La morale existentialiste Simone de Beauvoir

La morale existentialiste et l’ouverture à autrui

• Notions du programme : liberté, devoir, conscience.
• Repères : nécessaire/contingent, obligation/contrainte, objectif/subjectif/intersubjectif.

Contrairement aux accusations dont a fait les frais l’existentialisme, cette philosophie ne peut pas être considérée comme un solipsisme, ou une théorie morale qui enferme l’individu en lui-même, prisonnier qu’il serait de ses représentations du monde et d’autrui, puisque tout homme est inextricablement relié aux autres. D’abord parce que la liberté n’est jamais abstraite, mais s’exerce dans des situations concrètes. Ensuite, parce que, l’autre y est toujours-déjà reconnu et compris à partir de la liberté comme valeur : le premier impératif catégorique est ainsi la reconnaissance mutuelle des libertés.

« L’homme ne peut trouver que dans l’existence des autres hommes une justification de sa propre existence. Or il a besoin d’une telle justification, il ne peut y échapper. Le souci moral ne vient pas à l’homme du dehors ; il trouve en lui-même cette question anxieuse : à quoi bon ? Ou, pour mieux dire, il est lui-même cette interrogation urgente ; il ne la fuit qu’en se fuyant, et dès qu’il existe il répond. On dira peut-être que c’est pour soi qu’il est moral, et qu’une telle attitude est égoïste. Mais il n’est aucune morale à laquelle ne puisse s’adresser ce reproche qui se détruit aussitôt lui-même ; car comment me soucierais-je de ce qui ne me concerne pas ? Je concerne les autres et c’est moi qu’ils concernent ; c’est là une vérité indécomposable : le rapport moi-autrui est aussi indissoluble que le rapport sujet-objet.
En même temps nous voyons tomber cet autre reproche qu’on adresse souvent à l’existentialisme : d’être une doctrine formelle, incapable de proposer aucun contenu à cette liberté qu’elle veut engagée. Se vouloir libre c’est aussi vouloir les autres libres ; cette volonté n’est pas une formule abstraite, elle indique à chacun des actions concrètes à accomplir. »

Simone de Beauvoir, Pour une morale de l’ambigüité, Gallimard, 1947, pp. 91-92.

- Éléments de commentaire
C’est une pensée de l’arrachement à soi, qui présuppose soit une force de caractère (dont on omet de dire qu’elle n’est pas l’apanage de tous, et qu’elle est aussi le résultat d’une certaine éducation), soit une pensée du collectif d’inspiration marxiste que l’on retrouve chez Beauvoir comme chez Sartre.