Jonas Hans
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Thèmes

(source : https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Philosophie/97/7/RA20_Lycee_GT_T_philo_Hans-Jonas_1347977.pdf)
• Étude de la gnose et réflexion sur l’existentialisme
• Biologie philosophique ou ontologie de la vie
• Éthique de la responsabilité pour une civilisation technologique se déclinant en :
- écologie, environnement ;
- bioéthique.
• Philosophie spéculative et théologie
• Rapport à Heidegger et à la philosophie

Apports de Hans Jonas et concepts-clés

Hans Jonas lit la gnose de l’Antiquité tardive ainsi que l’existentialisme de Heidegger comme des formes de nihilisme. Concept d’« anti-cosmisme » pour caractériser la gnose (aussi nommée gnosticisme).
Il propose une ontologie moniste mais non physicaliste. Un monisme rendant compte de l’émergence progressive de l’esprit, de la subjectivité et de la disposition à la liberté dans la nature. Continuisme gradualiste contre réductionnisme.
• Liberté comme « fait métaphysique »
• Anthropologie : indépassable ambivalence humaine ; liberté entendue comme « possibilité » ; spécificité culturelle autour de l’outil, l’image, le tombeau
• Concept de « méliorisme », entendu comme progressisme accéléré, brutal et unidimensionnel, et sa critique
• Éthique : « Principe responsabilité » versus « principe espérance » (Bloch) interprété comme utopique :
- reformulation de l’impératif catégorique
- préférence pour la « prophétie de malheur » plutôt que pour « l’utopie » ; « heuristique de la peur »
- théorie du droit de mourir dans la dignité ; critique de l’eugénisme positif et du clonage reproductif
• Épistémologie : appel à une science de la complexité des interdépendances écologiques
• Histoire : dialectique du progrès technique ; vers une redéfinition du progrès
• Politique : espérer en un improbable « enthousiasme pour la modération » ; comparer les avantages respectifs du marxisme et du libéralisme dans cette direction
• Théologie du mal : « après Auschwitz », penser un Dieu que ne caractérise pas la
toute-puissance
• Philosophie : méditation sur la « tâche de la philosophie »

Partie I : Éthique pour la civilisation technologique

L’éthique de la responsabilité pour une civilisation technologique est la part du travail jonassien qui a contribué à faire connaître le philosophe à un large public,
intellectuel et citoyen. Paru en langue allemande dès 1979, et traduit en français
seulement en 1990, Le Principe responsabilité a eu une importance non négligeable
dans la prise de conscience publique de la gravité des enjeux environnementaux. La
critique élaborée par Hans Jonas de « l’utopisme », de teneur marxiste, en particulier
adressée à la pensée de Ernst Bloch, s’enracine évidemment dans le contexte
idéologique des années 1970. Elle a fait du texte de Jonas un texte politiquement
polémique et diversement reçu en fonction des milieux intellectuels considérés. Le
Principe responsabilité, qui se présente comme une « éthique », est complété par
l’ouvrage Technik, Medizin und Ethik (1985), qui reçoit le statut de « pratique » (praxis)
du principe responsabilité. Dans l’ensemble des articles que ce dernier recueil réunit,
l’application concrète du principe responsabilité, selon une approche « casuistique »,
se fait essentiellement à travers des questions qui relèvent de la bioéthique ou
éthique médicale. La complémentarité, dans l’éthique jonassienne, des questions
environnementales et des questions soulevées par l’usage des biotechnologies (dès
les années 1960 jusqu’aux années 1980) reste claire et explicite dans Le Principe
Responsabilité. D’autres textes encore, articles et communications présentées lors de
colloques, explorent les relations entre science et technique et s’articulent à la critique
du « méliorisme » techniciste proposée par Hans Jonas. On les trouve, en traduction
française, dans Essais philosophiques. Du credo ancien à l’homme technologique et,
pour certains articles, dans Évolution et liberté.

Texte 1 : La technique, la morale

« Le Prométhée définitivement déchaîné auquel la science confère des forces jamais
encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par
des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une
malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique
moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à
celle-là. Elle va au-delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature
destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend
maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être
humain que son faire ait jamais entraîné. Tout en lui est inédit, sans comparaison
possible avec ce qui précède, tant du point de vue de la modalité que du point de vue
de l’ordre de grandeur : ce que l’homme peut faire aujourd’hui et ce que par la suite il
sera contraint de continuer à faire, dans l’exercice irrésistible de ce pouvoir, n’a pas son
équivalent dans l’expérience passée. Toute sagesse héritée, relative au comportement
juste, était taillée en vue de cette expérience. Nulle éthique traditionnelle ne nous
instruit donc sur les normes du « bien » et du « mal » auxquelles doivent être soumises
les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La
terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la
technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique.
Dans ce vide (qui est en même temps le vide de l’actuel relativisme des valeurs)
s’établit la recherche présentée ici. Qu’est-ce qui peut servir de boussole ?
L’anticipation de la menace elle-même ! C’est seulement dans les premières lueurs
de son orage qui nous vient du futur, dans l’aurore de son ampleur planétaire et dans
la profondeur de ses enjeux humains, que peuvent être découverts les principes
éthiques, desquels se laissent déduire les nouvelles obligations correspondant au
pouvoir nouveau. Cela je l’appelle « heuristique de la peur ». Seule la prévision de la
déformation de l’homme nous fournit le concept de l’homme qui permet de nous
en prémunir. Nous savons seulement ce qui est en jeu, dès lors que nous savons que
c’est en jeu. Mais comme l’enjeu ne concerne pas seulement le sort de l’homme, mais
également l’image de l’homme, non seulement la survie physique, mais aussi l’intégrité
de son essence, l’éthique qui doit garder l’un et l’autre doit être non seulement une
éthique de la sagacité, mais aussi une éthique du respect. »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, trad. Jean Greisch,
Paris, Flammarion, 1990, pp. 15-16

Texte 2 : La science, la connaissance

« Nous les tard-venus qui goûtons à l’amertume du fruit baconien, nous qui sommes
rongés par la sagesse qui succède aux faits, nous ne pouvons que nous avancer, chargés
du fardeau de la science sur nos épaules, vers un âge postmoderne plus humble. La
science que nous portons sera encore celle que Bacon, aveugle à ses conséquences
plus noires, fut le premier à concevoir en tant qu’outil de civilisation, comme une
entreprise collective de la société, institutionnalisée, organisée, divisée en tâches
sous-traitées, dont les résultats conviennent à la production de la richesse et à sa
destruction, à l’avancement de la vie et à son annihilation. Bacon, et avec lui les plus
naïfs de ses successeurs, a oublié la simple perspicacité aristotélicienne — dont le « 
pessimiste » Léonard fut toujours profondément imprégné — selon laquelle toute
science est une science des contraires — de l’objet et de son opposé : si c’est une
science du bien, alors aussi du mal, de la construction, alors aussi de la destruction, de
la santé, alors aussi de la maladie, de la vie, alors aussi de la mort ».
Hans Jonas, Essais philosophiques, « l’impact du XVIIe siècle »,
article traduit par Gaëlle Fiasse, Paris, Vrin, 2013, p. 109.

Texte 3 : La morale, la nature

« Et si le nouveau type de l’agir humain voulait dire qu’il faut prendre en considération
davantage que le seul intérêt « de l’homme » — que notre devoir s’étend plus loin et
que la limitation anthropocentrique de toute éthique passée ne vaut plus ? Du moins
n’est-il pas dépourvu de sens de se demander si l’état de la nature extra-humaine,
de la biosphère dans sa totalité et dans ses parties qui sont maintenant soumises à
notre pouvoir, n’est pas devenu par le fait même un bien confié à l’homme et qu’elle
a quelque chose comme une prétention morale à notre égard — non seulement
pour notre propre bien, mais également pour son propre bien et de son propre droit.
Si c’était le cas, cela réclamerait une révision non négligeable des fondements de
l’éthique. Cela voudrait dire chercher non seulement le bien humain mais également
le bien des choses extra-humaines, c’est-à-dire étendre la reconnaissance de « fins en
soi » au-delà de la sphère de l’homme et intégrer cette sollicitude dans le concept du
bien humain. Aucune éthique du passé (mise à part la religion) ne nous a préparés à ce
rôle de chargés d’affaires — et moins encore la conception scientifique de la nature.
Cette dernière nous refuse même décidément tout droit théorique de penser encore
à la nature comme à quelque chose qui mérite le respect puisqu’elle réduit celle-ci à
l’indifférence de la nécessité et du hasard et qu’elle l’a dépouillée de toute dignité des
fins. Et pourtant : un appel muet qu’on préserve son intégrité semble émaner de la
plénitude du monde de la vie, là où elle est menacée. Devons-nous l’entendre, devons-nous reconnaître la légitimité de sa prétention, sanctionnée par la nature des choses,
ou devons-nous y voir simplement un sentiment de notre part, auquel nous pouvons
céder quand nous le voulons et dans la mesure où nous pouvons nous le permettre ? »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., pp. 34-35.

Texte 4 : La morale

« La reconnaissance du malum est infiniment plus facile que celle du bonum ; elle est
plus immédiate, plus contraignante, bien moins exposée aux différences d’opinion et
surtout elle n’est pas recherchée : la simple présence du mal nous l’impose alors que
le bien peut être là sans se faire remarquer et peut rester inconnu en l’absence de
réflexion (celle-ci réclamant des raisons spéciales). Par rapport au mal nous ne sommes
pas dans l’incertitude ; la certitude par rapport au bien nous ne l’obtenons en règle
générale que par le détour de celui-ci. »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., p. 66.

Texte 5 : La politique, la technique

« Il est clair — et c’est ici que se situe le problème principal — que toute solution
constructive exige une utilisation élevée de technologie (les simples chiffres de la
population mondiale actuelle excluent un retour aux états plus anciens) et les plaies
que cela inflige à l’environnement exigent pour être guéries un nouveau progrès
technique, par conséquent à titre défensif déjà une technologie améliorée. À titre
offensif, elle poussera en même temps à reculer encore la limite de tolérance que
nous venons de mentionner [celles de la Terre]2 ; chacun des succès de cette stratégie
sera de nouveau à double tranchant, et ces succès seront forcément toujours plus
précaires, et naturellement ils ne le feront pas indéfiniment3. La dialectique qui règne
ici, celle d’un progrès qui a besoin de créer de nouveaux problèmes afin de résoudre
ceux qu’il a produits lui-même, un progrès qui devient donc sa propre contrainte,
est un problème central de l’éthique de la responsabilité pour l’avenir que nous
cherchons. À un moment ou à un autre, l’idée de progrès elle-même substituera
aux buts expansionnistes, dans le rapport homme-environnement, des buts
« homéostatiques » ».
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., pp. 342- 343.

Texte 6 : La science

« Une nouvelle science est requise pour tout ceci, qui aurait affaire à la complexité
énorme des interdépendances. En attendant que des certitudes résultant des
projections soient disponibles ici — en particulier compte tenu de l’irréversibilité de
certains des processus enclenchés — la prudence est la meilleure part du courage
et elle est en tout cas un impératif de la responsabilité : peut-être à jamais à savoir
si, comme il est vraisemblable, une telle science excède à jamais toutes les capacités
techniques réelles rien que du point de vue de la complétude des données et plus
encore du point de vue de leur computabilité rassemblée. Il se peut qu’ici l’incertitude
soit notre destin permanent — ce qui a des conséquences morales4. »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., pp. 359-360.
2. Note de l’auteur de la ressource.
3. Le texte allemand est : « Offensiv wird sie zugleich auf weitere Zurückdrängung der vorerwähnten
Toleranzgrenze der Umweltnatur hinarbeiten : auch diese wiederum zweischneidig und jedem Erfolg,
notwendig immer prekärer werdend, und natürlich nicht endlos ».
4. C’est Hans Jonas qui souligne.
eduscol.education.fr/ - Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports - Octobre 2020 8

Texte 7 : La technique, l’éthique

« Le nouvel ordre de l’action humaine exige une éthique de la prévoyance et de la
responsabilité à sa mesure, aussi nouvelle que le sont les questions qu’elle a à traiter.
Nous avons vu qu’il s’agit des questions que posent les œuvres de l’homo faber à l’âge
de la technologie. Mais de ces œuvres nouvelles nous n’avons pas encore mentionné
la classe potentiellement la plus menaçante. Nous n’avons considéré la technè
qu’appliquée au domaine non humain. Mais l’homme lui-même s’est ajouté aux objets
de la technologie. L’homo faber se tourne vers lui-même et s’apprête à refaire celui qui
a fait tout le reste. Cet apogée de son pouvoir, qui pourrait bien annoncer la maîtrise
sur l’homme, cette ultime façon d’imposer l’art à la nature en appelle aux ressources
dernières de la pensée éthique, laquelle n’a jamais auparavant été confrontée à
des choix relatifs à d’autres possibilités que celles qui étaient considérées comme
constituant la définition même de la condition humaine. »
Hans Jonas, Essais philosophiques, « technologie et responsabilité », article traduit par Danielle Lories, op. cit., p. 38.

Texte 8 : La science, la technique, la nature

« Certains progrès de la biologie cellulaire offrent un espoir pratique de prolonger,
peut-être d’étendre indéfiniment le temps de la vie en agissant contre les processus
biochimiques du vieillissement. La mort n’apparaît plus comme une nécessité
appartenant à la nature de la vie, mais comme un dysfonctionnement organique
évitable, qui en principe au moins peut être traité et différé longtemps. Une aspiration
perpétuelle de l’homme mortel semble s’approcher davantage de sa satisfaction.
Et pour la première fois, nous avons à nous poser sérieusement la question : « dans
quelle mesure est-ce désirable ? Dans quelle mesure l’est-ce pour l’individu, et dans
quelle mesure pour l’espèce ? » Ces questions touchent à la signification même de
notre finitude, à l’attitude devant la mort et à l’importance biologique générale de
l’équilibre entre mort et procréation. Avant même des questions si ultimes, il en
est de plus pragmatiques : qui devrait être choisi pour bénéficier de l’aubaine ? Des
personnes aux qualités et mérites particuliers ; au statut social éminent ? Celles qui
peuvent se le payer ? Tout un chacun ? Cette dernière hypothèse semble être la seule
juste. Mais il faudrait en payer le prix à l’autre bout, à la source. Car, c’est clair, à
l’échelle d’une population, le prix à payer pour une durée de vie plus étendue doit être
un ralentissement proportionnel du renouvellement, c’est-à-dire un apport diminué
de vie nouvelle. Le résultat en serait une proportion décroissante de jeunes dans
une proportion d’âge croissant. Dans quelle mesure serait-ce bon ou mauvais pour la
condition humaine en général ? L’espèce y gagnerait-elle ou y perdrait-elle ? Et dans
quelle mesure a-t-on le droit d’empiéter sur la place des jeunes ? Avoir à mourir est
imposé par le fait d’être né : la mortalité n’est que le revers de la source perpétuelle de
la « natalité » (pour utiliser l’expression d’Hannah Arendt). Ce fut toujours dans l’ordre
des choses ; à présent il faut en peser la signification dans l’ordre de la sphère de la
décision ».
Hans Jonas, Essais philosophiques, « technologie et responsabilité »,
article traduit par Danielle Lories, op. cit., p. 39.
eduscol.education.fr/ - Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports - Octobre 2020

Texte 9 : la morale, le devoir

« 2. Un impératif adapté au nouveau type de l’agir humain et qui s’adresse au nouveau
type de sujets de l’agir s’énoncerait à peu près ainsi : « agis de telle sorte que les effets
de ton action soient compatibles avec la permanence5 d’une vie authentiquement
humaine sur terre » ; ou pour l’exprimer négativement : « agis de façon que les effets
de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie
 » ; ou simplement : « Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de
l’humanité sur terre » ; ou encore, formulé de nouveau positivement : « Inclus dans
ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir
 ». 3. On voit sans peine que l’atteinte portée à ce type d’impératif n’inclut aucune
contradiction d’ordre rationnel. Je peux vouloir le bien actuel en sacrifiant le bien
futur. De même que je peux vouloir ma propre disparition, je peux aussi vouloir la
disparition de l’humanité. Sans me contredire moi-même je peux, dans mon cas
personnel comme dans celui de l’humanité, préférer un bref feu d’artifice d’extrême
accomplissement de soi-même à l’ennui d’une continuation indéfinie de la médiocrité.
Or le nouvel impératif affirme précisément que nous avons bien le droit de risquer
notre propre vie, mais non celle de l’humanité ; et qu’Achille avait certes le droit de
choisir pour lui-même une vie brève, faite d’exploits glorieux, plutôt qu’une longue vie
de sécurité sans gloire (sous la présupposition tacite qu’il y aurait une postérité qui
saura raconter ses exploits), mais que nous n’avons pas le droit de choisir le non-être
des générations futures à cause de l’être de la génération actuelle et que nous n’avons
même pas le droit de le risquer. »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., pp. 40-41.

Texte 10 : La morale et la politique

« Le capitaine est maître du navire et de ses passagers et il en porte la responsabilité ;
le millionnaire parmi les passagers qui est par hasard l’actionnaire principal de la
compagnie maritime et qui peut engager ou renvoyer le capitaine a dans l’ensemble
un pouvoir plus grand, mais non à l’intérieur de la situation. Le capitaine agirait de
façon irresponsable si, obéissant à l’homme de pouvoir, il agissait contrairement
à son avis plus éclairé, par exemple afin de battre un record de vitesse, bien que
sous un autre rapport (celui de l’employé), il ait « des comptes à lui rendre » et que
son irresponsabilité obséquieuse puisse être récompensée par lui, tandis que sa
responsabilité désobéissante puisse être punie. Dans le rapport présent, il est le
supérieur et c’est pourquoi il peut porter la responsabilité. »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., p. 184.
5. Jean Greish met une majuscule au mot « Permanence » que nous enlevons. Ce mot traduit, dans le texte, le mot allemand : « Permanenz ».

Texte 11 : La morale et la politique

« La condition de la responsabilité est le pouvoir causal. L’acteur doit répondre de son
acte : il est tenu pour responsable de ses conséquences et le cas échéant on lui en fait
porter la responsabilité. Cela a d’abord une signification juridique et non à proprement
parler une signification morale. Le dommage commis doit être réparé, même si la
cause n’en était pas un méfait, même si la conséquence n’était ni prévue ni voulue. Il
suffit que j’aie été la cause active […] Or il y a un tout autre concept de responsabilité
qui ne concerne pas le calcul ex post facto de ce qui a été fait, mais la détermination
de ce qui est à faire ; un concept en vertu duquel je me sens donc responsable non
en premier lieu de mon comportement et de ses conséquences, mais de la chose qui
revendique mon agir. […] La première chose est le devoir-être de l’objet, la seconde le
devoir-faire du sujet appelé à être le chargé d’affaire de la chose.
[…] C’est ce type de responsabilité et de sentiment de responsabilité, et non pas la « 
responsabilité » formelle et vide de n’importe quel acteur à l’égard de son action que
nous avons en vue lorsque nous parlons de l’éthique de la responsabilité pour l’avenir
dont nous avons besoin aujourd’hui. »
Hans Jonas, Le Principe responsabilité, op. cit., pp. 179-183.

 Commentaires

- Natalie Depraz, « Jonas, un passeur entre les deux rivages de la gnose et de la vie », Alter [En ligne], 22 | 2014, mis en ligne le 01 décembre 2017, consulté le 10 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/alter/291 ; DOI : 10.4000/alter.291

- Alter 22 | 2014 Hans Jonas Sous la direction de Jean-Claude Gens et Éric Pommier
https://doi.org/10.4000/alter.272