Travail, répétition, cadence

- un ballet mécanique : la vitesse, la contrainte et le rythme.

  1. Le mécanique manque la vie. A partir des extraits de films, expliquer.
  2. Montrer comment dès 1920 le cinéma développe une conception "euphorique " du travail à la chaîne. Pourquoi Charlie Chaplin subvertit-il cette vision du travail ?
  3. Comment passe-t-on du ballet à la "cadence" ?
  4. L’humiliation subie par la pensée à l’usine apparaît principalement dans la perception du temps. « Le premier détail qui dans une journée rend la servitude sensible c’est la pendule de pointage », résume Simone Weil. Quelles sont les qualités humaines que perd l’homme aliéné ?
  5. Le temps de la machine n’est pas celui de l’homme. Qu’est-ce que cela engendre dans le rapport de l’homme au travail ?
  6. Dans Paradoxe sur le comédien, Diderot donne à penser le sens de la répétition. En quoi répéter ne signifie pas nécessairement "dupliquer" ?

    Mais quoi ? dira-t-on, ces accents si plaintifs, si douloureux, que cette mère arrache du fond de ses entrailles, et dont les miennes sont si violemment secouées, ce n’est pas le sentiment actuel qui les produit, ce n’est pas le désespoir qui les inspire ? Nullement ; et la preuve, c’est qu’ils sont mesurés ; qu’ils font partie d’un système de déclamation : que plus bas ou plus aigus de la vingtième partie d’un quart de ton, ils sont faux ; qu’ils sont soumis à une loi d’unité ; qu’ils sont, comme dans l’harmonie, préparés et sauvés : qu’ils ne satisfont à toutes les conditions requises que par une longue étude ; qu’ils concourent à la solution d’un problème proposé ; que pour être poussés juste, ils ont été répétés cent fois, et que malgré ces fréquentes répétitions, on les manque encore
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- Rédiger à partir de cet extrait du Paradoxe sur le comédien, pourquoi la répétition n’est pas toujours mécanique.

Notes sur les extraits de films

En 1936, General Motors confiait à la Jam Handy Organisation – grand spécialiste des films institutionnels – la production d’un documentaire « symphonique », Master Hands (littéralement « les mains expertes »), à propos de l’usine Chevrolet de Detroit : un commentaire lyrique en voix off détaille pendant trente minutes la construction des automobiles (depuis la fonderie jusqu’à l’habillage des carrosseries en passant par l’usinage, l’emboutissage et la tôlerie) présentée à l’image comme une chorégraphie de machines pilotées par les hommes, photographiée par Gordon Avil (qui a entre autres travaillé sur le Billy the Kid de King Vidor en 1930) et mis en musique par Samuel Benavie et l’orchestre philharmonique de Détroit.
La même année, Charlie Chaplin montre également la chaîne comme un ballet mécanique, mais Les Temps modernes en subvertit radicalement l’efficacité fonctionnelle par le biais d’une indépassable vision allégorique des cadences infernales imposées par le fordo-taylorisme. Des années plus tard, c’’est aussi le propos de Louis Malle. Humain, trop humain (1973), qui se concentre sur la figure de l’ouvrière, est un documentaire critique qui, par le choix d’un cadre et d’un montage précis, transmet véritablement l’expérience des cadences : le regard saccadé d’une ouvrière suffit à indiquer à la fois la vitesse, la contrainte et le rythme.
En France, c’est Jacques Tati qui, à la même période et dans le domaine de la fiction, reprend le geste de Chaplin, mais en déplaçant avec Trafic (1971) la critique de la chaîne (dans le plan d’ouverture qui représente l’opération d’emboutissage) vers une satire de la domination automobile, vecteur d’une société complètement uniformisée.
Deux ans avant, Jean-Luc Godard, après sa rencontre avec Jean-Henri Roger, un étudiant maoïste, signe British Sounds (1969). Le film s’ouvre sur un plan-séquence de dix minutes tourné sur une chaîne de montage à Oxford. En lieu et place du burlesque expérimental de Tati, Godard et Roger œuvrent en militants et entendent montrer la chaîne comme une métaphore centrale des différentes formes d’exploitation menées par l’idéologie capitaliste.

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