S’exercer à la problématisation avec...

La problématisation

Pour une question ou pour un texte, l’exigence de la problématisation constitue, dans la tradition de l’enseignement scolaire de la philosophie, le point nodal de la réflexion exigée et celui qui décide, le plus souvent, du succès ou de l’échec du traitement qui leur est apporté. Il est donc de la première importance d’y travailler sans relâche, tout au long de l’année de terminale, et d’en faire saisir les ressorts.
« Problématiser » consiste, à la lettre, à « construire un problème ». Or un problème n’est pas une simple question, qui appelle une réponse, mais une manière de recul critique mobilisant des opérations intellectuelles précises. Qu’on parte de la question proposée en dissertation ou de la réponse que constitue par lui-même le texte à étudier, la problématisation revient à interroger la question ou la thèse exposée elles-mêmes, à se prononcer sur leur sens et sur leurs conditions d’intelligibilité. Elle opère ainsi une transformation de la question posée ou de la thèse exprimée par un texte, et fait apparaître qu’une réponse spontanée à la question initiale, ou que l’évidence supposée de la thèse développée par un auteur sont insuffisantes, implicites, voire, dans certains cas, impossibles à démêler.
Prosaïquement, on pourrait donc rapporter la problématisation à un processus réflexif visant à questionner la question elle-même (dissertation) ou la thèse explicitée (texte) ; ce qui revient à demander, prosaïquement, encore : pourquoi la question est-elle posée en ces termes ? pourquoi l’auteur X développe-t-il la thèse « p est q » et non pas une autre, tout aussi possible ? Si la question posée admet telles réponses, qui viennent presque naturellement, pourquoi la poser malgré tout ? Si l’auteur X développe la thèse « p est q », alors qu’on peut avec une égale évidence affirmer que « p est non-q » ou que « p est r », à quoi tient sa position et qu’est-ce qui la justifie ?
L’exigence de problématisation est ce qui indique donc qu’une dissertation n’est pas une simple réponse à une question quelconque, mais qu’une telle réponse en constitue le point de départ et le ressort de la réflexion qui y est conduite ; ou qu’une explication de texte n’en est pas une simple paraphrase, mais la compréhension littérale de son sens le point de départ d’un travail de réflexion sur ses présupposés, sa stratégie théorique, ses objectifs démonstratifs. Autrement dit, la problématisation d’un sujet, question ou texte, permet d’en faire apparaître les enjeux, de conférer sens et légitimité à la question ou au texte proposés et, en somme, à légitimer l’exercice lui-même.
(source : https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Philosophie/35/7/RA20_Lycee_GT_Ter_Philo_Exercices_(2)_1307357.pdf)

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