IMITER

Introduction

On travaillera cette question à partir du cours de Philippe Touchet « Art et réalité »

  • QUESTION. En quel sens Aristote entend-il l’imitation de la nature ?
    Cf. Aristote, Physique, Livre II, Chapitre VIII, 199a 20 et sq., Editions les Belles lettres, paris, 1973, p. 77

    « Si les choses naturelles n’étaient pas produites par la nature seulement, mais aussi par l’art,
    elles seraient produites par l’art de la même manière qu’elle le sont par la nature (…) Maintenant,
    d’une manière générale, l’art, ou bien exécute ce que la nature est impuissante à effectuer, ou bien
    l’imite »

Jean Beaufret, interrogeant le texte de Heidegger, « L’origine de l’œuvre d’art » prononce cette parole bien mystérieuse :

« Le poète ne fait rien. Il se laisse dire la chose, il laisse même la chose se dire elle-même à lui, redoutant dès lors du langage qu’il en dise trop ou trop peu, jusqu’au moment, qui arrive ou non, où la chose elle–même devient parole. »

(Beaufret, Jean, Dialogue avec Heidegger, Tome 2, Philosophie Moderne, Editions de Minuit, Paris : 1973, p. 166.)
Cette phrase veut dire que Heidegger rejette la lecture esthétique de l’oeuvre d’art, celle qui place le sujet, l’artiste au coeur de la démarche. C’est par exemple la lecture de Kant (voir l’exercice : Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ? Expliquer ce qui pose problème dans la lecture de Kant.

  • QUESTION. Expliquer cette argumentation de Philippe Touchet :

    « Tout se passe donc comme si, pour Kant, les beautés naturelles étaient plus fortement et authentiquement choses que les beautés artistiques, qui sont, elles, le produit d’une faculté subjective de production. Mais dire de l’œuvre qu’elle est le produit d’une représentation, c’est passer à côté de ce qu’elle est quand elle se donne à la perception ; car ce n’est pas une perception que je vois, pas plus qu’une imitation, mais bien une chose, c’est-à-dire une réalité en tant qu’elle me fait face. Comme le dit Gadamer dans Vérité et Méthode le meilleur argument que l’on puisse employer pour saisir que l’œuvre se donne d’abord comme une chose, et non comme le produit d’une représentation, c’est de saisir que l’apparaître de la chose n’est pas modifié ou déçue par la connaissance de la vérité de la chose représentée »

  • A mettre en perspective avec Le Doute de Cézanne de Merleau-Ponty

    Dans ses dialogues avec Emile Bernard, il est manifeste que Cézanne cherche toujours à échapper aux alternatives toutes faites qu’on lui propose, – celle des sens ou de l’intelligence, du peintre qui voit et du peintre qui pense, de la nature et de la composition, du primitivisme et de là tradition. « Il faut se faire une optique », dit-il, mais « j’entends par optique une vision logique, c’est-à-dire sans rien d’absurde ». « S’agit-il de notre nature ? » demande Bernard. Cézanne répond : « Il s’agit des deux ». – « La nature et l’art ne sont-ils pas différents ? » – « Je voudrais les unir. L’art est une aperception person­nelle. Je place cette aperception dans la sensation et je demande à l’intelligence de l’organiser en œuvre ». Mais même ces for­mules font trop de place aux notions courantes de « sensi­bilité » ou « sensation » et d’ « intelligence », c’est pourquoi Cézanne ne pouvait persuader et c’est pourquoi il aimait mieux peindre. Au lieu d’appliquer à son œuvre des dichotomies qui d’ailleurs appartiennent plus aux traditions d’école qu’aux fon­dateurs, – philosophes ou peintres, – de ces traditions, il vau­drait mieux être docile au sens propre de sa peinture qui est de les remettre en question, Cézanne n’a pas cru devoir choisir entre la sensation et la pensée, comme entre le chaos et l’ordre. Il ne veut pas séparer les choses fixes qui apparaissent sous notre regard et leur manière fuyante d’apparaître, il veut peindre la matière en train de se donner forme, l’ordre naissant par une organisation spontanée. Il ne met pas la coupure entre « les sens » et l’ « intelligence », mais entre l’ordre spontané des choses perçues et l’ordre humain des idées et des sciences. Nous percevons des choses, nous nous entendons sur elles, nous som­mes ancrés en elles et c’est sur ce socle de « nature » que nous construisons des sciences. C’est ce monde primordial que Cézanne a voulu peindre, et voilà pourquoi ses tableaux donnent l’im­pression de la nature à son origine, tandis que les photographies des mêmes paysages suggèrent les travaux des hommes, leurs commodités, leur présence imminente. Cézanne n’a jamais voulu « peindre comme une brute », mais remettre l’intelligence, les idées, les sciences, la perspective, la tradition, au contact du monde naturel qu’elles sont destinées à comprendre, confronter avec la nature, comme il le dit, les sciences « qui sont sorties d’elle ».

QUESTION.La sensation est incomplète. Elle dit peu de la chose. Expliquer en quoi selon le texte de Heidegger qui suit, la sensation nous éloigne paradoxalement de la chose.

« Jamais, dans l’apparition des choses, nous ne percevons d’abord et proprement, comme le postule ce concept, une pure affluence de sensations, par exemple de sons et de bruits. C’est le vent que nous entendons gronder dans la cheminée, c’est l’avion trimoteur qui fait ce bruit là-haut, et c’est la Mercédès que nous distinguons immédiatement d’une Adler. Les choses elles-mêmes nous sont beaucoup plus proches que toutes les sensations. Nous entendons claquer la porte dans la maison, et n’entendons jamais des sensations acoustiques ou même des bruits purs. »