devenir autre. Quel est le présupposé quant à notre identité ?
    Construire le problème : Que signifie l’altération par le temps ?
    • un changement comme une altération en musique ? Définir en quoi cela consiste.
    • une cessation d’être ? Pour répondre à cette question voir le texte de Saint Augustin.

Saint Augustin

Confessions, Livre XI,
trad. Péronne et Ecalle remaniée par
P. Pellerin, Nathan, 1998.

Les Confessions, Livre 11, ch XV-XVI

XV. 18. Cependant nous parlons de la longueur, de la brièveté du temps, et nous n’appliquons cette mesure qu’au passé ou à l’avenir. Nous disons, par exemple, du temps passé, qu’il est long, lorsqu’il s’est écoulé cent ans ; ou qu’une chose ne se fera pas de longtemps, quand elle ne doit arriver que cent ans après. De même, nous disons pour le passé : « le temps est court », lorsqu’il ne s’est écoulé que dix jours ; et pour l’avenir, « dans peu de temps », quand il n’y a que dix jours à attendre. Mais comment peut-on appeler long ou court ce qui n’existe pas ? car le passé n’est plus, et l’avenir n’est pas encore. Ne disons donc pas du passé, « il est long », mais, « il a été long » ; et disons de l’avenir, « il sera long ». Seigneur, ma lumière, ta vérité ne se rira-t-elle pas ici de l’homme ? Car quel temps passé a été long ? Est-ce quand il était déjà passé qu’il a été long, ou quand il était encore présent ? Il ne pouvait être long que lorsqu’il était susceptible de l’être. Mais une fois passé, il n’était déjà plus ; et s’il n’était plus il ne pouvait être long.

Ne disons donc pas : « Le temps passé a été long » ; car nous ne trouverons en lui rien qui ait été long, puisqu’il n’est plus depuis qu’il est passé. Disons au contraire : « Ce temps présent a été long » ; car il n’était long que pendant qu’il était présent. Il n’était pas encore passé pour cesser d’être, il était donc quelque chose qui pouvait être long. Mais depuis qu’il a passé, en cessant d’être, il a perdu la faculté d’être long.

19. Voyons donc, ô intelligence de l’homme, si le temps présent peut être long ; car tu es capable de concevoir et de mesurer son étendue ; que me répondras-tu ?

Cent années présentes sont-elles un long temps ? Vois d’abord si cent années peuvent être présentes ; si c’est la première qui s’écoule, elle est présente, mais les quatre-vingt-dix-neuf autres sont encore à venir, et par conséquent elles ne sont pas encore ; si c’est la seconde, déjà la première n’est plus, la seconde est présente, et les autres à venir. Et ainsi, quelle que soit l’année que nous prenions dans ce nombre centenaire, elle sera présente ; celles qui lui sont antérieures, seront passées, celle qui viennent après, seront à venir. Donc, cent années ne peuvent être présentes.

Mais examine du moins si l’année qui s’accomplit est présente. Est-ce le premier mois qui s’écoule ? les autres sont à venir ; est-ce le second ? le premier est passé, et les autres ne sont pas encore. Ainsi donc l’année qui s’écoule ne peut être tout entière présent ; et si elle n’est pas présente, l’année n’est pas un temps présent ; car une année se compose de douze mois, dont chacun est successivement présent ; les autres sont passés ou futurs. Et encore le mois qui s’écoule n’est-il pas présent tout entier, mais un seul de ses jours ; si c’est le premier, les autres sont à venir, si c’est le dernier, les autres sont passés. Est-ce un jour intermédiaire ? Il est alors entre les jours passés et les jours à venir.

20. Voilà donc le temps présent, le seul, à notre avis, qu’on pût appeler long, le voilà réduit à peine à l’espace d’un jour. Mais ce jour lui-même, examinons-le. Non, ce seul jour même n’est pas tout entier présent. Car il se compose de vingt-quatre heures, douze de jour, douze de nuit ; la première regarde les autres comme à venir, la dernière suit les autres qui sont passées. Pour chacune des heures intermédiaires, celles qui la précèdent sont passées, celles qui la suivent sont à venir. Puis cette même heure se compose elle-même d’instants fugitifs. Tout ce qui s’est envolé est passé, tout ce qui en reste est à venir. Si l’on conçoit dans le temps un moment qui ne puisse être divisé en aucune autre partie, si petite qu’elle soit, c’est celui-là seul que nous pouvons appeler présent. Et cependant, il s’envole avec tant de rapidité de l’avenir dans le passé, qu’il ne peut avoir la plus petite étendue. Car, pour peu qu’il s’étendît, il se partagerait en passé et en futur. Le présent est donc sans étendue.

Où donc est le temps dont nous puissions dire qu’il est long ? Sera-ce l’avenir ? Nous ne pouvons dire qu’il est long, parce qu’il n’est pas encore ; mais nous disons, il sera long. Quand le sera-t-il donc ? Tant qu’il est encore à venir, il ne peut être long, puisqu’il est encore un pur néant. Si au contraire, nous disons qu’il le sera au moment où de futur il commencera d’être ce qu’il n’est pas encore, en devenant un être présent qui a la propriété d’être long, alors, comme précédemment, le présent nous criera que lui non plus ne saurait être long.

XVI. 21. Cependant, Seigneur, nous concevons les intervalles de temps, nous les comparons entre eux, et nous disons que les uns sont plus longs et les autres plus courts. Nous mesurons aussi combien ce temps est plus long ou plus court que celui-là, et nous répondons que l’un est double ou triple, et que l’autre est simple, ou que les deux sont égaux. Mais nous ne mesurons ainsi les temps que pendant qu’ils passent et que nous les sentons s’écouler, car les temps passés qui ne sont plus, les temps à venir qui ne sont pas encore, quel homme pourrait les mesurer ? Qui oserait dire qu’il peut mesurer ce qui n’est pas ? Ce n’est donc que pendant qu’il s’écoule que le temps peut se concevoir et se mesurer ; mais lorsqu’il est passé, cela est impossible, pour la raison qu’il n’est plus.

Le temps est vécu comme une corruption de mon identité. L’altération est changement, ce qui fait que le moi se perd dans le temps, compris comme extérieur à moi. A moins qu’il n’ y ait un retard originel de mon identité sur mon existence ?

  • Quel rapport entretient mon existence avec mon identité ?
  • Qu’est-ce que la crise de la subjectivité ?

2. Deux hypothèses contradictoires.
Question : comment maintenir l’unité du moi malgré les altérations du temps ?

  • Descartes : première hypothèse, une conscience intemporelle

Le moi, chose intemporelle, est confrontée à l’altération du temps. Quelle est la contradiction de cette hypothèse ?

Exemple littéraire Marcel Aimé, La carte, 1943
Dans une société fasciste le gouvernement distribue une carte du temps. Quelle contradiction montre cette nouvelle ?

  • Descartes Seconde hypothèse : c’est le sujet qui introduirait du temps dans l’objet intemporel.

Analyse du morceau de cire

Méditations métaphysiques (1641), méditation II, Garnier p. 423 - 424.

Texte

Commençons par la considération des choses les plus communes, et que nous croyons comprendre le plus distinctement, à savoir les corps que nous touchons et que nous voyons. Je n’entends pas parler des corps en général, car ces notions générales sont d’ordinaire plus confuses, mais de quelqu’un en particulier. Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur, sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfin, toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci.
Mais voici que, cependant que je parle, on l’approche du feu : ce qui y restait de sa saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu’on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure et personne ne le peut nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de tout ce que j’y ai remarqué par l’entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l’odorat, ou la vue, ou l’attouchement ou l’ouie, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure.
Peut-être était-ce ce que je pense maintenant, à savoir que la cire n’était pas ni cette douceur de miel, ni cette agréable odeur de fleurs, ni cette blancheur, ni cette figure, ni ce son, mais seulement un corps qui un peu auparavant me paraissait sous ces formes, et qui maintenant se fait remarquer sous d’autres. Mais qu’est-ce, précisément parlant, que j’imagine, lorsque je la conçois en cette sorte ? Considérons-la attentivement, et éloignant toutes les choses qui n’appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d’étendu, de flexible et de muable. Or, qu’est-ce que cela : flexible et muable ? N’est-ce pas que j’imagine que cette cire, étant ronde, est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire ? Non certes, ce n’est pas cela, puisque je la conçois capable de recevoir une infinité de semblables changements et je ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination, et par conséquent cette conception que j’ai de la cire ne s’accomplit pas par la faculté d’imaginer.
Qu’est-ce maintenant que cette extension ? N’est-elle pas aussi inconnue, puisque dans la cire qui se fond elle augmente, et se trouve encore plus grande quand elle est entièrement fondue, et beaucoup plus encore quand la chaleur augmente davantage ? Et je ne concevrais pas clairement et selon la vérité ce que c’est que la cire, si je ne pensais qu’elle est capable de recevoir plus de variétés selon l’extension, que je n’en ai jamais imaginé. Il faut donc que je tombe d’accord, que je ne saurais pas même concevoir par l’imagination ce que c’est que cette cire, et qu’il n’y a que mon entendement seul qui le conçoive ; je dis ce morceau de cire en particulier, car pour la cire en général, il est encore plus évident.
Or quelle est cette cire qui ne peut être conçue que par l’entendement ou l’esprit ? Certes c’est la même que je vois, que je touche, que j’imagine, et la même que je connaissais dès le commencement. Mais ce qui est à remarquer, sa perception, ou bien l’action par laquelle on l’aperçoit n’est point une vision, ni un attouchement, ni une imagination, et ne l’a jamais été, quoiqu’il semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l’esprit, laquelle peut être imparfaite et confuse, comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée.

La mémoire est ici une qualité du sujet. En quoi cette hypothèse est-elle contradictoire elle aussi ?

3. L’aporie du temps : le présent est le temps de la conscience.
Exemple de la mélodie (Husserl) : l’appréhension d’un objet temporel se réalise donc selon la structure « impression originaire – rétention – protention », de sorte que rétention et protention ne correspondent pas à, respectivement, passé et futur, puisqu’elles se donnent dans le présent. Cette structure se répète dans l’écoulement de la durée de l’objet temporel, en faisant en sorte que le maintenant retienne quelque chose de ce qui est passé. De la même façon, le prochain maintenant retiendra ce maintenant, qui sera passé, ensemble avec ce qu’il avait retenu. A cette chaine continuelle de rétentions Husserl donne le nom de « modifications rétentionnelles » (retentionalen Abwandlungen).
LIRE Husserl, E. Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps. §11.
Miguel de Beistegui : ’’ Heidegger, le temps d’une pensée’’
Approche phénoménologique du temps, la temporalité dans la pensée de Heidegger par Hélène Devissaguet, professeur de philosophie en classes préparatoires au lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres, académie de Versailles. Langres 2019

A la différence de Husserl, pour Bergson la conscience est mémoire. Elle rapporte le passé au présent, pour garder une cohérence.

annexe : Expliquer un texte. Bergson écrit dans La Pensée et le mouvant, en résumant tout son parcours de pensée :

« Mais cette durée, que la science élimine, qu’il est difficile de concevoir et d’exprimer, on la sent et on la vit. Si nous cherchions ce qu’elle est ? Comment apparaîtrait-elle à une conscience qui ne voudrait que la voir sans la mesurer, qui la saisirait alors sans l’arrêter, qui se prendrait enfin elle-même pour objet, et qui, spectatrice et actrice, spontanée et réfléchie, rapprocherait jusqu’à les faire coïncider ensemble l’attention qui se fixe et le temps qui fuit ? »

Réfutation de la thèse de Bergson par Husserl. S’il faut une activité de mémoire qui redouble le présent de la conscience, il faut deux temps.

Husserl introduit les synthèses passives de la rétention de la mémoire.
Pour saisir la durée d’une mélodie, mon attention doit retenir le son qui vient de surgir et anticiper celui qui va arriver : le flux de ma conscience, sans le créer, épouse alors celui du temps.
Le passé est retenu comme présent. Je perçois une synthèse. Le passé n’est pas perçu comme passé. Le souvenir est distinct de la mémoire. Je retiens le passé au présent.Tombe dans le passé ce qui est du non-moi.

EXERCICES EXPLICATION DE TEXTES RECUEIL DE TEXTES DE BERGSON ET HUSSERL

APPROFONDIR

La théorie du temps chez Brentano Filippo Costa
Revue de Métaphysique et de Morale
67e Année, No. 4 (Octobre-Décembre 1962), pp. 450-474 (25 pages)(s’inscrire gratuitement en ligne pour lire)

Saint Augustin Confessions, L. XI ch. X-12 à XX-26

  • Bergson Commentaire d’un texte de l’Evolution créatrice- ;Pascal Dupond - Commentaire d’un texte de Bergson, Evolution créatrice, PUF 1941, ISBN 2 13 043786 9, 8e édition, Quadrige, juin 1998, p. 9 à 11& : “ Pourtant la succession est un fait incontestable, même dans le monde matériel […] Mais le second, qui correspond à un travail intérieur de maturation ou de création, dure essentiellement, et impose son rythme au premier, qui en est inséparable ”.
  • Bergson Evolution créatrice La durée
  • Bergson Matière et mémoire
    Husserl, Leçons sur la conscience intime du temps.
 APPROFONDIR AVEC L’EXEMPLE DE LA MUSIQUE

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, « Un amour de Swann » :

Dans le roman « Un amour de Swann » qui fait partie de l’ensemble romanesque A la recherche du temps perdu, Proust donne une place particulière à la musique : Swann, homme sensible, grand amateur d’art, redécouvre l’amour source de souffrance à travers Odette. L’amour qu’il lui porte correspond avec l’andante de la sonate pour piano et violon de Vinteuil qu’il entend joué au piano dans le salon des Verdurin. C’est l’occasion pour Proust d’une réflexion sur le temps et la musique, plus précisément sur la manière dont la musique s’inscrit dans le temps, et peut être représentée dans la mémoire. La musique va être associée à la naissance de cet amour, et les sensations heureuses qu’elle fait naître vont être intimement liées à ce sentiment, mais ensuite se retourneront contre Swann, lorsqu’ayant quitté Odette, il entendra de nouveau la sonate chez Mme de Saint-Euverte. Chez Proust, la musique semble être la forme du temps et s’inscrit dans la mémoire, où elle devient, à travers les sensations et sentiments, signe de bonheur ou de malheur.
Analyse par Jean-Pierre LANGEVIN, Professeur de Lettres modernes, Lycée Jean-Pierre Vernant, Sèvres

Extraits La sonate de Vinteuil entendue dans le salon des Verdurin

« Ainsi, à peine la sensation délicieuse que Swann avait ressentie était-elle expirée, que sa
mémoire lui en avait fourni séance une transcription sommaire et provisoire, mais sur laquelle
il avait jeté les yeux tandis que le morceau continuait, si bien que, quand la même impression
était tout d’un coup revenue, elle n’était déjà plus insaisissable. Il s’en représentait l’étendue,
les groupements symétriques, la graphie, la valeur expressive ; il avait devant lui cette chose
qui n’est plus de la musique pure, qui est du dessin, de l’architecture, de la pensée, et qui
permet de se rappeler la musique. Cette fois il avait distingué nettement une phrase s’élevant
pendant quelques instants au-dessus des ondes sonores. Elle lui avait proposé aussitôt des
voluptés particulières, dont il n’avait jamais eu l’idée avant de l’entendre, dont il sentait que
rien d’autre qu’elle pourrait les lui faire connaître, et il avait éprouvé pour elle comme un
amour inconnu. »
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, « Un amour de Swann »

La sonate de Vinteuil entendue chez Mme de Saint-Euverte

« Et tout à coup ce fut comme si elle était entrée, et cette apparition lui fut une si déchirante
souffrance qu’il dut porter la main à son cœur. C’est que le violon était monté à des notes
hautes, où il restait comme pour une attente, une attente qui se prolongeait sans qu’il cessât
de les tenir, dans l’exaltation où il était d’apercevoir l’objet de son attente qui s’approchait (…)
Et avant que Swann eût eu le temps de comprendre, et de se dire : « C’est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n’écoutons pas ! » tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu’il avait réussi jusqu’à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d’amour qu’ils crurent revenu, s’étaient réveillés et, à tire d’aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur. »

 Leçon : Avoir le temps.

LEÇON Hélène DEVISSAGUETAvoir le temps - Dailymotion >VIDÉO - Dossier - PDF

« Avoir le temps » : expression des plus communes, des plus usuelles tant elle renvoie à nos
pratiques quotidiennes : « j’ai le temps » ou « je n’ai pas le temps » sont les réponses que nous apportons à nos interrogations sur nos possibilités de faire quoi que ce soit, nous évaluons alors le temps dont nous disposons.
Mais disposons-nous du temps comme nous disposons de n’importe quelle chose matérielle ?
Avons-nous le temps comme nous possédons un objet ? Avoir le temps signifie-t-il en disposer, le posséder, le maîtriser, en jouir ? On conseille à l’élève en devoir de bien maîtriser son temps ; on mesure le temps ; nous souhaitons jouir d’assez de temps pour accomplir ce qui nous tient à cœur… Mais ces expressions supposent que le temps soit quelque chose, or il n’est ni un objet ni une qualité des objets.
Quel est-il ? Où est-il ? Si ces premières questions relatives à l’objectivité du temps ne nous apportent pas de réponses pleinement satisfaisantes, peut-être pouvons-nous déplacer notre questionnement : n’aurait le temps qu’un être temporel. Ainsi « avoir le temps » désignerait moins la possession d’une chose que l’attribution d’une propriété, propre à l’homme, le seul être à avoir le temps. Le temps est un existential.
Mais devient alors manifeste que cet être fini n’a justement pas tant le temps que cela, puisque dès la naissance, il est déjà prêt à mourir. Apparaissent alors comme autant d’illusions de courir après le temps ou de prétendre avoir tout le temps devant nous. Etre temporel : quelle est cette temporalité de l’existence ?
Etre temporel, être celui qui « a » le temps, que cela signifie-t-il au juste ? On peut encore
l’entendre autrement. N’aurions-nous le temps, qu’à la faveur d’une donation ? Nous serions amenés à penser non plus un temps pris, mais un temps donné : le temps qu’il nous est donné. Que cela donne-t-il ? Pourquoi l’homme en est-il le destinataire ?

KANT

« §4. Exposition métaphysique du concept de temps

1. Le temps n’est pas un concept empirique ou qui dérive d’une expérience quelconque. En effet, la simultanéité ou la succession ne tomberaient pas elles-mêmes sous la perception, si la représentation du temps ne lui servait a priori de fondement. Ce n’est que sous cette supposition que nous pouvons nous représenter une chose comme existant en même temps qu’une autre (comme simultanée) ou dans un autre temps (comme la précédant ou lui succédant).
2. Le temps est une représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions. On ne saurait supprimer le temps lui-même par rapport aux phénomènes en général, quoique l’on puisse bien retrancher les phénomènes du temps [par la pensée]. Le temps est donc donné a priori. Sans lui, toute réalité des phénomènes est impossible. On peut les supprimer tous, mais lui-même (comme condition générale de leur possibilité) ne peut être supprimé. (…)
4. Le temps n’est pas un concept discursif, ou, comme on dit, général, mais une forme pure de l’intuition sensible. Les temps différents ne sont que des parties d’un même temps. Or, une représentation qui ne peut être donnée que par un seul objet est une intuition. (…)

§6 Conséquences tirées de ce qui précède
A – Le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi ou qui soit inhérent aux choses comme une détermination objective, et qui, par conséquent, subsiste quand on fait abstraction de toutes les conditions subjectives de leur intuition. Dans le premier cas, il faudrait qu’il fût quelque chose qui existât réellement sans objet réel ; dans le second, étant une détermination ou un ordre inhérent aux choses mêmes, il ne pourrait être donné avant les objets comme leur condition, ni être, a priori, connu ou perçu intuitivement par des propositions synthétiques. Rien n’est plus facile, au contraire, si le temps n’est que la condition subjective de toutes les intuitions que nous pouvons avoir. Alors, en effet, cette forme de l’intuition interne peut être représentée antérieurement aux objets, et par conséquent a priori.
B – Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. En effet, il ne peut être une détermination des phénomènes extérieurs : il n’appartient ni à une figure, ni à une position, etc. ; mais il détermine le rapport des représentations dans notre état intérieur. Et précisément parce que
cette intuition intérieure ne fournit aucune figure, nous cherchons à réparer ce défaut par
l’analogie ; nous représentons la suite du temps par une ligne qui s’étend à l’infini et dont les
diverses parties constituent une série qui n’a qu’une dimension, et nous concluons des
propriétés de cette ligne à celles du temps, avec cette seule exception que les parties de la
première sont simultanées, tandis que celles du second sont toujours successives. (…)
C – Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes en général. L’espace, comme forme pure de toute intuition externe, ne sert de condition a priori qu’aux phénomènes extérieurs. Au contraire, comme toutes les représentations, qu’elles aient ou non pour objet des choses extérieures, appartiennent toujours par elles-mêmes, en tant que
déterminations de l’esprit, à un état intérieur, et que cet état intérieur, toujours soumis à la
condition formelle de l’intuition interne, rentre ainsi dans le temps, le temps est une condition a priori de tous les phénomènes en général, la condition immédiate des phénomènes intérieurs (de notre âme), et, par là même, la condition médiate des phénomènes extérieurs. Si je puis dire a priori que tous les phénomènes sont dans l’espace, et qu’ils sont déterminés a priori suivant les relations de l’espace, je puis dire d’une façon tout à fait générale du principe du sens interne, que tous les phénomènes en général, c’est-à-dire tous les objets des sens, sont dans le temps et qu’ils sont nécessairement soumis aux relations du temps. Si nous faisons abstraction de notre mode d’intuition interne et de la manière dont, au moyen de cette intuition, nous embrassons aussi toutes les intuitions externes dans notre faculté de représentation, et si, par conséquent, nous prenons les objets comme ils peuvent être en eux-mêmes, alors le temps n’est rien ; Il n’a de valeur objective que relativement aux phénomènes, parce que les phénomènes sont les choses que nous regardons comme des objets de nos sens ; mais il n’a plus de valeur objective dés qu’on fait abstraction de la sensibilité de notre intuition, ou de ce mode de représentation qui nous est propre, et que l’on parle des choses en général. Le temps n’est donc autre chose qu’une condition subjective de notre humaine intuition (laquelle est toujours sensible, c’est-à-dire ne se produit qu’autant que nous sommes affectés par des objets) ; en lui-même, en dehors du sujet, il n’est rien. Il n’est pas moins nécessairement objectif par rapport à tous les phénomènes, par conséquent aussi à toutes les choses que peut nous offrir l’expérience. (…)
Toutes ces considérations établissent donc la réalité empirique du temps, c’est-à-dire sa
valeur objective par rapport à tous les objets qui peuvent jamais être donnés à nos sens. Et
comme notre intuition est toujours sensible, il ne peut jamais nous être donné dans
l’expérience aucun objet qui ne rentre sous la condition du temps. Nous combattons donc
toute prétention du temps à une réalité absolue, comme si, même abstraction faite de la forme de notre intuition sensible, il appartenait absolument aux choses, à titre de condition ou de propriété. (…) Il faut donc admettre l’idéalité transcendantale du temps en ce sens que, si l’on fait abstraction des conditions subjectives de l’intuition sensible, il n’est plus rien, et qu’il ne peut être attribué aux choses en soi (indépendamment de leur rapport avec notre intuition) soit à titre de substance, soit à titre de qualité. »
KANT, Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale, deuxième section : Du temps.

Heidegger

« En un tel être vers sa fin, le Dasein existe proprement en entier comme l’étant que, « jeté
dans la mort », il peut être. Il n’a pas une fin à laquelle il cesse simplement, mais il existe en
tant que fini. L’avenir propre que la temporellité tempore primitivement et qui constitue le
sens de la résolution en marche, se révèle ainsi lui-même comme fini. Pourtant même si je n’y suis plus, « le temps ne poursuit-il pas son cours » ? Et même ne peut-il y avoir encore « dans l’avenir » beaucoup de choses et ne peut-il en arriver en quantité illimitée ?
A ces questions il faut répondre affirmativement. Toutefois elles ne contiennent aucune
objection contre la finitude de la temporellité originale – parce qu’avec elles il ne s’agit plus du tout de celle-ci. La question n’est pas de savoir ce qui peut bien encore arriver « dans la suite du temps » ni quelle rencontre « réserve ce temps » à qui s’en vient jusqu’à soi, mais, au contraire, comment « s’en venir jusqu’à soi » se détermine lui-même originalement comme tel. Sa finitude n’énonce pas en priorité une cessation ; elle est un caractère de la temporation elle-même. (…) Avec la thèse de la finitude originale de la temporellité, il ne s’agit pas de contester que « le temps continue » ; elle doit uniquement fixer la temporellité originale dans son caractère phénoménal qui se montre dans ce que projette la projection existentiale originale du Dasein lui-même ».
Etre et temps, traduction F. Vezin, Gallimard, p. 390

« Un donner qui ne donne que sa donation, mais qui, se donnant ainsi, pourtant se retient et se soustrait, un tel donner nous le nommons : destiner »
HEIDEGGER, Temps et être, in Questions IV, Gallimard

 

Peut-on vivre au présent ? EXERCICE DE DISSERTATION .

Construire la problématique

  • La question peut paraître absurde : pourquoi ?
  • Donner des exemples de vie sans présent

A. Le présent, contracté dans l’instant

I. Le « roman » de la vie. Peut-on réduire la vie à une « histoire » ?
II. Quel est le sens de la métaphore ?
Jamais non plus dans un tel homme [le sage] le destin ne peut surprendre la vie en un état incomplet, comme le serait le cas d’un tragédien sortant de la scène.
Marc-Aurèle, III 8.
III. Pourquoi la vie n’est pas une histoire ? Qu’implique l’idée de « fin » ?
IV. Qu’est-ce que je possède selon Marc Aurèle ?
V. Pourquoi vivre l’instant présent c’est vivre comme la bête ? Voir le texte de Nietzsche.
VI. Hans Jonas montre que le présent tend vers le futur, dans un flux permanent : pourquoi la plante ne vit pas dans l’instant présent ?

B. Temps présent dilaté

I. Marc Aurèle, II, 14
Comment la connaissance nous rend-elle présente la totalité des temps ? Expliquer.

MARC AURÈLE, Pensées pour moi-même

II, XIV

Quand même tu aurais à vivre trois mille ans, et trois fois dix mille ans, dis-toi bien que
l’on ne peut jamais perdre une autre existence que celle qu’on vit ici-bas, et qu’on ne
peut pas davantage en vivre une autre que celle qu’on perd. A cet égard, la plus longue
vie en est tout à fait au même point que la plus courte. Pour tout le monde, le présent, le
moment actuel est égal, bien que le passé qu’on laisse en arrière puisse être très inégal.
Ainsi, ce qu’on perd n’est évidemment qu’un instant imperceptible. On ne peut perdre
d’aucune façon ni le passé ni l’avenir ; car une chose que nous ne possédons pas,
comment pourrait-on nous la ravir ? Voici donc deux considérations qu’il ne faut jamais
perdre de vue : la première, que tout en ce monde roule éternellement dans le même
cercle, et qu’il n’y a pas la moindre différence à voir toujours des choses pareilles, ou
cent ans de suite, ou deux cents ans, et même pendant la durée infinie ; la seconde, que
celui qui a le plus vécu et celui qui aura dû mourir le plus prématurément font
exactement la même perte ; car ce n’est jamais que du présent qu’on peut être
dépouillé, puisqu’il n’y a que le présent seul qu’on possède, et qu’on ne peut pas perdre
ce qu’on n’a point.
III, VIII
Jamais non plus dans un tel homme [le sage] le destin ne peut surprendre la vie en un
état incomplet, comme le serait le cas d’un tragédien sortant de la scène.

IV, XV
Il y a des êtres qui tendent à exister ; d’autres tendent à n’exister plus. Même ce qui
existe a déjà perdu une partie de son être. Des écoulements et des altérations
successives rajeunissent sans cesse le monde, de même que le cours indéfectible du
temps présente la durée infinie des siècles sous un aspect toujours nouveau. Sur ce
fleuve, où tant d’objets courent en passant devant nos yeux, quel est celui qu’on devrait
choisir en se flattant de pouvoir s’y arrêter ? Autant vaut se mettre à aimer un de ces
passereaux qui voltigent près de nous, et qui disparaissent déjà quand on les a aperçus à
peine. Même pour chacun de nous, l’existence n’est guère autre chose que la vapeur
sortie du sang et la respiration puisée dans l’air. Aspirer l’air à un certain moment, puis le
rendre un moment après, c’est ce que nous faisons continuellement ; et cette fonction
peut nous donner une idée assez exacte de ce que nous ferons un jour en rendant la
totalité de cette faculté respiratrice, et en la restituant à la source d’où nous l’avons tirée
pour la première fois, il n’y a qu’un instant.
VII, LXI
L’art de la vie se rapproche de l’art de la lutte, bien plus que de celui de la danse,
puisqu’il y faut toujours être prêt, et inébranlable, à tous les accidents qui peuvent
survenir et qu’on ne saurait prévoir.

VIII, XXXII
Il faut ordonner toutes les actions de ta vie une à une ; et si chacune d’elles produit,
autant que possible, tout ce qu’elle doit produire essentiellement, sache t’en contenter ;
personne au monde ne peut t’empêcher de faire tout ce que tu peux pour qu’elle
produise son effet. - Mais un obstacle extérieur s’y opposera. - Non pas ; rien ne peut
faire que tu n’y aies point apporté justice, prudence, réflexion. - Mais peut-être une autre
cause non moins puissante annulera toute mon action. - Pas davantage ; car, en sachant
prendre aussi cet obstacle comme il convient de le prendre, en acceptant de bon coeur
les circonstances données, tu substitues aussitôt une action nouvelle à la première, et tu
trouves un aide énergique pour la disposition que je viens de te recommander.

NIETZSCHE, Seconde considération intempestive, 1

Contemple le troupeau qui passe devant toi en broutant. Il ne sait pas ce qu’était hier ni
ce qu’est aujourd’hui : il court de-ci de-là, mange, se repose et se remet à courir, et ainsi
du matin au soir, jour pour jour, quelque soit son plaisir ou son déplaisir. Attaché au
piquet du moment, il n’en témoigne ni mélancolie ni ennui. L’homme s’attriste devant pareille chose, parce qu’il se rengorge devant la bête et qu’il est pourtant jaloux du
bonheur de celle-ci. Car c’est là ce qu’il veut : n’éprouver, comme la bête, ni dégoût ni
souffrance, et pourtant il le veut autrement, parce qu’il ne peut pas vouloir comme la
bête. Il arriva peut-être un jour à l’homme de demander à la bête : “pourquoi ne me
parles-tu pas de ton bonheur, et pourquoi ne fais-tu que me regarder ?” Et la bête voulu
répondre et dire : “ Cela vient de ce que j’oublie chaque fois ce que j’ai l’intention de
répondre.” Or, tandis qu’elle préparait cette réponse, elle l’avait déjà oubliée et elles se
tut, en sorte que l’homme s’en étonna.”

HANS JONAS,

Évolution et liberté, 1992, éd. Rivages poche, 2005
in « Évolution et liberté », p. 40 et suivantes :
Mais tandis que, dans l’inanimé, le point actuel (...) d’une totalité matérielle livre celle-ci
entièrement, et peut se remplacer par n’importe quelle autre sans changement de
valeur, dans l’organisme, en revanche, la coupe transversale d’un point actuel (...) donne
tout, sauf l’authentique, la vie, dont la forme ne peut se trouver que dans le temporel et
dans les totalités de ses fonctions. C’est le temps, et non l’espace concomitant, qui est le
médium de la totalité formelle du vivant, et sa temporalité à lui n’est pas cette extériorité
indifférente que constitue le temps pour les mouvements du matériau et la succession de
ses états, mais elle est le mode qualitatif propre à la présentation de la forme vitale ellemême (...) La particule de masse (...) est tout uniment ce qu’elle est, sans intervention
de sa part, directement identique à elle-même, et non tenue d’affirmer cette identité de
soi comme un acte de son être (...) ; et, en l’absence de la moindre menace suspendue
au dessus de son existence, nous n’avons aucune raison, par-delà ce constat extérieur,
de doter cette persistance d’une intériorité co-native.
L’identité organique, en revanche, doit être d’une toute autre nature. Dans la continuité
précaire, métabolisante, de la forme organique, avec les perpétuelles transactions de ses
parties constitutives, on ne dispose d’aucun substrat persistant (...). Il faut qu’une
identité interne du tout, dépassant l’identité collective du substrat qui se trouve chaque
fois présent et évanescent à la fois, surplombe la série des échanges.
in “Fardeau et bénédiction de la mortalité”, p. 138-139.

Le point de départ c’est fondamentalement que la vie dit “oui” à elle-même. En tenant à
elle-même elle déclare qu’elle s’estime. Mais on ne tient qu’à ce qui peut être repris. A
l’organisme qui ne possède l’être que comme un prêt, ce dernier peut-être pris, et il le
sera s’il ne se le réapproprie pas à chaque instant. Le métabolisme continu est une
réappropriation de ce type, affirmant sans cesse la valeur de l’être contre sa retombée
dans le néant. En fait, dire “oui” semble exiger la présence concomitante de l’alternative
à laquelle il est dit “non”. Pour la vie cette alternative est dans l’aiguillon de la mort, qui
est sans cesse à l’attendre et qu’il faut continuellement détourner, et ce défi du “non” est
justement ce qui suscite et renforce ce “oui”. Serions nous alors autorisé à dire que la
mortalité est la porte étroite, l’unique, par laquelle la valeur - à quoi s’adresse un “oui” -
a pu pénétrer dans l’univers, par ailleurs indifférent ?

 EXPLIQUER UN TEXTE : un exemple

Didier MAES« Nous ne nous tenons jamais au temps présent… jamais. », Pascal - Dailymotion >VIDÉO - Dossier - PDF

Questions

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans des temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent d’ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige, et s’il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.
Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l’avenir.
Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons, ce n’est que pour en
prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin.
Le passé et le présent sont nos moyens : le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons
jamais, mais espérons de vivre, et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable
que nous ne le soyons jamais ».
PASCAL, Pensées, fragment n° 172, éd. Brunschwicq, n° 47, éd. Lafuma

  1. Quelle contradiction propre aux hommes souligne d’emblée ce texte ?
  2. En cherchant le bonheur, les hommes trouvent le malheur. Expliquer la "cruauté" de ce paradoxe.

I.

  1. Pourquoi Pascal fait-il usage du "nous" ?
  2. Il y a un autre paradoxe : le présent est le seul temps, et il est nié par nous comme manquant de consistance. Expliquer.
  3. De quoi souffrent le passé et le futur selon les hommes ?
  4. Que signifie"rappeler" le passé ? Quelle est la différence avec "se" rappeler ?
  5. Que signifie "anticiper"l’avenir ?
  6. Que "dénient" les hommes ?
  7. Pourquoi Pascal nous peint comme "vains" ? Quel est le paradoxe ?
  8. Le désir d’être heureux nous conduit à désirer perpétuer l’agrément du moment. Pourquoi sommes nous finalement piégés ?
  9. L’avidité nous ramène sans cesse à fuir notre présent. Expliquer

II.

  1. Pourquoi le présent n’est jamais notre fin ? Dégager les deux sens du mot "fin".
  2. Qu’est-ce qui est effroyable pour les hommes ?
  3. Si on se place du côté de l’éternité, qu’est-ce que le Salut ?
  4. "Nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre" : expliquer
  5. Quels sont les deux sens du mot "espoir" ?
  6. Pourquoi Pascal fait-il une relance de l’espoir ?

III.

  1. L’espérance a quelle fin ?
  2. Notre condition est déchue : quel souvenir en demeure-t-il ?

 

Clarifier des concepts : l’ennui et l’attente

Questionnement

L’expérience du passage du temps semble évidente de prime abord. Il suffit de regarder tourner l’aiguille des secondes, l’écoulement d’un sablier, ou toutes sortes de mouvements qui se déroulent autour de nous. Pourtant, quand on cherche à l’expliquer, la notion de ’passage du temps’ soulève un certain nombre d’objections ou d’apories, qui peuvent faire soupçonner qu’il s’agit d’une illusion. Je présenterai cinq objections possibles : 1) La vitesse du temps : si le temps passe, il doit y avoir une vitesse du temps, ce qui ne semble pas avoir de sens ; 2) La régression à l’infini : si le temps passe, le temps doit passer dans un second temps (un « supertemps »), qui passe lui-même dans un troisième temps et ainsi de suite à l’infini. 3) La direction du temps : si le temps passe, il doit avoir une unique direction, ce qui semble impossible à établir. 4) La perception du temps : l’expérience du "passage du temps" est obscure ou incohérente, car on ne perçoit jamais le temps. 5) L’illusion : l’expérience que nous avons du passage du temps serait exactement la même dans un monde où le temps ne passe pas. Je me concentrerai sur les deux premières objections, auxquelles je proposerai une réponse basée sur une description du passage des événements dans le temps : les événements futurs se rapprochent du présent, puis adviennent dans le présent, disparaissent dans le passé, et s’éloignent toujours davantage du présent. La thèse que j’avancerai est que la notion de passage du temps est cohérente à condition de bien distinguer entre le temps d’un côté (qui ne passe pas), et les choses/événements de l’autre (qui en un certain sens passent dans le temps). À partir de là, j’interrogerai des propriétés du temps qui peuvent éclairer l’expérience du passage (comme la "transitivité" du présent, l’irréversibilité du passé). Enfin, j’en tirerai une conclusion sur la question annexe de la direction ou "flèche" du temps.

 Le temps et sa continuité

Descartes Réponses aux secondes objections

Spinoza : L’Ethique II

Locke (Wikisource) Essai philosophique concernant l’entendement humain
Traduction par Pierre Coste.
Pierre Mortier, 1735 (3e édition) (pp. 258-277).
XXVI. De la Cauſe & de l’Effet & de quelques autres Relations.
XXVIII. De quelques autres Relations, & ſur-tout, des Relations Morales. ►
XXVII. Ce que c’eſt qu’Identité, & Diverſité.

Hume : Traité de la nature humaine. Essai pour introduire la méthode expérimentale de raisonnement dans les sujets moraux.
Traduction : Philippe Folliot, professeur de philosophie au lycée Ango de Dieppe
philippefolio@wanadoo.fr
1re dition : 1739
PARTIE II : Des idées d’espace et de temps

Problématiser

Pourquoi se soucier de l’avenir ? L’ontologie de la persistance et ses implications éthiques

Nous nous considérons comme des personnes. Un des aspects constitutifs de ce qu’est une personne consiste à témoigner d’un souci de soi et en particulier d’une préoccupation à l’égard de l’avenir. L’une des manifestations de cette préoccupation consiste à sacrifier certains intérêts présents en vue de mieux les satisfaire à un moment ultérieur. Ne pas tenir compte de l’avenir relève d’une forme d’irrationalité. Par contraste, nous avons tendance à considérer que le sacrifice d’une ou plusieurs personnes pour le bien-être du plus grand nombre ne va nullement de soi. La raison d’une telle différence tiendrait à ce que là, une seule et même personne sacrifie ses intérêts du moment afin de mieux les satisfaire à un autre moment, alors qu’ici, chaque personne est distincte, séparée, de chaque autre.
J’envisagerai les conceptions de l’ontologie de la persistance des personnes qui sous-tendent ce raisonnement. Trois théories concurrentes ont été développées dans la métaphysique contemporaine : la théorie selon laquelle les personnes sont des entités complexes composées de parties temporelles (perdurantisme), celle selon laquelle ces parties temporelles sont précisément les personnes (théorie des phases), enfin la théorie plus proche du sens commun selon laquelle une personne est une entité qui persiste en étant tout entière présente à chaque moment de son existence (endurantisme). Je m’efforcerai d’établir que ces conceptions de la persistance ont des implications pratiques et, en particulier, que seule une théorie de la persistance personnelle comme endurance donne un fondement métaphysique à la différence entre le sacrifice du présent pour l’avenir et le sacrifice d’une personne pour le bien d’une autre.

  • Philippe TOUCHETL’homme et la mort - Cours rédigé - PDF

Sénèque : De la brièveté de la vie

Victor Goldschmidt Le système stoïcien et l’idée de temps.
extraits

 Auteurs

 Heraclite

 Epicure

 Kant

  • Emmanuel Kant Critique de la raison pure
    Traduction par Jules Barni.
    Édition Germer-Baillière, 1869 (1, p. 73-109).
    ►Première partie :Esthétique transcendentale

 Merleau Ponty

Temps et vérité chez Merleau Ponty par Auvray Damien juillet 2019

 Jonas

  • Hans Jonas, Le phénomène de la vie, (Essai IX, Gnose, existentialisme et nihilisme)
    extraits

 Conférences

  • Penser le temps social Laurent Perreau, professeur de philosophie contemporaine, université de Franche-Comté, membre du laboratoire des Logiques de l’Agir.
    Texte de la conférence de Laurent Perreau Langres 2019
  • Le temps file Conférence - Conférence de Pierre-Antoine Chardel (2019)

LES TEMPS DE...

Jean-Luc Marion Pourquoi philosopher en temps de détresse ?(2019)

La bande dessinée témoin de son temps (Débat BPI mars 2019)

Les Morales espiègles en ces temps troublés Entretien avec Michel Serres (Février 2019)

François Dubet Le temps des passions tristes : inégalités et populisme (2019)

TEMPS ET NATURE

Temps de la nature et temporalité Proto-philo avec P.Huneman & C.Bouton (Janvier 2019)

Le temps de la fiction climatique Débat France Culture Sorbonne (écologie / Janvier 2019)

« Vision cosmologique du temps » par Aurélien Barrau (2018)

« Le sens du temps et de la perception chez Husserl » avec
Jean-Luc Nancy, Michel Deguy..

« À la recherche du temps perdu » Conférence d’Étienne Klein (2018)

Axel Honneth : Pourquoi des penseurs en temps de crise ?

Pétrarque - Le Temps vécu en flammes (France Culture 1979)


Montage, mon beau souci de Jean-Luc Godard, Les Cahiers du cinéma n°65, décembre 1956