L’homme est-il naturellement juste ?

I. La justice est la réalisation du droit. Les deux notions ne se confondent pas.
La justice apparaît donc lorsque le droit se substitue au règne de la force, là où la punition vient remplacer la simple vengeance.

→ Cf. texte de Hegel, Propédeutique Philosophique, Premier cours, § 21, p. 53.
→ Cf. textes d’Alain, Eléments de philosophie, VI, 4.
ou Propos, 18 avril 1923, t. I, Pléiade, p. 484-485.

Le film s’inspire du livre, L’homme invisible de H.G. Wells

  • Le film insiste sur le pouvoir persuasif de la parole. Expliquer en vous référant à l’histoire du cinéma.
    • Quel est le point commun entre le passage du visible à l’invisible et du muet au parlant ?
    • Voici le texte de Platon qui inspire le film :

      L’anneau de Gygès
      République, II, 359b6-360b2

      (Traduction (1) et commentaire de Bernard SUZANNE, © 1999)
      L’histoire de Gygès le Lydien fait partie du discours initial de Glaucon au livre II de la République. Glaucon intervient après que Thrasymaque ait été réduit au silence par Socrate, pour soutenir l’opinion selon laquelle les gens ne pratiquent pas la justice pour elle-même, mais simplement par peur de ce qui leur arriverait s’ils ne le faisaient pas. Voici l’histoire.
« [359b] Et que ceux qui la pratiquent [la justice], la pratiquent contraints par impuissance à agir injustement, nous le percevrions mieux si nous faisions ce que voici [359c] par la pensée : donnant à chacun le pouvoir de faire ce qu’il veut, au juste aussi bien qu’à l’injuste, suivons-les ensuite attentivement pour voir où son désir (hè epithumia) conduira chacun. Nous prendrions sans doute le juste en flagrant-délit de suivre la même voie que l’injuste, du fait du besoin d’avoir plus que les autres que toute nature est par nature poussée à rechercher comme un bien, mais qui, par la loi et la force, est détourné vers la vénération de l’égalité. La licence dont je parle serait telle au plus haut point si leur était donné un pouvoir tel que celui qui jadis, [359d] dit-on, fut donné à l’ancêtre de Gygès le Lydien (2).
 
Il était en effet berger au service du roi de Lydie d’alors ; or, au cours d’un violent orage accompagné d’un séïsme, la terre se fendit en quelque sorte et une ouverture béante apparut près de l’endroit où il faisait paître ses troupeaux. Voyant cela et s’émerveillant, il descendit et la fable raconte qu’il vit alors, parmi bien d’autres merveilles, un cheval d’airain, creux, avec des ouvertures, à travers lesquelles, en se penchant, il vit qu’il y avait à l’intérieur un cadavre, qui paraissait plus grand que celui d’un homme, et qui ne portait rien d’autre que, à [359e] la main, un anneau d’or, qu’il retira en sortant. Lorsque arriva le jour de l’assemblée habituelle des bergers, en vue d’aller faire au roi le rapport mensuel sur l’état des troupeaux, il y vint aussi, portant cet anneau. Lors donc qu’il était assis au milieu des autres, il lui arriva par hasard de tourner le chaton de la bague vers lui à l’intérieur de sa main, ce qu’ayant fait, il devint [360a] invisible à ceux qui étaient assis avec lui, et ils parlaient de lui comme s’il était parti. Et lui de s’émerveiller et, manipulant à nouveau à tâton l’anneau, il tourna le chaton vers l’extérieur et, en le tournant, redevint visible. Réfléchissant à tout cela, il refit l’expérience avec l’anneau pour voir s’il avit bien ce pouvoir et en arriva à la conclusion qu’en tournant le chaton vers l’intérieur, il devenait invisible, vers l’extérieur, visible. Ayant perçu cela, il fit aussitôt en sorte de devenir l’un des messagers auprès du roi et, sitôt arrivé, [360b] ayant séduit sa femme, il s’appliqua avec elle à tuer le roi et prit ainsi le pouvoir. »