Le travail

Cette fiche construit des questionnements et des problématiques afin de mettre en oeuvre les ressources des bibliothèques. Rien ne vous empêche de les réorganiser autrement.

 Introduction

Multiplicité des acceptions du mot « travail » :

- toute activité demandant effort et attention prolongés
- les seules activités rétribuées
- les activités par lesquelles sont produits des objets appelés « travail »
- le concept de travail élaboré par les sciences physiques aux XVIIIe et XIXe s.

Problématiques :

  1. Le travail est une donnée anthropologique : il s’interpose entre la nature et l’homme pour satisfaire les besoins de ce dernier.

 Nature ou historicité du travail ?

Travail et nature, Marx :

Le travail, sous sa forme humaine, exige une attention soutenue

« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination (Vorstellung) du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté. Et cette subordination n’est pas momentanée. L’œuvre exige pendant
toute sa durée, outre l’effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle-même résulter que d’une tension constante de la volonté. Elle l’exige d’autant plus que par son objet et son mode d’exécution, le travail entraîne moins le travailleur, qu’il se fait moins sentir à lui, comme le libre jeu de ses forces corporelles et intellectuelles ; en un mot, qu’il est moins attrayant. » Marx, Le Capital, I, 3e section.

Cependant pour Marx, dès que l’on considère la réalité concrète du travail, ce dernier apparaît comme une réalité foncièrement historique, tout comme l’est le besoin et aussi in fine le concept de travail.

Marx Introduction à la critique de l’économie politique

Cet exemple du travail montre d’une façon frappante que même les catégories les plus abstraites, bien que valables - précisément à cause de leur nature abstraite - pour toutes les époques, n’en sont pas moins sous la forme déterminée de cette abstraction même le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables que pour ces conditions et dans le cadre de celles-ci.

La société bourgeoise est l’organisation historique de la production la plus développée et la plus variée qui soit. De ce fait, les catégories qui expriment les rapports de cette société et qui permettent d’en comprendre la structure permettent en même temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de société disparues avec les débris et les éléments desquelles elle s’est édifiée, dont certains vestiges, partiellement non encore dépassés, continuent à subsister en elle, et dont certains simples signes, en se dévelop­pant, ont pris toute leur signification, etc. L’anatomie de l’homme est la clef de l’anatomie du singe. Dans les espèces animales inférieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d’une forme supérieure que lorsque la forme supérieure est elle-même déjà connue. Ainsi l’économie bourgeoise nous donne la clef de l’économie antique, etc. Mais nullement à la manière des économistes qui effacent toutes les différences historiques et voient dans toutes les formes de société celles de la société bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la dîme, etc., quand on connaît la rente foncière. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la société bourgeoise n’est elle-même qu’une forme antithétique du développement historique, il est des rapports appartenant à des formes de société antérieures que l’on pourra ne rencon­trer en elle que tout à fait étiolés, ou même travestis. Par exemple, la propriété communale. Si donc il est vrai que les catégories de l’économie bourgeoise possèdent une certaine vérité valable pour toutes les autres formes de société, cela ne peut être admis que cum grano, salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes développées, étiolées, caricaturées, etc., mais toujours avec une différence essentielle. Ce que l’on appelle développement histori­que repose somme toute sur le fait que la dernière forme considère les formes passées comme des étapes menant à son propre degré de développement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien déterminées, de faire sa propre critique - il n’est naturellement pas question ici des périodes historiques qui se considèrent elles-mêmes comme des époques de décadence - elle les conçoit toujours sous un aspect unilatéral. La religion chrétienne n’a été capable d’aider à comprendre objectivement les mythologies antérieures qu’après avoir achevé jusqu’à un certain degré, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa propre critique. De même l’économie politique bourgeoise ne parvint à comprendre les sociétés féodales, antiques, orientales que du jour où eut commencé l’autocri­ti­que de la société bourgeoise. Pour autant que l’économie politique bourgeoise, créant une nouvelle mythologie, ne s’est pas purement et simplement identifiée au passé, sa critique des sociétés antérieures, en particulier de la société féodale, contre laquelle elle avait encore à lutter directement, a ressemblé à la critique du paganisme par le christianisme, ou encore à celle du catholicisme par le protestantisme.
Introduction à la critique de l’économie politique

2. Dans la pensée grecque antique, le mot « travail » n’a pas d’équivalent. Extrait de Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs. Etudes de psychologie historique, François Maspéro, 1965, p. 219-225

exercice : à partir de cet extrait de Jean-Pierre Vernant et de cet autre article, Charles Kanelopoulos, « Travail et technique chez les grecs. L’approche de J.-P. Vernant », Techniques & Culture [En ligne], 54-55 | 2010, août 2020. (DOI : https://doi.org/10.4000/tc.5006) quel est le rapport que l’homme entretient avec la nature ?

3. Travail et souffrance

Au XIIe siècle le travail se rapproche du sens de souffrance.

Exercice : Rechercher l’étymologie du terme « travail ».

  • Dans la Genèse III-16-18 on lit bien trop vite le châtiment d’Adam et Eve par Dieu. Ils ne sont pas condamnés au travail qui manifestement existe déjà mais à la souffrance, souffrance que la philosophe Simone Weil ne cessera d’éclairer.
    Il dit à la femme : J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. Il dit à l’homme : Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre : Tu n’en mangeras point ! le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs

Travail et souffrance

La liste concrète des douleurs des ouvriers fournit celle des choses à modifier. Il faut supprimer d’abord le choc que subit le petit gars qui à douze ou treize ans sort de l’école et entre à l’usine. Certains ouvriers seraient tout à fait heureux si ce choc n’avait laissé une blessure toujours douloureuse ; mais ils ne savent pas eux-mêmes que leur souffrance vient du passé. L’enfant à l’école, bon ou mauvais élève, était un être dont l’existence était reconnue, qu’on cherchait à développer, chez qui on faisait appel aux meilleurs sentiments. Du jour au lendemain il devient un supplément à la machine, un peu moins qu’une chose, et on ne se soucie nullement qu’il obéisse sous l’impulsion des mobiles les plus bas, pourvu qu’il obéisse. La plupart des ouvriers ont subi au moins à ce moment de leur vie cette impression de ne plus exister, accompagnée d’une sorte de vertige intérieur, que les intellectuels ou les bourgeois, même dans les plus grandes souffrances, ont très rarement l’occasion de connaître. Ce premier choc, reçu si tôt, imprime souvent une marque ineffaçable. Il peut rendre l’amour du travail définitivement impossible.
Il faut changer le régime de l’attention au cours des heures de travail, la nature des stimulants qui poussent à vaincre la paresse ou l’épuisement – stimulants qui aujourd’hui ne sont que la peur et les sous –, la nature de l’obéissance, la quantité trop faible d’initiative, d’habileté et de réflexion demandée aux ouvriers, l’impossibilité où ils sont de prendre part par la pensée et le sentiment à l’ensemble du travail de l’entreprise, l’ignorance parfois complète de la valeur, de l’utilité sociale, de la destination des choses qu’ils fabriquent, la séparation complète de la vie du travail et de la vie familiale. On pourrait allonger la liste.

L’enracinement Le déracinement ouvrier

 XVIIIe siècle : naissance de l’économie politique

- David Ricardo, économiste anglais du 18e siècle, est considéré comme le “père du libéralisme”, comme celui qui a théorisé la mondialisation. L’économiste anglais, connu surtout pour sa théorie des avantages comparatifs, a posé avec Adam Smith les bases de la science économique moderne. Il a donné naissance à un modèle qui oppose, aujourd’hui encore, les différentes écoles de pensées économiques. Ghislain Deleplace, professeur émérite à l’université Paris 8-Saint-Denis, analyse ses théories. Vidéo-audio
Date de diffusion : 09 oct. 2017

 Travail et liberté

 Exercices

 Métropolis de Fritz Lang

 ? Dossier pédagogique de la Cinémathèque de Toulouse sur Métropolis de Fritz Lang : définir l’aliénation et l’exploitation. Réfléchir aussi au rôle des machines
https://www.youtube.com/watch?v=nqvLtpcNfBk

Questions sur le film

    • Que signifie cette insistance sur les rouages et la pendule ? N’y-a-t-il que les objets qui obéissent aux lois de la mécanique ?
    • Pourquoi le film insiste sur les mécanismes et présente un univers de machines ? Chercher la définition de « machine » à partir du film.
    • Décrire et analyser la représentation des ouvriers. Comment Fritz Lang met-il en image le corps de l’ouvrier ? Comment F. Lang met-il en scène l’exploitation de la « force de travail » ? Le cinéma est art du mouvement : que penser des divers mouvements de caméra et de ceux des acteurs ? Analyser les jeux de lumière et les expressions des visages.
    • Que possèdent les fils qui leur confère du pouvoir ? Comment les images contribuent à montrer les différences fondatrices ici des inégalités ? N’y-a-t-il pas une ambiguïté des images que ce film dénonce : l’image montre et cache. Montrer les usages de l’image à fin de propagande.
    • Que découvre Freder de « l’autre côté du miroir » ?
gravure d’A. Holbein édition de Bâle (1518)

 Le travail en Utopie

Dossier BNF sur l’Utopie
Dossier du site académique de Créteil sur l’utopie

Thomas More L’Utopie Traduction par Victor Stouvenel. Paulin, 1842 (p. 140-151).

DES ARTS ETTIERS

« Il est un art commun à tous les Utopiens, hommes et femmes, et dont personne n’a le droit de s’exempter, c’est l’agriculture. Les enfants l’apprennent en théorie dans les écoles, en pratique dans les campagnes voisines de la ville, où ils sont conduits en promenades récréatives. Là, ils voient travailler, ils travaillent eux-mêmes, et cet exercice a de plus l’avantage de développer leurs forces physiques.

« Outre l’agriculture, qui, je le répète, est un devoir imposé à tous, on enseigne à chacun une industrie particulière. Les uns tissent la laine ou le lin ; les autres sont maçons ou potiers ; d’autres travaillent le bois ou les métaux. Voilà les principaux métiers à mentionner.

« Les vêtements ont la même forme pour tous les habitants de l’île ; cette forme est invariable, elle distingue seulement l’homme de la femme, le célibat du mariage. Ces vêtements réunissent l’élégance à la commodité ; ils se prêtent à tous les mouvements du corps, le défendent contre les chaleurs de l’été et le froid de l’hiver. Chaque famille confectionne ses habits.

« Tous, hommes et femmes, sans exception, sont tenus d’apprendre un des métiers mentionnés ci-dessus. Les femmes, étant plus faibles, ne travaillent guère qu’à la laine et au lin ; les hommes sont chargés des états plus pénibles.

« En général, chacun est élevé dans la profession de ses parents, car la nature inspire d’habitude le goût de cette profession. Cependant, si quelqu’un se sent plus d’aptitude et d’attrait pour un autre état, il est admis par adoption dans l’une des familles qui l’exercent ; et son père, ainsi que le magistrat, ont soin de le faire entrer au service d’un père de famille honnête et respectable.

« Si quelqu’un, ayant déjà un état, veut en apprendre un autre, il le peut aux conditions précédentes. On lui laisse la liberté d’exercer celui des deux qui lui convient le mieux, à moins que la ville ne lui en assigne un pour cause d’utilité publique.

« La fonction principale et presque unique des syphograntes est de veiller à ce que personne ne se livre à l’oisiveté et à la paresse, et à ce que tout le monde exerce vaillamment son état. Il ne faut pas croire que les Utopiens s’attellent au travail comme des bêtes de somme depuis le grand matin jusque bien avant dans la nuit. Cette vie abrutissante pour l’esprit et pour le corps serait pire que la torture et l’esclavage. Et cependant tel est partout ailleurs le triste sort de l’ouvrier !

« Les Utopiens divisent l’intervalle d’un jour et d’une nuit en vingt-quatre heures égales. Six heures sont employées aux travaux matériels, en voici la distribution :

« Trois heures de travail avant midi, puis dîner. Après midi, deux heures de repos, trois heures de travail, puis souper.

« Ils comptent une heure où nous comptons midi, se couchent à neuf heures, et en donnent neuf au sommeil.

« Le temps compris entre le travail, les repas et le sommeil, chacun est libre de l’employer à sa guise. Loin d’abuser de ces heures de loisir, en s’abandonnant au luxe et à la paresse, ils se reposent en variant leurs occupations et leurs travaux. Ils peuvent le faire avec succès, grâce à cette institution vraiment admirable.

« Tous les matins, des cours publics sont ouverts avant le lever du soleil. Les seuls individus spécialement destinés aux lettres sont obligés de suivre ces cours ; mais tout le monde a droit d’y assister, les femmes comme les hommes, quelles que soient leurs professions. Le peuple y accourt en foule ; et chacun s’attache à la branche d’enseignement qui est le plus en rapport avec son industrie et ses goûts.

« Quelques-uns, pendant les heures de liberté, se livrent de préférence à l’exercice de leur état. Ce sont les hommes dont l’esprit n’aime pas s’élever à des spéculations abstraites. Loin de les en empêcher, on les approuve, au contraire, de se rendre ainsi constamment utiles à leurs concitoyens.

« Le soir, après souper, les Utopiens passent une heure en divertissements : l’été dans les jardins, l’hiver dans les salles communes où ils prennent leurs repas. Ils font de la musique ou se distraient par la conversation. Ils ne connaissent ni dés, ni cartes, ni aucun de ces jeux de hasard également sots et dangereux. Ils pratiquent cependant deux espèces de jeux qui ont beaucoup de rapport avec nos échecs ; le premier est la bataille arithmétique, dans laquelle le nombre pille le nombre ; l’autre est le combat des vices et des vertus. Ce dernier montre avec évidence l’anarchie des vices entre eux, la haine qui les divise, et néanmoins leur parfait accord, quand il s’agit d’attaquer les vertus. Il fait voir encore quels sont les vices opposés à chacune des vertus, comment ceux-ci attaquent celles-là par la violence et à découvert, ou par la ruse et des moyens détournés ; comment la vertu repousse les assauts du vice, le terrasse et anéantit ses efforts ; comment enfin la victoire se déclare pour l’un ou l’autre parti.

« Ici, je m’attends à une objection sérieuse et j’ai hâte de la prévenir.

« On me dira peut-être : Six heures de travail par jour ne suffisent pas aux besoins de la consommation publique, et l’Utopie doit être un pays très misérable.

« Il s’en faut bien qu’il en soit ainsi. Au contraire, les six heures de travail produisent abondamment toutes les nécessités et commodités de la vie, et en outre un superflu bien supérieur aux besoins de la consommation.

« Vous le comprendrez facilement, si vous réfléchissez au grand nombre de gens oisifs chez les autres nations. D’abord, presque toutes les femmes, qui composent la moitié de la population, et la plupart des hommes, là où les femmes travaillent. Ensuite cette foule immense de prêtres et de religieux fainéants. Ajoutez-y tous ces riches propriétaires qu’on appelle vulgairement nobles et seigneurs ; ajoutez-y encore leurs nuées de valets, autant de fripons en livrée ; et ce déluge de mendiants robustes et valides qui cachent leur paresse sous de feintes infirmités. Et, en somme, vous trouverez que le nombre de ceux qui, par leur travail, fournissent aux besoins du genre humain, est bien moindre que vous ne l’imaginiez.

« Considérez aussi combien peu de ceux qui travaillent sont employés en choses vraiment nécessaires. Car, dans ce siècle d’argent, où l’argent est le dieu et la mesure universelle, une foule d’arts vains et frivoles s’exercent uniquement au service du luxe et du dérèglement. Mais si la masse actuelle des travailleurs était répartie dans les diverses professions utiles, de manière à produire même avec abondance tout ce qu’exige la consommation, le prix de la main-d’œuvre baisserait à un point que l’ouvrier ne pourrait plus vivre de son salaire.

« Supposez donc qu’on fasse travailler utilement ceux qui ne produisent que des objets de luxe et ceux qui ne produisent rien, tout en mangeant chacun le travail et la part de deux bons ouvriers ; alors vous concevrez sans peine qu’ils auront plus de temps qu’il n’en faut pour fournir aux nécessités, aux commodités et même aux plaisirs de la vie, j’entends les plaisirs fondés sur la nature et la vérité.

« Or, ce que j’avance est prouvé, en Utopie, par des faits. Là, dans toute l’étendue d’une ville et son territoire, à peine y a-t-il cinq cents individus, y compris les hommes et les femmes ayant l’âge et la force de travailler, qui en soient exemptés par la loi. De ce nombre sont les syphograntes ; et cependant ces magistrats travaillent comme les autres citoyens pour les stimuler par leur exemple. Ce privilège s’étend aussi aux jeunes gens que le peuple destine aux sciences et aux lettres sur la recommandation des prêtres et d’après les suffrages secrets des syphograntes. Si l’un de ces élus trompe l’espérance publique, il est renvoyé dans la classe des ouvriers. Si, au contraire, et ce cas est fréquent, un ouvrier parvient à acquérir une instruction suffisante en consacrant ses heures de loisir à ses études intellectuelles, il est exempté du travail mécanique et on l’élève à la classe des lettrés.

« C’est parmi les lettrés qu’on choisit les ambassadeurs, les prêtres, les tranibores et le prince, appelé autrefois barzame et aujourd’hui adème. Le reste de la population, continuellement active, n’exerce que des professions utiles, et produit en peu de temps une masse considérable d’ouvrages parfaitement exécutés.

« Ce qui contribue encore à abréger le travail, c’est que, tout étant bien établi et entretenu, il y a beaucoup moins à faire en Utopie que chez nous.

« Ailleurs, la construction et la réparation des bâtiments exigent des travaux continuels. La raison en est que le père, après avoir bâti à grands frais, laissera son bien à un fils négligent et dissipateur, sous lequel tout se détériore peu à peu ; en sorte que l’héritier de ce dernier ne peut entreprendre de réparations, sans faire des dépenses énormes. Souvent même il arrive qu’un raffiné de luxe dédaigne les constructions paternelles, et s’en va bâtir à plus grands frais encore sur un autre terrain, tandis que la maison de son père tombe en ruines.

« En Utopie, tout est si bien prévu et organisé qu’il est très rare qu’on soit obligé d’y bâtir sur de nouveaux terrains. L’on répare à l’instant les dégradations présentes, l’on prévient même les dégradations imminentes. Ainsi, les bâtiments se conservent à peu de frais et de travail. La plupart du temps, les ouvriers restent chez eux pour dégrossir les matériaux, tailler le bois et la pierre. Quand il y a une construction à faire, les matériaux sont tout prêts et l’ouvrage est rapidement terminé.

« Vous allez voir comme il en coûte peu aux Utopiens pour se vêtir.

« Au travail, ils s’habillent de cuir ou de peau ; ce vêtement peut durer sept ans. En public, ils se couvrent d’une casaque ou surtout qui cache l’habit grossier du travail. La couleur de cette casaque est naturelle, elle est la même pour tous les habitants. De la sorte ils usent beaucoup moins de drap que partout ailleurs, et ce drap leur revient moins cher. La toile est d’un usage très répandu, parce qu’elle exige moins de travail. Ils n’attachent de prix qu’à la blancheur de la toile, à la netteté et à la propreté du drap, sans considérer la finesse ou la délicatesse du filage. Un seul habit leur suffit d’ordinaire pendant deux ans ; tandis qu’ailleurs, il faut à chacun quatre ou cinq habits de différentes couleurs, autant d’habits de soie, et, aux plus élégants, au moins une dizaine. Les Utopiens n’ont aucune raison d’en rechercher un aussi grand nombre ; ils n’en seraient ni plus commodément ni plus élégamment vêtus.

« Ainsi, tout le monde, en Utopie, est occupé à des arts et à des métiers réellement utiles. Le travail matériel y est de courte durée, et néanmoins ce travail produit l’abondance et le superflu. Quand il y a encombrement de produits, les travaux journaliers sont suspendus, et la population est portée en masse sur les chemins rompus ou dégradés. Faute d’ouvrage ordinaire et extraordinaire, un décret autorise une diminution sur la durée du travail, car le gouvernement ne cherche pas à fatiguer les citoyens par d’inutiles labeurs.

"Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d’abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour s’affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles par l’étude des sciences et des lettres. C’est dans ce développement complet qu’ils font consister le vrai bonheur."

Zola Le travail

C’était, dès maintenant, une leçon de choses, une expérience décisive, qui peu à peu allait convaincre tout le monde. Comment nier la force de cette association du capital, du travail et de l’intelligence, lorsque les bénéfices devenaient plus considérables d’année en année et que les ouvriers de la Crècherie gagnaient déjà le double de leurs camarades des autres usines ? Comment ne pas reconnaître que le travail de huit heures, de six heures, de trois heures, le travail devenu attrayant, par la diversité même des tâches, dans des ateliers clairs et joyeux, avec des machines que des enfants auraient conduites, était le fondement même de la société future, lorsqu’on voyait les misérables salariés d’hier renaître, redevenir des hommes sains, intelligents, allègres et doux, dans cet acheminement à la liberté, à la justice totales ? Comment ne pas conclure à la nécessité de la coopération, qui supprimerait les intermédiaires parasites, le commerce où tant de richesse et de force se perdent, lorsque les Magasins-Généraux fonctionnaient sans heurt, décuplant le bien-être des affamés d’hier, les comblant de toutes les jouissances réservées jusque-là aux seuls riches ? Comment ne pas croire aux prodiges de la solidarité qui doit rendre la vie aisée, en faire une continuelle fête, pour tous les vivants, lorsqu’on assistait aux réunions heureuses de la Maison-Commune, destinée à devenir un jour le royal Palais du peuple, avec ses bibliothèques, ses musées, ses salles de spectacle, ses jardins, ses jeux et ses divertissements ? Comment enfin ne pas renouveler l’instruction et l’éducation, ne plus les baser sur la paresse de l’homme, mais sur son inextinguible besoin de savoir, et rendre l’étude agréable, et laisser à chacun son énergie individuelle, et réunir dès l’enfance les deux sexes qui doivent vivre côte à côte, lorsque les Ecoles étaient là si prospères, débarrassées du trop de livres, mêlant les leçons aux récréations, aux premières notions des apprentissages professionnels, aidant chaque génération nouvelle à se rapprocher de l’idéale Cité, vers laquelle l’humanité est en marche depuis tant de siècles ?
Aussi l’exemple extraordinaire que la Crècherie donnait quotidiennement sous le grand soleil, devenait-il contagieux. Il ne s’agissait plus de théories, il s’agissait d’un fait qui se passait là, aux yeux de tous, d’une floraison superbe, dont l’épanouissement s’élargissait sans arrêt. Et, naturellement, l’association gagnait de proche en proche les hommes et les terrains d’alentour, des ouvriers nouveaux se présentaient en foule, attirés par les bénéfices, par le bien-être, des constructions nouvelles poussaient de partout, s’ajoutaient continuellement aux premières bâties. En trois ans, la population de la Crècherie doubla, et la progression s’accélérait avec une incroyable rapidité. C’était la Cité rêvée, la Citée du travail réorganisé, rendu à sa noblesse, la Cité future du bonheur enfin conquis, qui sortait naturellement de terre, autour de l’usine élargie elle-même, en train de devenir la métropole, le cœur central, source de vie, dispensateur et régulateur de l’existence sociale. Les ateliers, les grandes halles de fabrication s’agrandissaient, couvraient des hectares ; tandis que les petites maisons, claires et gaies, au milieu des verdures de leurs jardins, se multipliaient, à mesure que le personnel, le nombre des travailleurs, des employés de toutes sortes, augmentait. Et, ce flot peu à peu débordant, les constructions nouvelles s’avançait vers l’Abîme, menaçait de le conquérir, de le submerger. D’abord, il y avait eu de vastes espaces nus entre les deux usines, ces terrains incultes que Jordan possédait en bas de la rampe des Monts Bleuses. Puis, aux quelques maisons bâties près de la Crècherie, d’autres maisons s’étaient jointes, toujours d’autres, une ligne de maisons qui envahissait tout comme une marée montante, qui n’était plus qu’à deux ou trois cents mètres de l’Abîme. Bientôt, quand le flot viendrait battre contre lui, ne le couvrirait-il pas, ne l’emporterait-il pas, pour le remplacer de sa triomphante floraison de santé et de joie ? Et le vieux Beauclair lui aussi était menacé, car toute une pointe de la Cité naissante marchait contre lui, près de balayer cette noire et puante bourgade ouvrière, nid de douleur et de peste, où le salariat agonisait sous les plafonds croulants.
Parfois, Luc, le bâtisseur, le fondateur de ville, la regardait croître, sa Cité naissante, qu’il avait vue en rêve, le soir où il avait décidé son œuvre ; et elle se réalisait, et elle partait à la conquête du passé, faisant sortir du sol le Beauclair de demain, l’heureuse demeure d’une humanité heureuse. Tout Beauclair serait conquis, entre les deux promontoires des Monts Bleuses, tout l’estuaire des gorges de Brias se couvrirait de maisons claires, parmi des verdures, jusqu’aux immenses champs fertiles de la Roumagne. Et, s’il fallait des années et des années encore, il l’apercevait déjà de ses yeux de voyant, cette Cité du bonheur qu’il avait voulue, et qui était en marche.
Pendant ses longues heures de contemplation heureuse, devant sa fille prospère, Luc souvent révisait le passé. Et il revoyait d’où il était parti, de la lecture si lointaine déjà d’un petit livre bien modeste, où était résumée la doctrine de Fourier. Il se rappelait la nuit d’insomnie, pendant laquelle, tout fiévreux de sa mission encore obscure, le cerveau et le cœur préparés à recevoir la bonne semence, il s’était mis à lire, pour trouver le sommeil. Et c’était alors que les coups de génie de Fourier, les passions humaines remises en honneur, utilisées, acceptées comme les forces mêmes de la vie, le travail tiré de son bagne, ennobli, rendu attrayant, devenu le nouveau code social, la liberté et la justice peu à peu conquises par un acheminement pacifique, grâce à l’association du capital, du travail et de l’intelligence, ces coups de génie qui le frappaient en pleine surexcitation intellectuelle et morale, l’avaient brusquement illuminé, exalté, jeté dès le lendemain à l’action. C’était à Fourier qu’il devait d’avoir osé, d’avoir tenté l’expérience de la Crècherie.

La première Maison-Commune, avec son Ecole, les premiers Ateliers si propres et si gais, avec leur division de travail, la première Cité ouvrière, avec ses façades blanches riant parmi les verdures, étaient nés de l’idée fouriériste, ensommeillée comme la bonne graine dans les champs d’hiver, toujours prête à germer et à fleurir. La religion de l’humanité, ainsi que le catholicisme, devait mettre peut-être des siècles à s’établir solidement. Mais quelle évolution ensuite, quel élargissement continu, à mesure que l’amour poussait et que la Cité se fondait ! Fourier, évolutionniste, homme de méthode et de pratique, en apportant l’association entre le capital, le travail et l’intelligence, à titre d’expérience immédiate, aboutissait d’abord à l’organisation sociale des collectivistes, ensuite même au rêve libertaire des anarchistes. Dans l’association, le capital peu à peu se répartissait, s’anéantissait, le travail et l’intelligence devenaient les seuls régulateurs, les fondements du nouveau pacte.

Émile Zola, Travail

Questions

    • Qu’est-ce qui permet de dire que l’égalité sur l’île d’Utopie passe par le respect des différences et des caractéristiques propres à chacun ?
    • Dans le texte de Zola, présenter les thèses de Fourier. Quelle est la critique du travail qui se profile ?

 Un cours de Gérard Granel : « Le travail aliéné dans les »Manuscrits de 1844« »

 Marx est le premier à accorder au travail la noblesse de la fabrication

« L’antinomie fondamentale entre le travail et la fabrication dans la tradition occidentale tient à ce que le travail a toujours été considéré comme une malédiction (dans la tradition judéo-chrétienne) ou bien comme une honte (dans la tradition hélléno-aristocratique) bien qu’il ne soit rien d’autre qu’une fabrication organisée. La fabrication a toujours été considérée comme le signe de la créativité et par conséquent de l’être à l’image de Dieu (du point de vue judéo-chrétien : homo faber à l’image du Deus creator) ou comme un art = l’activité la plus élevée de l’homme (en grec, tekhnè). La différence matérielle semble toujours être celle entre le travail de la terre et l’artisanat). Marx est le premier à accorder au travail la noblesse de la fabrication (artisanale). » Arendt, Journal de pensée, juillet 1951, [7], Seuil, 2005, I, p. 123-124.

  Marx a travesti le travail en œuvre afin de justifier son plaidoyer pour la justice en faveur des travailleurs

« Parmi les principales caractéristiques de l’époque moderne, depuis ses débuts jusqu’à nos jours, nous trouvons les attitudes typiques de l’homo faber : l’instrumentalisation du monde, la confiance placée dans les outils et la productivité du fabricant d’objets artificiels ; la foi en la portée universelle de la catégorie de la fin-et-des-moyens, la conviction que l’on peut résoudre tous les problèmes et ramener toutes les motivations humaines au principe d’utilité ; la souveraineté qui regarde tout le donné comme un matériau et considère l’ensemble de la nature « comme une immense étoffe où nous pouvons tailler ce que nous voudrons, pour le recoudre comme il nous plaira »
1 ; l’assimilation de l’intelligence a l’ingéniosité, c’est-à-dire le mépris de toute pensée que l’on ne pourrait considérer comme une démarche en vue de « fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d’en varier indéfiniment la fabrication »
2 ; et enfin l’identification toute naturelle de la fabrication à l’action. (…) Cette mentalité se retrouve dans l’économie classique, dont la norme suprême est la productivité et dont le préjugé contre les activités non productives est si fort que Marx lui-même ne put justifier son plaidoyer pour la justice à l’égard des travailleurs qu’en travestissant en termes d’œuvre, de fabrication, l’activité de travail qui est non productive. » Arendt, Condition de l’homme moderne, VI, 43, p. 381-382.

 La liberté et l’humanité naissent, selon Marx, du travail et non de la parole (Réfutation d’Aristote)

Il est manifeste, à partir de cela, que la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est un animal politique, et que celui qui est hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé soit un être surhumain […] Car un tel homme est du coup naturellement passionné de guerre, étant comme un pion isolé au jeu de tric trac. C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l’homme a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l’agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu’au point d’éprouver la sensation du douloureux et de l’agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l’avantageux et le nuisible, et par suite le juste et l’injuste. Il n’y a en effet qu’une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en communs c’est ce qui fait une famille et une cité.

ARISTOTE, Les Politiques

« Quand Marx affirmait que le travail est la plus important activité de l’homme, il disait dans les termes de la tradition que ce n’est pas la liberté, mais la nécessité, qui rend l’homme humain (…).
Quand, sous l’influence de la Révolution française, il ajoutait que la violence accouche de
l’histoire, il niait dans les termes de la tradition la liberté que contient en substance la capacité humaine de parole. » Arendt, « Marx et la tradition de la pensée politique », dans La révolution qui vient, Payot, 2018, p. 28.

« Aristote est le dernier pour qui la liberté n’est pas encore « problématique », mais inhérente à la faculté de parole ; en d’autres termes, Aristote savait encore que les hommes, tant qu’ils parlent entre eux et agissent ensemble sur le modus de la parole, sont libres. » Arendt, « Marx et la tradition de la pensée politique », dans La révolution qui vient, Payot, 2018, p. 38.

Il y a, chez Marx, une « perte d’intérêt initiale pour la liberté en général et un oubli initial du lien fondamental entre discours et liberté, l’un et l’autre aussi anciens que notre tradition de pensée politique. » Arendt, « Marx et la tradition de la pensée politique », dans La révolution qui vient, Payot, 2018, p. 39

 Erreur de Marx : faire du travail, qui est l’activité la plus naturelle, le fondement de l’édification du monde

« L’ascension soudaine, spectaculaire du travail, passant du dernier rang, de la situation la plus méprisée, à la place d’honneur et devenant la mieux considérée des activités humaines, commença lorsque Locke découvrit dans le travail la source de toute propriété. Elle se poursuivit lorsque Adam Smith affirma que le travail est la source de toute richesse ; elle trouva son point culminant dans le « système du travail » de Marx, où le travail devint la source de toute productivité et l’expression de l’humanité même de l’homme. De ces trois auteurs, seul Marx s’intéressait au travail en tant que tel ; Locke s’occupait de l’institution de la propriété privée comme base de la société ; et Smith voulait expliquer et assurer le progrès sans frein d’une accumulation indéfinie de richesse. Mais tous les trois, Marx surtout, avec plus de force et de cohérence, considéraient le travail comme la plus haute faculté humaine d’édification du monde ; et comme le travail est en fait l’activité la plus naturelle, la plus étrangère-au-monde (least worldly), tous les trois, surtout Marx là aussi, se trouvèrent en proie à d’authentiques contradictions. Ceci tient apparemment à la nature même du problème : la solution la plus évidente de ces contradictions, ou plutôt la raison la plus évidente pour laquelle ces grands auteurs n’ont pu les apercevoir, c’est qu’ils confondaient l’œuvre et le travail, de sorte qu’ils attribuaient au travail des qualités qui n’appartiennent qu’à l’œuvre. » Arendt, Condition de l’homme moderne, III, p. 147-148.

 Travail et aliénation

Spontanément le travail a pour corollaire l’effort et la peine.

Etymologiquement : Le verbe « travailler » en latin signifie jusqu’au XVI e siècle « faire souffrir », « tourmenter* ». Il vient du vocable tripalium qui désignait, dans le latin tardif, un appareil à trois pieux permettant d’immobiliser le cheval que l’on voulait ferrer. De là, on est passé au sens plus général de torture. Encore au XVIII e siècle, le Dictionnaire de l’Académie française souligne que le travail implique un effort douloureux, souffrant et pénible.
Les gens de travail sont des hommes de peine. Cette même idée est contenue dans le vocable « labeur » qui provient du mot latin labor, « peine ». Il a donné ensuite làborius, « pénible ». Il est aussi intéressant de remarquer que les mots « peine » et « punir » viennent de la même racine latine.
Dans la Genèse 3/17-19 : (Dieu) dit à Adam : [...] le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras.

Lire l’article Da Silva, A. (1995). La conception du travail dans la Bible et dans la tradition
chrétienne occidentale. Théologiques, 3 (2), 89–104.

https://doi.org/10.7202/602426ar

 Éléments préparatoires

 1. Regarder un extrait de film :

Charlie Chaplin, Les Temps Modernes 
Questions d’analyse pour le visionnage :

  1. Pourquoi ce gros plan sur les engrenages ?
  2. L’homme est pris dans les engrenages. Il introduit le désordre dans l’ordre du mécanisme. Pourquoi ?

Le temps de travail rentre en contradiction avec le temps biologique. Expliquez.

 2. Faire un petit travail de recherche :

Sur l’Internet (au moyen d’un ordinateur ou de votre smartphone)
a. Qu’est-ce que le « machinisme » ?

b. À quelle organisation du travail renvoie-t-il ?

 3. Lire un court article :

Charlotte DENOËL, « Une vision de la modernité », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 21 mars 2020. URL :
http://www.histoire-image.org/de/etudes/vision-modernite

 LA LEÇON

  • Le cours interactif de Philippe TOUCHET, Professeur en Premières Supérieures au Lycée Gustave Monod d’Enghier, diffusé en visioconférence le 16 octobre 2014 depuis le Lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres est désormais en ligne et en accès libre sur le canal Dailymotion du Projet Europe, Éducation, École :

Travail, conscience et aliénation :

Texte

Visionnez le cours de Philippe Touchet sur :
https://www.dailymotion.com/video/x28kwaw

 Travail, conscience et aliénation, pas à pas :

Consigne : ce questionnaire détaille la leçon idée par idée. Il est l’équivalent d’une prise de notes continue. Il vous suffit de répondre aux questions au fil de votre écoute. N’hésitez pas, pour cela, à réécouter plusieurs fois le passage correspondant à la question.

1. Dans les Manuscrits de 1844, il s’agit pour Marx de « mettre fin à la philosophie » - et non à une philosophie. Pourquoi cette décision ?
2. De quel philosophe est-il le continuateur ? Cette continuité annonce une fin. Laquelle ?
3. Par quoi Marx veut-il et va-t-il remplacer la philosophie ?
4. « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie mais c’est la vie qui détermine la conscience » : cette phrase de Marx dans l’idéologie allemande donne à penser que la philosophie est aliénée :
a. Quelle est la définition de l’aliénation employée ici ?
b. Quelle est l’illusion de la conscience du fait de l’ignorance des causes qui la déterminent ?
c. N’y-a-t-il pas là un paradoxe du fait de la définition traditionnelle de la philosophie ?
d. D’autres philosophes ont entrepris de se mettre à distance des illusions de la conscience (exemple : Pascal et l’expérience de la foi), mais ils demeurent dans la conscience.
e. Quelle est la décision radicale de Marx ?
5. Qu’est-ce qui permet à Marx de ne pas sombrer dans un économisme déterministe et fataliste – une autre forme d’illusion - et de faire de l’aliénation une situation provisoire même si elle est déterminante pour la conscience ?
6. Le fait que la société des hommes obéisse à des lois historiques rend-il impossible le changement social ?
7. Quelle différence y-a-t-il entre l’individu et le groupe social pour Marx ?
8. Cette conception de l’histoire se différencie de celle de Hegel qui valorise les « grands hommes » comme moteurs de l’histoire. Quelles sont les deux positions antagonistes de Marx et celle de Hegel ?
9. À l’état de nature tel que le comprend Rousseau, qui voit dans l’histoire la cause de la chute des hommes dans le mal. Que répond Marx ?
10. N’adhérant ni à la croyance au progrès de la raison de l’individu doté d’une pensée, ni à l’inverse à celle au progrès du mal du fait du refus de la fatalité, quelle thèse défend Marx ?
11. Qu’est-ce qui fonde la vérité de cette théorie ?
12. Analyser le travail dans son fonctionnement historique va permettre à Marx d’en dégager les diverses formes. Comment comprendre cette formulation de Marx : la logique c’est l’argent de l’esprit ?
13. Quelles sont selon Marx les trois aliénations dont l’exploitation sera la forme économique dans Le Capital ?

Une petite fileuse en Caroline du sud (États-Unis), le 3 décembre 1908, enquête photographique de Lewis W. Hine pour le National Child Labor Committee.

 TEXTES DE REFERENCE

TEXTE 1 : Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande

« On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l’on voudra. Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu’ils commencent à produire leurs moyens d’existences, pas en avant qui est la conséquence même de leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens d’existence, les hommes produisent indirectement leur vie matérielle elle-même. La façon dont les hommes produisent leurs moyens d’existence, dépend d’abord de la nature des moyens d’existence déjà donnés et qu’il leur faut reproduire. Il ne faut pas considérer ce mode de production de ce seul point de vue, à savoir qu’il est la reproduction de l’existence physique des individus. Il représente au contraire déjà un mode déterminé de l’activité de ces individus, une façon déterminée de manifester leur vie, un mode de vie déterminé. La façon dont les individus manifestent leur vie reflète très exactement ce qu’ils sont. Ce qu’ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu’ils produisent qu’avec la façon dont ils le produisent. Ce que sont les individus dépend donc des conditions matérielles de leur production (…).
Voici donc les faits : des individus déterminés qui ont une activité productrice selon un mode déterminé entrent dans des rapports sociaux et politiques déterminés. Il faut que dans chaque cas isolé, l’observation empirique montre dans les faits, et sans aucune spéculation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l’État résultent constamment du processus vital d’individus déterminés ; mais de ces individus non point tels qu’ils peuvent s’apparaître dans leur propre représentation ou apparaître dans celle d’autrui, mais tels qu’ils sont en réalité, c’est-à-dire, tels qu’ils œuvrent et produisent matériellement ; donc tels qu’ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites matérielles déterminées et indépendantes de leur volonté. [...]
 La production des idées, des représentations et de la conscience est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle. Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des hommes apparaissent ici encore comme l’émanation directe de leur comportement matériel. Il en va de même de la production intellectuelle telle qu’elle se présente dans la langue de la politique, celle des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc. de tout un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations, de leurs idées, etc., mais les hommes réels agissants, tels qu’ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et des rapports qui y correspondent, y compris les formes les plus larges que ceux-ci peuvent prendre. La conscience ne peut jamais être autre chose que l’être conscient et l’être des hommes est leur processus de vie réel. Et si, dans toute l’idéologie, les hommes et leurs rapports nous apparaissent placés la tête en bas comme dans une camera obscura, ce phénomène découle de leur processus de vie historique, absolument comme le renversement des objets sur la rétine découle de son processus de vie directement physique.
 À l’encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c’est à partir de leur processus de vie réel que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles.
 De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie. Elles n’ont pas d’histoire, elles n’ont pas de développement ; ce sont au contraire les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs rapports matériels, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de leur pensée. Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. Dans la première façon de considérer les choses, on part de la conscience comme étant l’individu vivant, dans la seconde façon, qui correspond à la vie réelle, on part des individus réels et vivants eux-mêmes et l’on considère la conscience uniquement comme leur conscience. »
Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande, Partie B, pp. 306 à 308

Questions :

1. L’homme n’est pas un universel abstrait. Il est déterminé par les conditions matérielles de son existence. Cherchez des exemples.
2. Quelle est la méthode à mettre en œuvre pour mettre à jour ce qui le détermine ?
3. L’hypothèse d’un état de nature a-t-elle ici un sens ? Pourquoi ? Expliquez en quoi une telle conception n’est qu’une représentation de l’esprit ?
4. S’agit-il de construire une anthropologie ? S’agit-il ici de définir l’homme par sa séparation d’avec l’animal ?
5. Si les hommes sont conditionnés par les limites de leurs forces productives, les moyens de production, et leurs productions matérielles, la volonté peut-elle prétendre choisir librement ? Qu’en est-il de la conscience : peut-elle se détacher de ses conditions d’apparition ? Faut-il faire confiance au sujet qui pense ? Est-il libre ?
6. Expliquez : « À l’encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. ». À quoi s’oppose la philosophie matérialiste ?
7. La conscience n’est-elle pas cause et produit de l’idéologie ? Définissez l’idéologie dans ce texte. Si la morale, la religion, la métaphysique sont des idéologies quelle est la conséquence de leur emploi ?
8. Expliquez cette phrase : « c’est à partir de leur processus de vie réel que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. ». Cherchez le sens de « processus ». Qu’est-ce qui donne de la chair à la réflexion sur l’homme ?
9. « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. » Si la conscience produit des illusions, comment contribue-t-elle à l’aliénation de l’homme ? Quel est le but de toute idéologie ?
10. En quoi consiste la liberté humaine à partir de ce texte ?

TEXTE 2 : Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858

"Tu travailleras à la sueur de ton front ! C’est la malédiction dont Jéhovah a gratifié Adam en le chassant. Et c’est ainsi qu’Adam Smith conçoit le travail comme une malédiction. Le « repos » apparaît alors comme l’état adéquat, synonyme de « liberté » et de « bonheur ». Que l’individu se trouvant « dans un état normal de santé, de force, d’activité et d’habileté » puisse éprouver quand même le besoin d’effectuer une part normale de travail et de suspension de son repos semble peu intéresser Adam Smith. Il est vrai que la mesure du travail paraît elle-même donnée de l’extérieur, par le but à atteindre et par les obstacles que le travail doit surmonter pour y parvenir. Mais Adam Smith semble tout aussi peu avoir l’idée que surmonter des obstacles puisse être en soi une activité de liberté […], être donc l’autoeffectuation, l’objectivation du sujet, et, par là même, la liberté réelle dont l’action est précisément le travail."
Marx, Manuscrits de 1857-1858, t. II, p. 101.

Questions : 1. À quoi Adam Smith réduit-il le travail selon Marx ?

2. Pourquoi la réduction de la liberté au repos est-elle finalement un contresens ? L’homme ne perd-il pas au contraire sa liberté ?

3. Quelle définition de la liberté présuppose Adam Smith selon Marx ?

4. Pour Marx, la liberté est-elle un état ou une action ? Expliquez.

5. Une société de loisirs est-elle libre ?

TEXTE 3 : Hegel Esthétique

"Les choses de la nature n’existent qu’immédiatement et d’une seule façon, tandis que l’homme, parce qu’il est esprit, a une double existence ; il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais d’autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense et n’est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi.
Cette conscience de soi, l’homme l’acquiert de deux manières : Primo, théoriquement, parce qu’il doit se pencher sur lui-même pour prendre conscience de tous les mouvements, replis et penchants du cœur humain et d’une façon générale se contempler, se représenter ce que la pensée peut lui assigner comme essence, enfin se reconnaître exclusivement aussi bien dans ce qu’il tire de son propre fond que dans les données qu’il reçoit de l’extérieur.
Deuxièmement, l’homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu’il est poussé à se trouver lui-même, à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s’offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures, qu’il marque du sceau de son intériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations.
L’homme agit ainsi, de par sa liberté de sujet, pour ôter au monde extérieur son caractère farouchement étranger et pour ne jouir des choses que parce qu’il y retrouve une forme extérieure de sa propre réalité. Ce besoin de modifier les choses extérieures est déjà inscrit dans les premiers penchants de l’enfant : le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l’eau, admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité."
Hegel, Esthétique, I, trad. S. Jankélévitch, Aubier, p. 55.

Questions :

1. Donnez des exemples de ces choses de la nature dont l’homme se distingue.
2. En quoi l’homme se sépare des choses de la nature ?
3. L’homme est capable de « se représenter ». Expliquez cette mise à distance de soi en vous demandant par exemple à quelle activité renvoie le terme de « représentation ».
4. Qu’est-ce qu’être pour soi ?
5. De quoi l’homme prend-il conscience ? Expliquez la mise en relation avec son « intériorité » qui lui fait découvrir qu’il est le résultat d’une ouverture à l’extériorité ? Peut-on dès lors parler d’une intériorité qui serait fermée sur elle ?
6. S’il est façonné par le monde extérieur et son propre monde, il modifie aussi le monde extérieur. Que manifeste-t-il ainsi ?
7. À partir de vos réponses expliquez pourquoi l’homme a pour vocation de modifier la nature ?
8. Dans l’exemple de l’enfant, ce dernier contemple le résultat de son activité qui est de jeter des pierres dans l’eau. Hegel précise qu’il admire son œuvre. À l’immobilité de l’être qu’oppose Hegel ?
9. Ce n’est pas le torrent d’Héraclite qu’admire l’enfant mais les ronds dans l’eau. À quel domaine fait référence Hegel ?
10. À partir de ces réponses comment définir l’appartenance de l’homme à l’histoire ?

 Argent, salaire, travail

TEXTE : Karl Marx -

« L’argent en possédant la qualité de tout acheter, en possédant la qualité de s’approprier tous les objets est donc l’objet comme possession éminente. L’universalité de sa qualité est la toute-puissance de son essence. Il passe donc pour tout-puissant... L’argent est l’entremetteur entre le besoin et l’objet, entre la vie et le moyen de subsistance de l’homme. Mais ce qui sert de médiateur à ma vie sert aussi de médiateur à l’existence des autres hommes pour moi. Pour moi, l’argent, c’est l’autre homme (…) Ce qui grâce à l’argent est pour moi, ce que je peux payer, c’est-à-dire ce que l’argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l’argent. Ma force est tout aussi grande qu’est la force de l’argent. Les qualités de l’argent sont mes qualités et mes forces essentielles - à moi son possesseur. Ce que je suis et ce que je peux n’est donc nullement déterminé par mon individualité. Je suis laid, mais je peux m’acheter la plus belle femme. Donc je ne suis pas laid, car l’effet de la laideur, sa force repoussante, est annulé par l’argent. De par mon individualité, je suis perclus [5], mais l’argent me procure vingt-quatre jambes ; je ne suis donc pas perclus ; je suis un homme mauvais, malhonnête, sans conscience, sans esprit, mais l’argent est vénéré, donc aussi son possesseur ; l’argent est le bien suprême, donc son possesseur est bon. L’argent m’évite en outre la peine d’être malhonnête ; on me présume donc honnête ; je suis sans esprit, mais l’argent est l’esprit réel de toutes choses, comment son possesseur pourrait-il ne pas avoir d’esprit ? De plus, il peut acheter les gens spirituels et celui qui possède la puissance sur les gens d’esprit n’est- il pas plus spirituel que l’homme d’esprit ? Moi qui par l’argent peux tout ce à quoi aspire un cœur humain, ne suis-je pas en possession de tous les pouvoirs humains ?
Donc mon argent ne transforme-t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire ? (…) Si l’argent est le lien qui me lie à la vie humaine, à la société, à la nature et à l’homme, l’argent n’est-il pas le lien de tous les liens ? Ne peut-il pas dénouer et nouer tous les liens ? N’est-il pas non plus de ce fait le moyen universel de séparation ? (…) La perversion et la confusion de toutes les qualités humaines et naturelles, la fraternisation des impossibilités - la force divine - de l’argent sont impliquées dans son essence en tant qu’essence générique aliénée, aliénante et s’aliénant, des hommes. Il est la puissance aliénée de l’humanité. »
Marx, Manuscrits de 1844, Garnier Flammarion, pp. 209-210

Questions

Questions pour guider votre analyse : répondez aux questions suivantes en justifiant à chaque fois votre réponse
1. Pourquoi une telle insistance au début du texte sur le terme de « possession » ? on dit de l’essence qu’elle possède un prédicat (ou qualité) Peut-on ici dissocier la qualité de l’essence de l’argent ?
2. En quoi consiste la « toute-puissance » de l’argent ? A qui accorde-t-on traditionnellement cette dernière ? A qui s’identifie l’homme ? Montrer comment se met en place une religion de l’argent.
3. Cette infinie puissance n’est-elle pas source d’aliénation ?
4. Aristote rappelle, dans l’Organum, que le prédicat n’existe pas, n’est pas une existence, car seul un être singulier existe. Le vérifie-t-on ici ?
5. Si l’argent est défini par son prédicat, son essence ne disparaît-elle pas ?
6. Marx écrit : « il passe pour tout-puissant ». L’est-il en vérité ?
7. Qu’est-ce qu’un entremetteur ? Pourquoi choisir ce terme pour désigner l’argent ? A qui Faust vend-il son âme pour être tout-puissant ?
8. L’argent est-il le mal ? Que fait-il perdre à l’homme qui institue son humanité ? Expliquez : « Ce que je suis et ce que je peux n’est donc nullement déterminé par mon individualité »
9. Quel est le sens des exemples du texte ? Que nous donnent-ils à comprendre de l’homme ?
10. N’y-a-t-il pas corruption du principe de non-contradiction dans cette position d’un contraire à partir de son identité ? Comment comprendre que je suis le contraire de toutes mes impuissances par l’argent ?
11. Quelle est la conséquence pour la vérité ? La philosophie ?
12. La malédiction est-ce le travail ou le discours de l’argent ?
Exercices de synthèse et de rédaction :
13. En vous appuyant sur vos réponses aux questions précédentes, dégagez le thème de ce texte, formulez le problème qu’il soulève ainsi que la thèse principale qui s’y trouve soutenue.

14. En vous appuyant sur vos réponses à la question 13, rédigez une introduction pour l’explication de ce texte.

 POINT DE METHODE

 Travailler un exemple tiré d’une référence cinématographique

Marcel L’Herbier, L’Argent (1928) – Extrait :
https://www.youtube.com/watch?v=OReacFaBsQg&feature=youtu.be
Premier extrait : « J’aime l’argent » 11’32-14’36 
Questions :
1. La porte s’ouvre et se ferme. La fenêtre est ouverte sur le ciel. La lettre est ouverte. Une autre lettre est dissimulée à la vue dans un pot. Pourquoi ce jeu d’opposition ?
2. Quel sens attribuer à ce détournement de la lettre ?
3. En quoi cet amour possessif de l’argent par Line transfigure son mari ?
4. Pourquoi la présence imposante de l’horloge ?
Second extrait : Femme et courtisane : 1h06 :23 -> 1h11 
Questions :
1. À quel mythe renvoie cet extrait ?
2. Pourquoi cette référence ici ?
3. Laquelle de ces deux femmes renvoie à l’image que Marx attribue à l’argent ?
Ce film est inspiré du roman d’Émile Zola, L’Argent (1891) :
https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Argent

 Point de méthode :Expliquer un texte

Du mode d’existence des objets techniques

Jusqu’à ce jour, la réalité de l’objet technique a passé au second plan derrière celle du travail humain. L’objet technique a été appréhendé à travers le travail humain, pensé et jugé comme instrument, adjuvant, ou produit du travail. Or, il faudrait, en faveur de l’homme même, pouvoir opérer un retournement qui permettrait à ce qu’il y a d’humain dans l’objet technique d’apparaître
directement, sans passer à travers la relation de travail. (…)
Le travail est ce par quoi l’être humain est médiateur entre la nature et l’humanité comme espèce. (…). Au contraire, par l’activité technique, l’homme crée des médiations, et ces médiations sont détachables de l’individu qui les produit et les pense ; l’individu s’exprime en elles, mais n’adhère pas à elles ; la machine possède une sorte d’impersonnalité qui fait qu’elle peut devenir instrument pour un autre homme ; la réalité humaine qu’elle cristallise en elle est aliénable, précisément parce qu’elle est détachable.
Le travail adhère au travailleur, et réciproquement, par l’intermédiaire du travail, le travailleur adhère à la nature sur laquelle il opère. L’objet technique, pensé et construit par l’homme, ne se borne pas seulement à créer une médiation entre homme et nature ; il est un mixte stable d’humain et de naturel, il contient de l’humain et du naturel ; il donne à son contenu humain une structure semblable à celle des objets naturels, et permet l’insertion dans le monde des causes et des effets naturels de cette réalité humaine. La relation de l’homme à la nature, au lieu d’être seulement vécue et pratiquée de manière obscure, prend un statut de stabilité, de consistance, qui fait d’elle une réalité ayant ses lois et sa permanence ordonnée. L’activité technique, en édifiant le monde des objets techniques et en généralisant la médiation objective entre homme et nature, rattache l’homme à la nature selon un lien beaucoup plus riche et mieux défini que celui de la réaction spécifique de travail collectif. Une convertibilité de l’humain en naturel et du naturel en humain s’institue à travers le schématisme technique.
Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, p.241/245.

1. Dégagez l’idée principale du texte et expliquez les différentes étapes de
son argumentation.
2. Expliquez, en vous aidant du texte, les expressions suivantes :
- « L’objet technique, pensé et construit par l’homme, ne se borne pas
seulement à créer une médiation entre homme et nature ; il est un mixte
stable d’humain et de naturel »
- « Au contraire, par l’activité technique, l’homme crée des médiations, et
ces médiations sont détachables de l’individu qui les produit et les pense »
3. Quelle différence l’auteur fait-il entre le travail et l’activité technique ?
4. Essai : L’activité technique est-elle une aliénation de la pensée humaine ?

 Point de méthode : Exemple de dissertation

L’artiste travaille-t-il ? vidéo

Problématisation :
Magali LOMBARD, Professeur de philosophie au Lycée Van GOGH d’Ermont
Cours interactif de philosophie donné dans le cadre du Projet Europe, Éducation, École
Diffusion en visioconférence le 20 novembre 2014,
En différé : http://www.dailymotion.com/projeteee

L’ARTISTE TRAVAILLE-T-IL ?
Il est assez habituel de considérer que les productions de l’art, les oeuvres d’art, ne sont pas à mettre sur le même plan que tout ce que l’homme produit par ailleurs pour assurer sa survie ou le fonctionnement de la société. Ce constat semble également impliquer que nous ne considérons pas les artistes comme des travailleurs, nous opposons même assez
systématiquement l’artiste et le travailleur. Le premier, dans l’opinion commune, est souvent
perçu comme oisif, marginal, évoluant dans un monde à part, rêveur et idéaliste. Tandis que le second, confronté aux réalités matérielles, est à la peine et par son activité permet la satisfaction des besoins de chacun.
Et pourtant, au-delà de cette représentation commune, les artistes eux-mêmes font usage du mot « travail » pour évoquer leur activité. L’oeuvre ne naît pas sans effort, sans confrontation à la résistance du matériau qu’ils cherchent à façonner, sans technique, ni sans règle. L’artiste peut-il donc être un travailleur comme les autres ? Si les produits de l’art étaient inutiles, alors pourquoi aucune société humaine n’en est dépourvue ? S’ils étaient sans valeur, alors pourquoi leur consacrons-nous, au sein même de la société, des lieux spécifiques - les musées ? La question posée manifeste donc l’existence d’une tension dans notre rapport à l’art et à l’artiste. D’un côté, les artistes sont perçus comme inutiles, voire perturbateurs pour le fonctionnement de la société, à l’opposé des travailleurs qui s’associent et partagent leurs forces pour permettre à chacun de vivre. Et d’un autre côté, nous accordons aux oeuvres d’art de la considération, de l’importance, voire un statut sacré, puisque nous leur consacrons des musées. Comment ne pas dire alors que l’artiste travaille s’il répond à un besoin ? Et pourtant, comment ne considérer l’activité artistique que comme un travail si nous accordons aux oeuvres d’art une telle valeur ?

Philippe TOUCHETL’objet technique et le travail, explication d’un texte de Gilbert SIMONDONPDF : Lien qui présente une rédaction d’explication de texte

Hélène DEVISSAGUETTravail et société - Dailymotion >VIDÉO - Dossier - PDF

Xavier ENSELMELe marché du travail - VIDÉO 1 - VIDÉO 2 -Dossier - PDF

Marie-France HAZEBROUCQLa paresse - Dailymotion >VIDÉO - Dossier - PDF

Evelyne OLÉONTechnique, travail et art : le bricolage : VIDÉO 1 - VIDÉO 2 - Dailymotion >VIDÉO 1 - VIDÉO 2 - Dossier - PDF

- Hésiode Les Travaux et les jours version PDF

- Le statut du travail dans la société en Grèce ancienne, et son rôle dans la cosmologie du Timée : une contradiction ?
Luc Brisson
Institut d’Etudes lévinassiennes, 2015

Platon L’apologie de Socrate. L’enquête de Socrate

-  L’esclavage

Lévy Edmond. La théorie aristotélicienne de l’esclavage et ses contradictions. In : Mélanges Pierre Lévêque. Tome 3 : Anthropologie et société. Besançon : Université de Franche-Comté, 1989. pp. 197-213. (Annales littéraires de l’Université de Besançon, 404)

Aristote Les Politiques I, 2-7/13


- The corporation
Ce documentaire montre l’évolution des « Sociétés Anonymes » (appelées Corporations en anglais) aux USA, reprenant leur histoire depuis leur apparition avec la Révolution Industrielle, où elles étaient conçues pour répondre au bien public mais furent détournées de cet objectif par la recherche du profit.
Si l’entreprise a, légalement, les mêmes droits qu’un individu, pourquoi se conduit-elle de façon si peu humaine ? Ce documentaire montre que le comportement de l’entreprise correspond en tous points à celui d’un psychopathe : égoïste, menteur, se moquant totalement du bien-être et du respect d’autrui... L’entreprise est-elle un monstre indomptable ?

- Gilles Hanus Professeur de Philosophie, Directeur des Cahiers d’Études Lévinassiennes
Entre l’élémental et le pratico-inerte : le travail
Institut d’Etudes lévinassiennes, 2015