Smith Adam

5 juin 1723 – 17 juillet 1790

 Oeuvres

Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations par Adam Smith 1

Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations par Adam Smith 2

Brouillon de l’introduction d’une monographie : L. Jaffro, Le miroir de la sympathie. Sentimentalisme et analyse chez Adam Smith, à paraître chez Vrin. État au 1er avril 2020

 Concepts

- La division du travail consiste en une répartition toujours plus spécialisée du processus de production de sorte que chaque travailleur peut devenir spécialiste de l’étape de la production à laquelle il se consacre, accroissant donc l’efficacité de son travail, sa productivité.
Ce qui permet la division du travail, c’est l’échange. Les hommes se répartissent les tâches pour survivre, puis s’échangent les fruits de leur travail. Plus les échanges s’accroissent, plus les hommes sont à même de se consacrer à une tâche particulière et d’espérer des autres la satisfaction de leurs autres besoins.
Il existe toutefois un obstacle à la division du travail, c’est la taille du marché. Plus les hommes sont nombreux, plus ils peuvent se diviser les tâches. Si le marché n’est pas assez grand, le surplus de production permis par une division du travail toujours accrue ne trouvera pas acheteur.
Par ailleurs, la division du travail n’a pas que des avantages. Smith note qu’elle peut avoir des effets désastreux sur l’intellect des ouvriers qui sont abrutis par la répétition de gestes d’une simplicité toujours plus grande. Il invite donc l’État à faire quelque chose pour qu’il en soit autrement, peut-être à mettre en place un système éducatif.

Pour illustrer ce principe de division du travail, Adam Smith a employé l’exemple d’une manufacture d’épingles, probablement repris à l’article « épingles » de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1755) dont on sait que nombre d’articles s’inspirent directement de la Description des Arts et Métiers.

TEXTE d’Adam Smith

La manufacture d’épingles selon Adam Smith

"Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles.
Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d’ouvrage, dont la division du travail a fait un métier particulier, ni accoutumé à se servir des instruments qui y sont en usage, dont l’invention est probablement due encore à la division du travail, cet ouvrier, quelque adroit qu’il fût, pourrait peut-être à peine faire une épingle dans toute sa journée, et certainement il n’en ferait pas une vingtaine. Mais de la manière dont cette industrie est maintenant conduite, non seulement l’ouvrage entier forme un métier particulier, niais même cet ouvrage est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers particuliers. Un ouvrier lire le fil à la bobille, un autre le dresse, un troisième coupe la dressée, un quatrième empointe, un cinquième est employé à émoudre le bout qui doit recevoir la tête. Cette tête est elle-même l’objet de deux ou ­trois opérations séparées : la frapper est une besogne parti­culière ; blanchir les épingles en est une autre ; c’est même un métier distinct et séparé que de piquer les papiers et d’y bouter les épingles ; enfin l’important travail de faire une épingle est divisé en dix-huit opérations distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains différentes, quoique dans d’autres le même ouvrier en remplisse deux ou trois. J’ai vu une petite manufacture de ce genre qui n’employait que dix ouvriers, et où par conséquent quelques-uns d’eux étaient chargés de deux ou trois opérations. Mais, quoique la fabrique fût fort pauvre et, par cette raison, mal outillée, cependant, quand ils se mettaient en train, ils ve­naient à bout de faire entre eux environ douze livres d’épingles par jour : or, chaque livre contient au delà de quatre mille épingles de taille moyenne. Ainsi ces dix ou­vriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d’épingles dans une journée ; donc chaque ouvrier, faisant une dixième partie de ce produit, peut être considéré comme faisant dans sa journée quatre mille huit cents épingles. Mais s’ils avaient tous travaillé à part et indépendamment les uns des autres, et s’ils n’avaient pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d’eux assurément n’eût pas fait vingt épingles, peut-être pas une seule, dans sa, journée, c’est-à-dire pas, à coup sûr, la deux cent quarantième partie, et pas peut-être la quatre mille huit centième partie de ce qu’ils sont maintenant en état de faire, en conséquence d’une division et d’une combinaison convenables de leurs différentes opérations.

Dans tout autre art et manufacture, les effets de la division du travail sont les mê­mes que ceux que nous venons d’observer dans la fabrique d’une épingle, quoiqu’en un grand nombre le travail ne puisse pas être aussi subdivisé ni réduit à des opéra­tions d’une aussi grande simplicité. Toutefois, dans chaque art, la division du travail, aussi loin qu’elle peut y être portée, donne lieu à un accroissement proportionnel dans la puissance productive du travail. C’est cet avantage qui parait avoir donné naissance à la séparation des divers emplois et métiers."

- Morale et capitalisme

L’idée que l’économie puisse être régulée par des mécanismes amoraux n’est pas nouvelle. Bernard Mandeville l’avait déjà fait remarquer dans sa Fable des Abeilles, où il expliquait comment les vices privés, c’est-à-dire la consommation de richesses, se révélaient être des vertus collectives, susceptibles de stimuler l’activité économique

 Commentaires et contemporains

Albert Delatour,Adam Smith, sa vie, ses travaux, ses doctrines 1886
- Léonce de Lavergne : Les économistes du XVIIIe s
Les économistes français du XVIIIe siècle, reconnus comme les précurseurs d’Adam Smith, ont posé les bases de la science économique moderne.
De François Quesnay le leader des Physiocrates à Turgot le ministre réformateur, en passant par Morellet l’ami des philosophes ou Saint-Pierre le pacifiste, ils sont autant de représentation de cet esprit des Lumières si fécond et si glorieux, duquel nous aurions encore tant à tirer.

Léonce de Lavergne (1809-1880), député puis sénateur sous la IIIe République, a publié de nombreux ouvrages d’économie et d’histoire économique. En 1855, il fut élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

- Turgot Mémoires. Prêts d’argent