Politique et pouvoir

 Représentations de l’Etat au cinéma

  • Le Procès (1962)de Orson Welles Drame | 2h02 Synopsis : Traîné devant un tribunal, un fonctionnaire est pris dans les rouages d’une société tentaculaire et absurde.
  • Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (1965)de Jean-Luc Godard PolarFilm fantastiqueDrameFilm de SF | 1h39 | “ Croisement brillant du film noir et de la SF Pulp, Godard critique la technologie pour mieux sublimer la pensée et l’art. ” — 
  • Mad Max (1979)de George Miller DrameWesternFilm de SFThrillerFilm d’action | 1h3366%204 micro-critiques | “ Max glisse dans le nihilisme, ses pensées laissant place aux bruits assourdissants des moteurs. Et nous, on est tous fous de Max. ” — 
  • Metropolis (1927)de Fritz Lang Film fantastiqueDrameFilm de SF Synopsis : Des ouvriers travaillent dans les souterrains d’une fabuleuse métropole de l’an 2026. Ils assurent le bonheur des nantis qui vivent dans les jardins suspendus de la ville. Un androïde mène les ouvriers vers la révolte
  • L’Aveu (1970)de Costa-Gavras PolarThrillerDrame | Synopsis : 1951, à Prague. Anton Ludvik, vice-ministre des Affaires étrangères et ancien déporté, est fier de ses brillants états de service : les Brigades internationales et la Résistance en France. Pourtant, depuis quelque temps, ce militant communiste intègre se sent traqué. Ses amis l’ignorent et les plus importantes décisions sont prises sans lui. Il est également épié et suivi, et son téléphone est sur écoute. Un jour, dans une rue déserte, des hommes surgissent de deux voitures, lui passent des menottes et l’emmènent en prison. Mis au secret, torturé, Ludvik est sommé d’avouer des crimes qu’il n’a pas commis. Il doit se rendre à l’évidence. Il ne s’agit pas d’une erreur, mais d’une machination politico-judiciaire...
  • L’Exercice de l’Etat (2011)de Pierre SchoellerDrame

    Synopsis : Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix. Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’État dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique… Tout s’enchaine et se percute. Une urgence chasse l’autre. A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ? Jusqu’où tiendront-ils, dans un État qui dévore ceux qui le servent ?

  • No (2012)de Pablo Larraín Drame |"Les archives se mélangent à l’histoire, comme la publicité, le bonheur, font du rêve de marginaux révoltés la réalité d’une nation. ” — 
  • La Grève (1925)de Sergei M. Eisenstein Drame |Synopsis : En 1912, dans l’Empire russe, les ouvriers d’une usine sont poussés à bout par des conditions de travail éreintantes, et des espions choisis parmi le lumpenprolétariat sont chargés de dénicher les meneurs syndicalistes. Un ouvrier est accusé à tort d’avoir volé un micromètre. Sous la pression, il se pend. Ses collègues décident de se mettre en grève, mais celle-ci sera réprimée de manière sanglante par l’armée tsariste.
  • Z (1969)de Costa-Gavras PolarDrameThriller Synopsis : Dans les années 1960, dans un pays du bassin méditerranéen, un député progressiste (Yves Montand) est assassiné. Le juge d’instruction chargé de l’enquête (Jean-Louis Trintignant) met en évidence le rôle du gouvernement, notamment de l’armée et de la police dans

 Rituels et violence d’Etat

 Rituels du pouvoir **

 La violence

  • TO BE OR NOT TO BE » (1942) d’Ernst Lubitsch. Dossier pédagogique
    La grande histoire et le petit théâtre d’Ernst Lubitsch / Gilles Berger IUFM d’Auvergne
    Hitler à Hollywood / Gilles Berger IUFM d’Auvergne
    Comparatif propagande / Gilles Berger IUFM d’Auvergne
    Analyse de séquence « Gestapo ou la fausse mort de Siletsky »/ Gilles Berger IUFM d’Auvergne
    Vidéo : "Gestapo ou la fausse mort de Siletsky" / Gilles Berger IUFM d’Auvergne
    Fiches analytiques des films de Lubitsch / Jean-Claude Brun
    Lubitsch, to be a film director / Jean-Claude Brun
    Analyse de la séquence initiale / Jean-Claude Brun
  • Violence et pouvoir

Ran de Kurozawa
Japon, France1985
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Hideo Oguni, Masato Ide
d’après : la pièce Le Roi Lear de : William Shakespeare

Image : Takao Saitô, Masaharu Ueda, Asakazu Nakai
Décors : Yoshirô Muraki, Shinobu Muraki
Costumes : Emi Wada
Montage : Akira Kurosawa
Musique : Tôru Takemitsu
Producteur(s) : Serge Silberman, Masato Hara
Production : Greenwich Film Productions, Herald Ace, Nippon Herald Films
Interprétation : Tatsuya Nakadai (Hidetora), Akira Terao (Taro), Jinpachi Nezu (Jiro), Daisuke Ryû (Saburo), Mieko Harada (Dame Kaede), Yoshiko Miyazaki (Dame Sue), Shinnosuke « Peter » Ikehata (Kyoami le bouffon)...
Distributeur : Les Acacias

Analyse :
LA VALLÉE DES DAMNÉS
par Josué Morel
À l’échelle de la carrière de Kurosawa, Ran pourrait passer pour un film qui ne rabat pas véritablement les cartes d’une filmographie brillant autant par son extrême cohérence que sa nature hétéroclite. Il tient plutôt en effet de l’œuvre somme, voire même de l’opus magnum d’un cinéaste qui atteint ici le sommet de son art. Que Tatsuya Nakadai soit de nouveau convoqué, cinq ans après Kagemusha, pour porter ce nouveau film crépusculaire de samouraïs (le dernier de Kurosawa) dit bien l’intention du cinéaste, qui approfondit ici une même veine dans une logique moins de redite que de perfectionnement. Kurosawa, paraît-il, considérait lui-même Ran comme son meilleur film, ce qui n’étonne guère tant l’édifice brille d’une sophistication sereine propre aux grands cinéastes aguerris, capables de dire beaucoup sans donner l’impression de trop en faire. Ici, chaque plan renvoie au mouvement du film, mais aussi au mouvement de l’œuvre. Que recherche Kurosawa ? À saisir, avec une acuité de regard d’une noirceur implacable, la place de l’homme dans l’univers, écartelé entre le ciel et l’enfer.

Variations et approfondissements

Le tout premier plan du film interroge cette place de la façon la plus littérale qui soit, en cisaillant l’espace en deux, la terre et le ciel, sur lequel se dessinent les silhouettes de quatre cavaliers. Quatre, comme les membres de la famille Ichimonji dont l’unité va voler en éclats suite à la décision de son seigneur, le vieux Hidetora, de se retirer de ses fonctions de chef et de partager son fief entre ses trois fils. S’inspirant ouvertement de Shakespeare et de son Roi Lear, comme il l’avait déjà fait près de trente ans auparavant avec Le Château de l’araignée (adapté de Macbeth), Kurosawa entre de plain-pied dans la tragédie pour scène après scène, étape après étape, retirer tout ce qui tient entre l’homme et l’immensité du cosmos. D’où une première moitié d’une célérité désarçonnante, qui accélère le cours des événements pour rompre l’ordre du fief et laisser Hidetora seul, abandonné de tous et sonné par la trahison de ses fils, errer à moitié fou dans la vallée en proie au désordre. On reconnaît ici la rythmique si spécifique de Kurosawa, qui alterne pics narratifs et moments de stase, varie les échelles de lieux et de blocs narratifs pour marier les tonalités mais aussi pencher vers un déséquilibre menaçant de ravaler des personnages qui traversent les récits comme des funambules.

Sauf qu’il n’y a pas d’échappatoire possible dans le pays de Ran, terre où les villages et les habitations sont soigneusement laissées hors-champ pour ne laisser place qu’à quelques bastions voués à brûler et à un désert arpenté par des déments déjà à moitiés morts – en premier lieu Hidetora, mais aussi son fidèle bouffon, l’aveugle Tsurumaru et la bru vengeresse Kaede, hallucinant personnage d’agent du chaos voué à détruire ce qui l’entoure. Elle apparaît autant comme une lointaine héritière d’Asaji, la lady Macbeth du Château de l’araignée, qu’elle n’évoque la folle de Barberousse, pur amas d’énergie sexuelle qui fond sur ses victimes avec l’appétit d’un serpent affamé, tandis que sa mort, figurée par un abondant jet de sang qui s’abat sur un mur vierge, renvoie au dénouement de Sanjuro. Que son personnage puisse être ainsi rattaché à plusieurs films de Kurosawa n’est ni un hasard, ni une volonté manifeste de compiler les éléments épars d’une filmographie en un seul bloc. Il témoigne plutôt, là encore, de la logique d’approfondissement de Ran, qui achève ce que Kagemusha, œuvre déjà aux allures de film terminal, avait préalablement entamé.

Le ciel rouge
La dernière partie de l’œuvre de Kurosawa, consécutive à Barberousse, résulte d’une triple révolution dans sa carrière : arrêt soudain de la prolifique collaboration avec Toshiro Mifune, passage à la couleur avec Dodes’kaden en 1970, mais aussi effondrement des studios japonais qui bouleverse l’économie de fabrication des films de Kurosawa, dont les tournages seront désormais plus espacés (cinq ans à chaque fois entre Barberousse, Dodes’kaden, Dersou Ouzala, Kagemusha, Ran et Rêves). S’engage alors une exploration conjointe des grandes espaces, de la toundra de Dersou Ouzala aux champs de batailles de Kagemusha, et d’un travail sur la couleur qui aboutit parfois à des expérimentations très outrancières, tels les fonds peinturlurés de Dodes’kaden ou les rêves bariolés de Kagemusha. Dans Ran, au contraire, les essais aussi audacieux que visibles ont laissé place à un usage plus parcimonieux mais non moins radical de la couleur, accordant, à l’image de l’assassinat de Kaede, une place de choix au sang, qui gicle et se répand aussi dans la séquence de l’assaut des deux fils contre le château dans lequel s’est terré le père, où toute la petit cour d’Hidetora périt ou se suicide. C’est comme si, soudainement, toute l’horreur contenue dans le cinéma de Kurosawa (par exemple, le dénouement des Salauds dorment en paix, dont la part la plus scabreuse tient en une ellipse), ressurgissait alors dans tout son éclat et sa vitalité, pour laisser le héros évidé face à un tel déchaînement de flammes et de violence.

Mais la violence, au fond, se drape surtout dans les pliures des nuages qui flottent au-dessus des protagonistes. Jamais Kurosawa n’avait autant filmé le ciel que dans Ran, où il est ici un personnage à part entière, une moitié du monde – cf. la bannière du clan Ichimonji, composée d’un astre surplombant un croissant renversé –, précisément parce que Kurosawa n’a jamais autant filmé les hommes comme d’infimes particules au milieu de l’univers. C’est là où le film est le plus beau, dans ses incroyables plans de demi-ensemble où traînent autant des hommes seuls que des armées entières, se livrant des batailles aux allures de fin de monde, dans la droite lignée de Kagemusha (la flamboyance de l’épée vacille, là encore, face à la froide efficacité du plomb). Il y a donc l’enfer du monde (la vallée), l’immensité du ciel, et au milieu l’homme, tiraillé entre les deux strates, comme l’illustre la fin, sublime, qui voit l’aveugle Tsurumaru tâtonner sur une corniche. Alors que sa canne pointe dans l’abîme, le personnage vacille et fait tomber le « bouddha miséricordieux », un rouleau renfermant l’image de la divinité, que sa sœur lui avait confié pour qu’il ne sente plus jamais seul. La caméra s’arrête alors sur l’icône gisant par terre, avant de revenir sur le personnage pour mieux s’éloigner de lui, par deux décadrages consécutifs, puis un fondu au noir. Plus rien ne se tient alors entre l’homme, seul, et l’obscurité éternelle.