Le merveilleux et la curiosité du Moyen Age au XVIIes

Etude de textes

Bernard Ribémont, « Laurence Harf-Lancner, Le Monde des fées dans l’Occident médiéval », Cahiers de recherches médiévales et humanistes [Online], 2003, Online since 11 July 2008, connection on 12 April 2019. URL : http://journals.openedition.org/crm/229


Les automates

Septembre 2009 BNF
LES ROMANS ARTHURIENS DANS LA LITTÉRATUREDIÉVALE EN FRANCE Bibliographie
Depuis près d’un millénaire le roi Arthur est le symbole même du preux paladin. Le vaste ensemble de récits consacrés à ses aventures et celles de ses chevaliers est un foisonnement de personnages, d’histoires et de thématiques qui traversent les siècles. De la littérature à l’illustration, en passant par la musique et le cinéma, cette « Matière de Bretagne » fonde en partie la culture occidentale. Car le monde arthurien n’est pas qu’un univers empli du fracas des batailles, où les rêves d’héroïsme le disputent à la courtoisie amoureuse. Au delà des valeurs chevaleresques et de l’idée d’égalité symbolisée par la Table Ronde se découvrent duperies, hypocrisies, trahisons, incestes et meurtres. En outre le monde réel de Camelot se double d’un monde magique, sinon féerique, où le temps peut s’abolir et les éléments naturels intervenir dans la conduite des hommes. Ces romans approfondissent les rapports humains où s’entremêlent relations filiales, fraternité d’arme, passions fusionnelles et jalousies mortifères. C’est enfin, par l’intermédiaire du Graal, une vision mystique voire ésotérique de l’Histoire et du monde. La recherche de cet objet spirituel et allégorique est devenue l’archétype de la quête éternelle et utopique d’une insaisissable perfection. L’univers du roi Arthur a fini par constituer un fond commun d’idées, de sujets, d’intrigues dans lequel ont puisé tous les artistes postérieurs. Cet édifice littéraire s’est développé en moins de cent ans, entre les milieux des XIIe et XIIIe siècles, d’abord dans le nord de la France, puis très vite en Allemagne, Angleterre, puis au sud vers l’Italie et l’Espagne. Très tôt, les contemporains ont eu conscience de l’exceptionnelle richesse de ce qui était en train de se créer. Ainsi en témoigne le troubadour Jean Bodel, qui écrivait vers 1196 :
« Les Contes de Bretagne sont tellement irréels et séduisants » (« Li Contes de Bretaigne sont si vains et plaisants », Chanson de Saisne, vers 9).
Cette bibliographie sélective recense des ouvrages disponibles en accès libre, principalement dans les salles H de la Bibliothèque d’étude (niveau haut-de-jardin) et V de la Bibliothèque de recherche (niveau rez-de-jardin)

- Jan Clarke, le développement du merveilleux chez Thomas Corneille de 1673 à 1681 (décor, machines, éclairages)


La critique du merveilleux au début de La dioptrique de Descartes.

L’émerveillement n’est pas l’étonnement : expliquer cette affirmation à partir de ce texte de Descartes (faire attention au changement de ton de l’auteur et au sens des mots) :

« Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens, entre lesquels celui de la vue étant le plus universel et le plus noble, il n’y a point de. doute que les inventions qui servent à augmenter sa puissance ne soient des plus utiles qui puissent être. Et il est malaisé d’en trouver aucune qui l’augmente davantage que celle de ces merveilleuses lunettes qui, n’étant en usage que depuis peu, nous ont déjà découvert de nouveaux astres dans le ciel, et d’autres nouveaux objets dessus la terre, en plus grand nombre que ne sont ceux que nous y avions vus auparavant : en sorte que, portant notre vue beaucoup plus loin que n’avait coutume d’aller l’imagination de nos pères, elles semblent nous avoir ouvert le chemin, pour parvenir à une connaissance de la Nature beaucoup plus grande et plus parfaite qu’ils ne l’ont eue. Mais, à la honte de nos sciences, cette invention, si utile et si admirable, n’a premièrement été trouvée que par l’expérience et la fortune. Il y a environ trente ans, qu’un nommé Jacques Metius [1], de la ville d’Alcmar en Hollande, homme qui n’avait jamais étudié, bien qu’il eût un père et un frère qui ont fait profession des mathématiques, mais qui prenait particulièrement plaisir à faire des miroirs et verres brûlants, en composant même l’hiver avec de la glace, ainsi que l’expérience a montré qu’on en peut faire, ayant à cette occasion plusieurs verres de diverses formes, s’avisa par bonheur de regarder au travers de deux, dont l’un était un peu plus épais au milieu qu’aux extrémités, et l’autre au contraire beaucoup plus épais aux extrémités qu’au milieu, et il les appliqua si heureusement aux deux bouts d’un tuyau, que la première des lunettes dont nous parlons, en fut composée. »
La Dioptrique 1637 Descartes. Oeuvre intégrale

Fontenelle,

J’eus beau me défendre encore quelque temps sur ce ton-là, il fallut céder. Je lui fis du moins promettre pour mon honneur, qu’elle me garderoit le secret, et quand je fus hors d’état de m’en pouvoir dédire, et que je voulus parler, je vis que je ne savois pas où commencer mon discours ; car avec une personne comme elle, qui ne savoit rien en matière de physique, il falloit prendre les choses de bien loin, pour lui prouver que la Terre pouvoit être une planète, et les planètes autant de terres, et toutes les étoiles autant de soleils qui éclairoient des mondes.J’en revenois toujours à lui dire qu’il auroit mieux valu s’entre tenir de bagatelles, comme toute personne raisonnable auroient fait en notre place. À la fin cependant, pour lui donner une idée générale de la philosophie, voici par où je commençai.
Toute la philosophie, lui dis-je, n’est fondée que sur deux choses, sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais ; car si vous aviez les yeux meilleurs, que vous ne les avez, vous verriez bien si les étoiles sont des soleils qui éclairent autant de mondes, ou si elles n’en sont pas ; et si d’un autre côté vous étiez moins curieuse, vous ne vous soucieriez pas de le savoir, ce qui reviendroit au même ; mais on veut savoir plus qu’on ne voit, c’est là la difficulté. Encore, si ce qu’on voit, on le voyoit bien, ce seroit toujours autant de connu, mais on le voit tout autrement qu’il n’est. Ainsi les vrais philosophes passent leur vie à ne point croire ce qu’ils voient, et à tâcher de deviner ce qu’ils ne voient point, et cette condition n’est pas, ce me semble, trop à envier. Sur cela je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra. Du lieu où vous êtes à l’opéra, vous ne voyez pas le théâtre tout à fait comme il est ; on a disposé les décorations et les machines, pour faire de loin un effet agréable, et on cache à votre vue ces roues et ces contrepoids qui font tous les mouvemens. Aussi ne vous embarrassez vous guère de deviner comment tout cela joue. Il n’y a peut-être guère de machiniste caché dans le parterre, qui s’inquiète d’un vol qui lui aura paru extraordinaire et qui veut absolument démêler comment ce vol a été exécuté. Vous voyez bien que ce machiniste-là est assez fait comme les philosophes. Mais ce qui, à l’égard des philosophes, augmente la difficulté, c’est que dans les machines que la nature présente à nos yeux, les cordes sont parfaitement bien cachées, et elles le sont si bien qu’on a été longtemps à deviner ce qui causoit les mouvemens de l’univers. Car représentez-vous tous les sages à l’opéra, ces Pythagore, ces Platon, ces Aristote, et tous ces gens dont le nom fait aujourd’hui tant de bruit à nos oreilles ; supposons qu’ils voyoient le vol de Phaéton que les vents enlèvent, qu’ils ne pouvoient découvrir les cordes, et qu’ils ne savoient point comment le derrière du théâtre étoit disposé. L’un d’eux disoit : C’est une certaine vertu secrète qui enlève Phaéton. L’autre, Phaéton est composé de certains nombres qui le font monter. L’autre, Phaéton a une certaine amitié pour le haut du théâtre ; il n’est point à son aise quand il n’y est pas. L’autre, Phaéton n’est pas fait pour voler, mais il aime mieux voler, que de laisser le haut du théâtre vide ; et cent autres rêveries que je m’étonne qui n’oient perdu de réputation toute l’Antiquité. À la fin Descartes, et quelques autres modernes sont venus, qui ont dit : Phaéton monte, parce qu’il est tiré par des cordes, et qu’un poids plus pesant que lui descend. Ainsi on ne croit plus qu’un corps se remue, s’il n’est tiré, ou plutôt poussé par un autre corps ; on ne croit plus qu’il monte ou qu’il descende, si ce n’est par l’effet d’un contrepoids ou d’un ressort ; et qui verroit la nature telle qu’elle est, ne verroit que le derrière du théâtre de l’opéra. À ce compte, dit la Marquise, la philosophie est devenue bien mécanique ? Si mécanique, répondis-je, que je crains qu’on en ait bientôt honte. On veut que l’univers ne soit en grand, que ce qu’une montre est en petit, et que tout s’y conduise par des mouvemens réglés qui dépendent de l’arrangement des parties. Avouez la vérité. N’avez-vous pas eu quelquefois une idée plus sublime de l’univers, et ne lui avez-vous point fait plus d’honneur qu’il ne méritoit ? J’ai vu des gens qui l’en estimoient moins, depuis qu’ils l’avoient connu. Et moi, répliqua-t-elle, je l’en estime beaucoup plus, depuis que je sais qu’il ressemble à une montre. Il est surprenant que l’ordre de la nature, tout admirable qu’il est, ne roule que sur des choses si simples.
Je ne sais pas, lui répondis-je, qui vous a donné des idées si saines ; mais en vérité, il n’est pas trop commun de les avoir. Assez de gens ont toujours dans la tête un faux merveilleux enveloppé d’une obscurité qu’ils respectent. Ils n’admirent la nature, que parce qu’ils la croient une espèce de magie où l’on n’entend rien ; et il est sûr qu’une chose est déshonorée auprès d’eux, dès qu’elle peut être conçue. Mais, Madame, continuai-je, vous êtes si bien disposée à entrer dans tout ce que je veux vous dire, que je crois que je n’ai qu’à tirer le rideau et à vous montrer le monde.

Premier Soir
Entretiens sur la pluralité des mondes
- Quelle critique du théâtre engage Fontenelle ?
- L’observation présente quelles limites ?

Deus ex machina ou le bon vouloir arbitraire du Prince

Expression latine employée au théâtre pour désigner une personne ou un événement qui intervient de façon invraisemblable, à la fin de la pièce, pour en permettre le dénouement. Ainsi, à la fin de Tartuffe, quand tout semble compromis, l’intervention inespérée d’un envoyé du roi vient sauver la situation, à la façon d’un deus ex machina.
https://youtu.be/0Ra7gmoEF0A?t=6168 En quoi le pouvoir du Roi est-il dénoncé comme arbitraire ?

Saint Augustin

CHAPITRE XLIX. DE LA CURIOSITÉ. COMMENT ELLE PEUT CONDUIRE L’HOMME A LARITÉ. in De la vraie religion.
94. Quant aux spectacles et à tout ce qui tient à la curiosité, qu’y cherche-t-on autre chose que le plaisir de connaître ? Mais alors quoi de plus admirable, de plus beau que la vérité ? C’est à elle que tout spectateur prétend arriver lorsqu’il met tous ses soins à ne pas être trompé, et lorsqu’il se glorifie s’il vient à la découvrir avec plus de pénétration que d’autres, s’il l’apprécie avec plus de sagacité. Il n’est pas jusqu’au prestidigitateur avouant qu’il veut tromper, que l’on n’examine avec soin, dont on n’observe tous les mouvements avec la plus grande attention. Réussit-il à faire illusion ? Comme on ne peut se vanter de sa propre science, on est heureux de la sienne, de celle qui a trompé. Si cet homme ignorait ou paraissait ignorer par quels moyens il trompe le spectateur, on se garderait d’applaudir à une ignorance que l’on partage. Mais si quelqu’un de l’assemblée a saisi son secret, il se croit plus digne d’éloges que le joueur, uniquement parce qu’il n’a pu être trompé. Et si le grand nombre l’ont découvert, celui-ci ne paraît plus digne d’éloges ; on rit même de ceux qui ne peuvent comprendre. Ainsi partout la palme est réservée à la connaissance, à la découverte habile, à l’intelligence de la vérité, que jamais on ne peut saisir en la cherchant à l’extérieur.

95. Dans quelles frivolités, dans quelles turpitudes sommes-nous donc plongés ! On nous demande ce que l’on doit préférer du vrai ou du faux ; nous répondons unanimement que le vrai est préférable ; néanmoins les amusements et les vrais plaisirs, où jamais le vrai, toujours le faux nous séduit, attirent plus puissamment nos coeurs que les oracles de la vérité. Ainsi notre châtiment se trouve dans notre jugement et nos aveux, puisque notre raison condamne ce que poursuit notre vanité. Ce ne serait qu’un jeu, qu’un spectacle, si nous ne perdions pas de vue la réalité dont la représentation nous amuse. Mais cette passion nous entraîne loin du vrai, nous ne savons plus ce que figurent ces représentations auxquelles nous nous attachons comme à la beauté première, et en les quittant, nous sommes tout entiers dans les images qu’elles ont laissées en notre âme. Voulons-nous ensuite rentrer en nous pour nous livrer à la recherche de la vérité ? Ces images se mettent en travers de notre route, nous ferment le passage, cherchent à nous dépouiller, non à force ouverte, mais par des embûches excessivement dangereuses, et nous ne comprenons pas le sens profond de ces paroles : « Défiez-vous des simulacres [2]. »

96. Ainsi les uns sont précipités par le vague de leurs pensées au milieu de mondes innombrables. Les autres n’ont pu concevoir Dieu que sous l’idée d’un corps de feu.. D’autres voient une lumière immense répandue au loin en des espaces sans limite ; ils la voient
séparée d’un côté comme par un coin noir ; ils s’imaginent que ce sont deux royaumes opposés, auxquels ils rapportent l’origine de toutes choses, et sur ces rêveries ils bâtissent toutes leurs fables. Leur demanderai-je sous la foi du serment s’ils croient à la vérité de ce qu’ils disent ? Peut-être n’oseront-ils me répondre et me diront-ils à leur tour : Fais-nous donc toi-même connaître la vérité ! Et si je me contente de leur répliquer qu’ils regardent cette lumière dont la lueur leur montre que croire n’est pas comprendre, eux-mêmes sont prêts à affirmer avec serment que les yeux ne peuvent l’apercevoir, qu’on ne peut se la représenter dans une étendue locale, qu’elle s’offre partout à ceux qui la recherchent ; l’esprit ne peut rien découvrir avec plus de certitude et de clarté