Le temps

Cette fiche construit des questionnements et des problématiques afin de mettre en oeuvre les ressources des bibliothèques. Rien ne vous empêche de les réorganiser autrement.

 INTRODUCTION

 

L’irréversible

La question de la réversibilité du temps dans La démolition d’un mur par Louis Lumière

Jankélévitch

"Le voyageur revient à son point de départ, mais il a vieilli entre-temps ! [...] S’il était agi d’un simple voyage dans l’espace, Ulysse’ n’aurait pas été déçu ; l’irrémédiable, ce n’est pas que l’exilé ait quitté la terre natale : l’irrémédiable, c’est que l’exilé ait quitté cette terre natale il y a vingt ans. L’exilé voudrait retrouver non seulement le lieu natal, mais le jeune homme qu’il était lui-même autrefois quand il l’habitait. [...] Ulysse est maintenant un autre Ulysse, qui retrouve une autre Pénélope... Et Ithaque aussi est une autre île, à la même place, mais non pas à la même date ; c’est une patrie d’un autre temps. L’exilé courait à la recherche de lui-même, à la poursuite de sa propre image et de sa propre jeunesse, et il ne se retrouve pas. Et l’exilé courait aussi à la recherche de sa patrie, et maintenant qu’elle est retrouvée il ne la reconnaît plus. Ulysse, Pénélope, Ithaque : chaque être, à chaque instant, devient par altération un autre que lui-même, et un autre que cet autre. Infinie est l’altérité de tout être, universel le flux insaisissable de la temporalité. C’est cette ouverture temporelle dans la clôture spatiale qui passionne et pathétise l’inquiétude nostalgique. Car le retour, de par sa durée même, a toujours quelque chose d’inachevé : si le Revenir renverse l’aller, le « dédevenir », lui, est une manière de devenir ; ou mieux : le retour neutralise l’aller dans l’espace, et le prolonge dans le temps ; et quant au circuit fermé, il prend rang à la suite des expériences antérieures dans une futurition’ ouverte qui jamais ne s’interrompt : Ulysse, comme le Fils prodigue’, revient à la maison transformé par les aventures, mûri par les épreuves et enrichi par l’expérience d’un long voyage. [...] Mais à un autre point de vue le voyageur revient appauvri, ayant laissé sur son chemin ce que nulle force au monde ne peut lui rendre : la jeunesse, les années perdues, les printemps perdus, les rencontres sans lendemain et toutes les premières-dernières fois perdues dont notre route est semée. Vladimir Jankélévitch, L’Irréversible et la Nostalgie, Éd. Flammarion, 1983, p. 300.

1. Jankélévitch suppose qu’Ulysse, de retour à Ithaque, sa patrie, est déçu, car il ne retrouve pas l’Ithaque de sa jeunesse.


EXERCICE 1 :

 Homère et l’Odyssée : l’imprévisible et la contingence

L’outre d’Eole

Neuf jours durant nous naviguâmes jour et nuit ;
le dixième jour déjà parut la campagne natale,
et nous apercevions les hommes et les feux tout près...
Alors, le doux sommeil m’envahit, j’étais épuisé,
ayant toujours tenu le gouvernail, le refusant
aux autres pour que nous fussions plus tôt rendus.
Et cependant, mes compagnons parlaient tous à la fois,
affirmant que je rapportais de l’or et de l’argent,
cadeaux d’Eole, généreux fils d’Hippotas.
Et il allaient disant, se regardant les uns les autres :
« (…) Et voilà maintenant ce qu’Eole par amitié
lui a donné...Allons ! Vite ! Voyons ce qu’il en est,
combien d’or et d’argent il y a dans cette outre ! »
Tels étaient leurs propos ; ce mauvais dessein l’emporta,
ils défirent le nœud, tous les vents sautèrent dehors,
l’ouragan vite déchaîné les rejeta au large,
tout en pleurs, loin de la patrie. Moi cependant,
réveillé, je me demandais dans mon cœur sans reproche
si j’allais me jeter à l’eau pour y périr
ou subir en silence et rester avec les vivants.
Je restai, je subis, couché tête couverte
dans le bateau. Les vents maudits nous ramenaient
à l’île d’Eolie, et mes compagnons gémissaient.

Homère, Odyssée, X, 28-55, ed. Poche La Découverte (1982), trad. Philippe Jaccottet

  • Un récit de l’imprévisible retour, sans cesse ajourné. Ulysse est l’homme de la cohésion : il cherche à rassembler, à introduire de l’ordre, malgré le désordre de la contingence. A quelle contingence se heurte ici Ulysse ? Celle d’un monde qui s’ouvre sur un infini inquiétant. Ulysse incarne la fuite, le flux, passage et mouvement, à la façon dont Héraclite qualifie le temps. Que faut-il en induire à propos de son identité ? Rien ne demeure. Ulysse ne cesse de désirer le retour, comme répétition de l’identique. Quel sens donner à cette nostalgie ?
 Temps et contingence

EXERCICE 2.
L’étrange histoire de Benjamin Button. Réalisé par David Fincher (sortie le 4 février 2009)
Répondre aux questions :

EXERCICE 3

 Autour du Phénix

Lire cet article « PHÉNIX, L’OISEAU COULEUR DU TEMPS Le symbolisme chronologique du mythe du phénix, de l’Égypte ancienne à la Rome païenne et chrétienne » et dégager les différentes représentations du temps à travers le mythe du Phénix

 APPROFONDIR

 Questionnements et leçons

Le temps relèverait soit du monde sensible soit du sujet percevant et connaissant. Équivoque le temps est à la fois une grandeur physique symbolisée par le paramètre « t », constitutive de la plupart des lois physiques et la dimension intérieure » de notre conscience, où se déroule le cours même de notre existence.

 Introduction : Le temps est-il dégradation ?

Goya, Les vieilles, 1808-1812.

Ce tableau présente deux appréhensions du temps : expliquer.

 Lecture du Timée

Platon Le Timée, 37c-39e

L’auteur et le père du monde voyant cette image des dieux éternels en mouvement et vi- 130 vante, se réjouit, et dans sa joie il pensa à la rendre encore plus semblable à son modèle ; [37d] et celui-ci étant un animal éternel, il chercha à donner à l’univers toute la perfection possible. La nature du modèle était éternelle, et le caractère d’éternité ne pouvait s’adapter entièrement à ce qui a commencé ; Dieu résolut donc de faire une image mobile de l’éternité ; et par la disposition qu’il mit entre toutes les parties de l’univers, il fit de l’éternité qui repose dans l’unité cette image éternelle, mais divisible, que nous appelons le temps. [37e] Avec le monde naquirent les jours, les nuits, les mois et les années, qui n’existaient point auparavant. Ce ne sont là que des parties du temps ; le passé, le futur en sont des formes passagères que, dans notre ignorance, nous transportons mal à propos à la substance éternelle ; car nous avons l’habitude de dire : elle fut, elle est et sera ; elle est, voilà ce qu’il faut dire en [38a] vérité. Le passé et le futur ne conviennent qu’à la génération qui se succède dans le temps, car ce sont là des mouvements. Mais la substance éternelle, toujours la même et immuable, ne peut devenir ni plus vieille ni plus jeune, de même quelle n’est, ni ne fut, ni ne sera jamais dans le temps. Elle n’est sujette à aucun des accidents que la génération impose aux choses sensibles, à ces formes du temps qui imite l’éternité et se meut dans un cercle mesure par le nombre. [38d] De même, quand nous appliquons le mot être au passé, au présent, à l’avenir et même au non être, nous ne parlons pas exactement. Mais, ce n’est point ici le lieu de s’expliquer sur ces choses plus en détail.

Le temps a donc été fait avec le inonde, afin que, nés ensemble, ils finissent aussi ensemble, si jamais leur destruction doit arriver ; et il a été fait sur le modèle de la nature éternelle, afin qu’il lui ressemblât [38c] le plus possible. Le modèle est existant pendant toute l’éternité, et le monde a été, est et sera pendant toute la durée du temps. C’est dans ce dessein et dans cette pensée que Dieu, pour produire le temps, fit naître le soleil, la lune et les cinq autres astres que nous appelons planètes, afin de marquer et de maintenir les mesures du temps ; et, après avoir formé ces corps, il leur assigna [38d] les sept orbites que forme le cercle de ce qui est divers. La lune obtint l’orbite le plus proche de la terre ; le soleil vint après, ensuite Vénus et l’astre consacré à Mercure, qui parcourent leurs orbites aussi vite que le soleil, mais dont le mouvement est en sens contraire. C’est pourquoi le Soleil, Mercure et Vénus s’atteignent et sont tour à tour atteints l’un par l’autre dans leur course. Si on voulait exposer toutes les raisons pour lesquelles les autres astres ont été établis, ce nouveau [38e] sujet nous arrêterait bien plus longtemps que celui dont nous sommes occupés maintenant. Peut-être une autre fois, quand nous aurons plus de loisir, reviendrons-nous sur ce point et le traiterons-nous avec toute l’étendue qu’il mérite.

Quand donc chacun des astres qui étaient nécessaires à la constitution du temps, eut pris le cours convenable, et que ces corps, par leur union avec l’âme de l’univers, furent devenus des êtres animés et comprirent la tâche qui leur était imposée, ils parcoururent, selon le mouvement du divers, [39a] coupant obliquement celui du même et en même temps maîtrisé par lui, les uns des orbites plus grandes, les autres des orbites plus petites ; ceux dont l’orbite était plus petite allèrent plus vite, et ceux dont l’orbite était plus grande allèrent moins vite ; enfin, ceux qui, par le mouvement du même, vont le plus vite, semblèrent atteints par ceux qui vont plus lentement, tandis qu’en réalité ce sont eux qui les atteignent. Car, le mouvement qui fait tourner tous les cercles en spirale, comme ces cercles se meuvent en même temps [39b] dans deux directions contraires, fait paraître le plus près ce qui s’éloigne le plus lentement de lui-même, qui est le plus vite. Or, pour qu’il y eût une mesure évidente de la vitesse et de la lenteur relative des astres et que les mouvements des huit cercles pussent d’exécuter à leur aise, Dieu alluma au second cercle, à partir de la terre, une lumière que nous appelons le soleil, afin d’éclairer tout le ciel et de faire participer à la science du nombre tous les êtres vivants qui y sont appelés, instruits par le mouvement du même et du semblable. [39c] C’est ainsi que naquirent d’abord le jour et la nuit et par là une révolution uniforme et régulière, ensuite le mois, après que la lune eut, dans son circuit, atteint le soleil, enfin Tannée, après que le soleil eut terminé sa carrière. Quant aux autres astres, les hommes, excepté un bien petit nombre, n’en connaissent pas les révolutions ; ils ne leur donnent pas même des noms et ne mesurent pas leurs distances au moyen du nombre, de sorte [39d] qu’à vrai dire, ils ne savent pas que ces mouvements, infinis en nombre et d’une admirable variété, sont ce que nous appelons le temps. Il est néanmoins possible de comprendre comment la véritable unité de temps, l’année parfaite est accomplie, lorsque les huit révolutions mesurées par le circuit et le mouvement uniforme du même, sont toutes retournées à leur point de départ. Voilà pourquoi et comment ont été faits ceux des astres qui, dans leur marche à travers le ciel, sont assujettis à des conversions, afin que [39e] cet animal visible ressemblât le plus qu’il se pourrait à l’animal parfait et intelligible et imitât de plus près sa nature éternelle.

Questions sur la conférence de Jean-Louis Poirier

    • Le récit sur le temps se situe entre le mythe et la science. Qu’est-ce que cela nous donne à penser ?
    • Quelle différence y-a-t-il entre l’artisan du Livre X de la République et le démiurge du Timée ?
    • En quoi consiste la dégradation commise par l’artisan de la République ?
    • Pourquoi ici le Démiurge ne commet aucune dégradation ? Quelle est sa démarche ?
    • Que signifie "fabriquer" ?
    • Quelle est la fonction du temps dans le passage de l’intelligible au sensible
    • Pourquoi faut-il que le temps dure ? Expliquer les raisons qui conduisent à «  fabriquer une certaine imitation mobile de l’éternité  », et donc faire « de l’éternité immobile et une, cette image éternelle qui progresse suivant la loi des Nombres, cette chose que nous appelons le Temps. »
    • Voici les trois propriétés du temps. 1 / Le temps n’est pas une forme vide. Il est la durée des choses, inscrit en elles. Il n’est pas mesure, même si on peut le mesurer 2/ Il est producteur d’unité : par le devenir, il unifie les mouvements comme les contradictions, il rassemble l’être séparé de lui-même en lui donnant passé, présent et futur. Sans le temps, séparé de ces moments essentiels, l’être en devenir serait incapable d’existence. 3/ Enfin, il est cyclique, car tel est le temps de la génération et de la corruption. Cette représentation du temps est-elle continue ou une succession d’instants ?
    • Bref, on doit au temps, et de part en part, la structuration du monde sensible comme d’un devenir organisé. À partir de cette phrase peut-on dire que le futur est contingent ?

LECTURE SUIVIE Lire Aspects du temps dans l’Antiquité
Jean-Louis Poirier, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale, groupe philosophie.
Texte de la conférence de Jean-Louis Poirier Langres 2019. Dans ce commentaire Jean-Louis Poirier établit par sa lecture du Timée de Platon que le temps est ce qui introduit de l’ordre et de l’intelligible dans le monde sensible.
On est loin de la représentation mythique du temps destructeur et violent.

APPROFONDIR

 Comprendre la continuité du temps

Comment expliquer "le temps qui passe", la continuité du temps ?

Après les premières hypothèses mythiques que l’on doit aux grecs de la Grèce archaïques, Aristote liant temps et mouvement, dans sa Physique installe une doctrine « physico-mathématique » du temps .

LIRE /
Aristote - Physique, IV : le temps, nombre du mouvement.

COMMENTAIRES

 Suis-je altéré par le temps ?

LEÇON / Philippe TOUCHETQui suis-je dans le temps ? : 1. Le temps, sujet ou objet ? - 2. Le futur comme présence authentiqueDailymotion >VIDÉO 1 - VIDÉO 2

1. ETRE DANS LE TEMPS : l’altération définit-elle l’identité ?

  • Que nous apprend sur l’altération par le temps l’exemple de Brentano à propos des notes en musique ?
  • Le fait d’être dans le temps altère, fait devenir autre. Quel est le présupposé quant à notre identité ?
    Construire le problème : Que signifie l’altération par le temps ?
    • un changement comme une altération en musique ? Définir en quoi cela consiste.
    • une cessation d’être ? Pour répondre à cette question voir le texte de Saint Augustin.

Saint Augustin

Confessions, Livre XI,
trad. Péronne et Ecalle remaniée par
P. Pellerin, Nathan, 1998.

Les Confessions, Livre 11, ch XV-XVI

XV. 18. Cependant nous parlons de la longueur, de la brièveté du temps, et nous n’appliquons cette mesure qu’au passé ou à l’avenir. Nous disons, par exemple, du temps passé, qu’il est long, lorsqu’il s’est écoulé cent ans ; ou qu’une chose ne se fera pas de longtemps, quand elle ne doit arriver que cent ans après. De même, nous disons pour le passé : « le temps est court », lorsqu’il ne s’est écoulé que dix jours ; et pour l’avenir, « dans peu de temps », quand il n’y a que dix jours à attendre. Mais comment peut-on appeler long ou court ce qui n’existe pas ? car le passé n’est plus, et l’avenir n’est pas encore. Ne disons donc pas du passé, « il est long », mais, « il a été long » ; et disons de l’avenir, « il sera long ». Seigneur, ma lumière, ta vérité ne se rira-t-elle pas ici de l’homme ? Car quel temps passé a été long ? Est-ce quand il était déjà passé qu’il a été long, ou quand il était encore présent ? Il ne pouvait être long que lorsqu’il était susceptible de l’être. Mais une fois passé, il n’était déjà plus ; et s’il n’était plus il ne pouvait être long.

Ne disons donc pas : « Le temps passé a été long » ; car nous ne trouverons en lui rien qui ait été long, puisqu’il n’est plus depuis qu’il est passé. Disons au contraire : « Ce temps présent a été long » ; car il n’était long que pendant qu’il était présent. Il n’était pas encore passé pour cesser d’être, il était donc quelque chose qui pouvait être long. Mais depuis qu’il a passé, en cessant d’être, il a perdu la faculté d’être long.

19. Voyons donc, ô intelligence de l’homme, si le temps présent peut être long ; car tu es capable de concevoir et de mesurer son étendue ; que me répondras-tu ?

Cent années présentes sont-elles un long temps ? Vois d’abord si cent années peuvent être présentes ; si c’est la première qui s’écoule, elle est présente, mais les quatre-vingt-dix-neuf autres sont encore à venir, et par conséquent elles ne sont pas encore ; si c’est la seconde, déjà la première n’est plus, la seconde est présente, et les autres à venir. Et ainsi, quelle que soit l’année que nous prenions dans ce nombre centenaire, elle sera présente ; celles qui lui sont antérieures, seront passées, celle qui viennent après, seront à venir. Donc, cent années ne peuvent être présentes.

Mais examine du moins si l’année qui s’accomplit est présente. Est-ce le premier mois qui s’écoule ? les autres sont à venir ; est-ce le second ? le premier est passé, et les autres ne sont pas encore. Ainsi donc l’année qui s’écoule ne peut être tout entière présent ; et si elle n’est pas présente, l’année n’est pas un temps présent ; car une année se compose de douze mois, dont chacun est successivement présent ; les autres sont passés ou futurs. Et encore le mois qui s’écoule n’est-il pas présent tout entier, mais un seul de ses jours ; si c’est le premier, les autres sont à venir, si c’est le dernier, les autres sont passés. Est-ce un jour intermédiaire ? Il est alors entre les jours passés et les jours à venir.

20. Voilà donc le temps présent, le seul, à notre avis, qu’on pût appeler long, le voilà réduit à peine à l’espace d’un jour. Mais ce jour lui-même, examinons-le. Non, ce seul jour même n’est pas tout entier présent. Car il se compose de vingt-quatre heures, douze de jour, douze de nuit ; la première regarde les autres comme à venir, la dernière suit les autres qui sont passées. Pour chacune des heures intermédiaires, celles qui la précèdent sont passées, celles qui la suivent sont à venir. Puis cette même heure se compose elle-même d’instants fugitifs. Tout ce qui s’est envolé est passé, tout ce qui en reste est à venir. Si l’on conçoit dans le temps un moment qui ne puisse être divisé en aucune autre partie, si petite qu’elle soit, c’est celui-là seul que nous pouvons appeler présent. Et cependant, il s’envole avec tant de rapidité de l’avenir dans le passé, qu’il ne peut avoir la plus petite étendue. Car, pour peu qu’il s’étendît, il se partagerait en passé et en futur. Le présent est donc sans étendue.

Où donc est le temps dont nous puissions dire qu’il est long ? Sera-ce l’avenir ? Nous ne pouvons dire qu’il est long, parce qu’il n’est pas encore ; mais nous disons, il sera long. Quand le sera-t-il donc ? Tant qu’il est encore à venir, il ne peut être long, puisqu’il est encore un pur néant. Si au contraire, nous disons qu’il le sera au moment où de futur il commencera d’être ce qu’il n’est pas encore, en devenant un être présent qui a la propriété d’être long, alors, comme précédemment, le présent nous criera que lui non plus ne saurait être long.

XVI. 21. Cependant, Seigneur, nous concevons les intervalles de temps, nous les comparons entre eux, et nous disons que les uns sont plus longs et les autres plus courts. Nous mesurons aussi combien ce temps est plus long ou plus court que celui-là, et nous répondons que l’un est double ou triple, et que l’autre est simple, ou que les deux sont égaux. Mais nous ne mesurons ainsi les temps que pendant qu’ils passent et que nous les sentons s’écouler, car les temps passés qui ne sont plus, les temps à venir qui ne sont pas encore, quel homme pourrait les mesurer ? Qui oserait dire qu’il peut mesurer ce qui n’est pas ? Ce n’est donc que pendant qu’il s’écoule que le temps peut se concevoir et se mesurer ; mais lorsqu’il est passé, cela est impossible, pour la raison qu’il n’est plus.

Le temps est vécu comme une corruption de mon identité. L’altération est changement, ce qui fait que le moi se perd dans le temps, compris comme extérieur à moi. A moins qu’il n’ y ait un retard originel de mon identité sur mon existence ?

  • Quel rapport entretient mon existence avec mon identité ?
  • Qu’est-ce que la crise de la subjectivité ?

2. Deux hypothèses contradictoires.
Question : comment maintenir l’unité du moi malgré les altérations du temps ?

  • Descartes : première hypothèse, une conscience intemporelle

Le moi, chose intemporelle, est confrontée à l’altération du temps. Quelle est la contradiction de cette hypothèse ?

Exemple littéraire Marcel Aimé, La carte, 1943
Dans une société fasciste le gouvernement distribue une carte du temps. Quelle contradiction montre cette nouvelle ?

  • Descartes Seconde hypothèse : c’est le sujet qui introduirait du temps dans l’objet intemporel.

Analyse du morceau de cire

Méditations métaphysiques (1641), méditation II, Garnier p. 423 - 424.

Texte

Commençons par la considération des choses les plus communes, et que nous croyons comprendre le plus distinctement, à savoir les corps que nous touchons et que nous voyons. Je n’entends pas parler des corps en général, car ces notions générales sont d’ordinaire plus confuses, mais de quelqu’un en particulier. Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur, sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfin, toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci.
Mais voici que, cependant que je parle, on l’approche du feu : ce qui y restait de sa saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu’on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure et personne ne le peut nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de tout ce que j’y ai remarqué par l’entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l’odorat, ou la vue, ou l’attouchement ou l’ouie, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure.
Peut-être était-ce ce que je pense maintenant, à savoir que la cire n’était pas ni cette douceur de miel, ni cette agréable odeur de fleurs, ni cette blancheur, ni cette figure, ni ce son, mais seulement un corps qui un peu auparavant me paraissait sous ces formes, et qui maintenant se fait remarquer sous d’autres. Mais qu’est-ce, précisément parlant, que j’imagine, lorsque je la conçois en cette sorte ? Considérons-la attentivement, et éloignant toutes les choses qui n’appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d’étendu, de flexible et de muable. Or, qu’est-ce que cela : flexible et muable ? N’est-ce pas que j’imagine que cette cire, étant ronde, est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire ? Non certes, ce n’est pas cela, puisque je la conçois capable de recevoir une infinité de semblables changements et je ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination, et par conséquent cette conception que j’ai de la cire ne s’accomplit pas par la faculté d’imaginer.
Qu’est-ce maintenant que cette extension ? N’est-elle pas aussi inconnue, puisque dans la cire qui se fond elle augmente, et se trouve encore plus grande quand elle est entièrement fondue, et beaucoup plus encore quand la chaleur augmente davantage ? Et je ne concevrais pas clairement et selon la vérité ce que c’est que la cire, si je ne pensais qu’elle est capable de recevoir plus de variétés selon l’extension, que je n’en ai jamais imaginé. Il faut donc que je tombe d’accord, que je ne saurais pas même concevoir par l’imagination ce que c’est que cette cire, et qu’il n’y a que mon entendement seul qui le conçoive ; je dis ce morceau de cire en particulier, car pour la cire en général, il est encore plus évident.
Or quelle est cette cire qui ne peut être conçue que par l’entendement ou l’esprit ? Certes c’est la même que je vois, que je touche, que j’imagine, et la même que je connaissais dès le commencement. Mais ce qui est à remarquer, sa perception, ou bien l’action par laquelle on l’aperçoit n’est point une vision, ni un attouchement, ni une imagination, et ne l’a jamais été, quoiqu’il semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l’esprit, laquelle peut être imparfaite et confuse, comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée.

La mémoire est ici une qualité du sujet. En quoi cette hypothèse est-elle contradictoire elle aussi ?

3. L’aporie du temps : le présent est le temps de la conscience.
Exemple de la mélodie (Husserl) : l’appréhension d’un objet temporel se réalise donc selon la structure « impression originaire – rétention – protention », de sorte que rétention et protention ne correspondent pas à, respectivement, passé et futur, puisqu’elles se donnent dans le présent. Cette structure se répète dans l’écoulement de la durée de l’objet temporel, en faisant en sorte que le maintenant retienne quelque chose de ce qui est passé. De la même façon, le prochain maintenant retiendra ce maintenant, qui sera passé, ensemble avec ce qu’il avait retenu. A cette chaine continuelle de rétentions Husserl donne le nom de « modifications rétentionnelles » (retentionalen Abwandlungen).
LIRE Husserl, E. Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps. §11.

A la différence de Husserl, pour Bergson la conscience est mémoire. Elle rapporte le passé au présent, pour garder une cohérence.

annexe : Expliquer un texte. Bergson écrit dans La Pensée et le mouvant, en résumant tout son parcours de pensée :

« Mais cette durée, que la science élimine, qu’il est difficile de concevoir et d’exprimer, on la sent et on la vit. Si nous cherchions ce qu’elle est ? Comment apparaîtrait-elle à une conscience qui ne voudrait que la voir sans la mesurer, qui la saisirait alors sans l’arrêter, qui se prendrait enfin elle-même pour objet, et qui, spectatrice et actrice, spontanée et réfléchie, rapprocherait jusqu’à les faire coïncider ensemble l’attention qui se fixe et le temps qui fuit ? »

Réfutation de la thèse de Bergson par Husserl. S’il faut une activité de mémoire qui redouble le présent de la conscience, il faut deux temps.

Husserl introduit les synthèses passives de la rétention de la mémoire.
Pour saisir la durée d’une mélodie, mon attention doit retenir le son qui vient de surgir et anticiper celui qui va arriver : le flux de ma conscience, sans le créer, épouse alors celui du temps.
Le passé est retenu comme présent. Je perçois une synthèse. Le passé n’est pas perçu comme passé. Le souvenir est distinct de la mémoire. Je retiens le passé au présent.Tombe dans le passé ce qui est du non-moi.

EXERCICES EXPLICATION DE TEXTES RECUEIL DE TEXTES DE BERGSON ET HUSSERL

APPROFONDIR

La théorie du temps chez Brentano Filippo Costa
Revue de Métaphysique et de Morale
67e Année, No. 4 (Octobre-Décembre 1962), pp. 450-474 (25 pages)(s’inscrire gratuitement en ligne pour lire)

Saint Augustin Confessions, L. XI ch. X-12 à XX-26

  • Bergson Commentaire d’un texte de l’Evolution créatrice- ;Pascal Dupond - Commentaire d’un texte de Bergson, Evolution créatrice, PUF 1941, ISBN 2 13 043786 9, 8e édition, Quadrige, juin 1998, p. 9 à 11& : “ Pourtant la succession est un fait incontestable, même dans le monde matériel […] Mais le second, qui correspond à un travail intérieur de maturation ou de création, dure essentiellement, et impose son rythme au premier, qui en est inséparable ”.
  • Bergson Evolution créatrice La durée
  • Bergson Matière et mémoire

Husserl, Leçons sur la conscience intime du temps.


Questionnement

L’expérience du passage du temps semble évidente de prime abord. Il suffit de regarder tourner l’aiguille des secondes, l’écoulement d’un sablier, ou toutes sortes de mouvements qui se déroulent autour de nous. Pourtant, quand on cherche à l’expliquer, la notion de ’passage du temps’ soulève un certain nombre d’objections ou d’apories, qui peuvent faire soupçonner qu’il s’agit d’une illusion. Je présenterai cinq objections possibles : 1) La vitesse du temps : si le temps passe, il doit y avoir une vitesse du temps, ce qui ne semble pas avoir de sens ; 2) La régression à l’infini : si le temps passe, le temps doit passer dans un second temps (un « supertemps »), qui passe lui-même dans un troisième temps et ainsi de suite à l’infini. 3) La direction du temps : si le temps passe, il doit avoir une unique direction, ce qui semble impossible à établir. 4) La perception du temps : l’expérience du "passage du temps" est obscure ou incohérente, car on ne perçoit jamais le temps. 5) L’illusion : l’expérience que nous avons du passage du temps serait exactement la même dans un monde où le temps ne passe pas. Je me concentrerai sur les deux premières objections, auxquelles je proposerai une réponse basée sur une description du passage des événements dans le temps : les événements futurs se rapprochent du présent, puis adviennent dans le présent, disparaissent dans le passé, et s’éloignent toujours davantage du présent. La thèse que j’avancerai est que la notion de passage du temps est cohérente à condition de bien distinguer entre le temps d’un côté (qui ne passe pas), et les choses/événements de l’autre (qui en un certain sens passent dans le temps). À partir de là, j’interrogerai des propriétés du temps qui peuvent éclairer l’expérience du passage (comme la "transitivité" du présent, l’irréversibilité du passé). Enfin, j’en tirerai une conclusion sur la question annexe de ladirection ou "flèche" du temps.

Problématiser

Pourquoi se soucier de l’avenir ? L’ontologie de la persistance et ses implications éthiques

Nous nous considérons comme des personnes. Un des aspects constitutifs de ce qu’est une personne consiste à témoigner d’un souci de soi et en particulier d’une préoccupation à l’égard de l’avenir. L’une des manifestations de cette préoccupation consiste à sacrifier certains intérêts présents en vue de mieux les satisfaire à un moment ultérieur. Ne pas tenir compte de l’avenir relève d’une forme d’irrationalité. Par contraste, nous avons tendance à considérer que le sacrifice d’une ou plusieurs personnes pour le bien-être du plus grand nombre ne va nullement de soi. La raison d’une telle différence tiendrait à ce que là, une seule et même personne sacrifie ses intérêts du moment afin de mieux les satisfaire à un autre moment, alors qu’ici, chaque personne est distincte, séparée, de chaque autre.
J’envisagerai les conceptions de l’ontologie de la persistance des personnes qui sous-tendent ce raisonnement. Trois théories concurrentes ont été développées dans la métaphysique contemporaine : la théorie selon laquelle les personnes sont des entités complexes composées de parties temporelles (perdurantisme), celle selon laquelle ces parties temporelles sont précisément les personnes (théorie des phases), enfin la théorie plus proche du sens commun selon laquelle une personne est une entité qui persiste en étant tout entière présente à chaque moment de son existence (endurantisme). Je m’efforcerai d’établir que ces conceptions de la persistance ont des implications pratiques et, en particulier, que seule une théorie de la persistance personnelle comme endurance donne un fondement métaphysique à la différence entre le sacrifice du présent pour l’avenir et le sacrifice d’une personne pour le bien d’une autre.

  • Philippe TOUCHETL’homme et la mort - Cours rédigé - PDF

 Auteurs

  • Théogonie d’Hésiode

 Heraclite

 Epicure

 Sénèque

Victor Goldschmidt Le système stoïcien et l’idée de temps.
extraits

 Thomas d’Aquin

 Descartes

 Spinoza

 Locke

(Wikisource)
John Locke Essai philosophique concernant l’entendement humain
Traduction par Pierre Coste.
Pierre Mortier, 1735 (3e édition) (pp. 258-277).
XXVI. De la Cauſe & de l’Effet & de quelques autres Relations.
XXVIII. De quelques autres Relations, & ſur-tout, des Relations Morales. ►
XXVII. Ce que c’eſt qu’Identité, & Diverſité.

 Hume

  • Traité de la nature humaine. Essai pour introduire la méthode expérimentale de raisonnement dans les sujets moraux.
    Traduction : Philippe Folliot, professeur de philosophie au lycée Ango de Dieppe
    philippefolio@wanadoo.fr
    1re dition : 1739
    PARTIE II : Des idées d’espace et de temps

 Rousseau

Second Discours

 Kant

  • Emmanuel Kant Critique de la raison pure
    Traduction par Jules Barni.
    Édition Germer-Baillière, 1869 (1, p. 73-109).
    ►Première partie :Esthétique transcendentale

 Heidegger

 Merleau Ponty

Temps et vérité chez Merleau Ponty par Auvray Damien juillet 2019

 Jonas

  • Hans Jonas, Le phénomène de la vie, (Essai IX, Gnose, existentialisme et nihilisme)
    extraits

 Conférences

Le temps des cathédrales à partir de l’oeuvre de G. Duby :

  • Penser le temps social Laurent Perreau, professeur de philosophie contemporaine, université de Franche-Comté, membre du laboratoire des Logiques de l’Agir.
    Texte de la conférence de Laurent Perreau Langres 2019
  • Le temps file Conférence - Conférence de Pierre-Antoine Chardel (2019)

LES TEMPS DE...

Jean-Luc Marion Pourquoi philosopher en temps de détresse ?(2019)

La bande dessinée témoin de son temps (Débat BPI mars 2019)

Les Morales espiègles en ces temps troublés Entretien avec Michel Serres (Février 2019)

François Dubet Le temps des passions tristes : inégalités et populisme (2019)

TEMPS ET NATURE

Temps de la nature et temporalité Proto-philo avec P.Huneman & C.Bouton (Janvier 2019)

Le temps de la fiction climatique Débat France Culture Sorbonne (écologie / Janvier 2019)

« Vision cosmologique du temps » par Aurélien Barrau (2018)

« Le sens du temps et de la perception chez Husserl » avec
Jean-Luc Nancy, Michel Deguy..

« À la recherche du temps perdu » Conférence d’Étienne Klein (2018)

Axel Honneth : Pourquoi des penseurs en temps de crise ?

Pétrarque - Le Temps vécu en flammes (France Culture 1979)


Montage, mon beau souci de Jean-Luc Godard, Les Cahiers du cinéma n°65, décembre 1956